Analyse

Pourquoi la traçabilité n’est pas la killer app de la blockchain

Si les cryptomonnaies ont perdu de leur superbe, la blockchain trouve un second souffle dans une myriade d’applications visant à améliorer la traçabilité des produits. En 10 jours, SAP, Ford et WWF ont chacun annoncé leur projet d’assainissement de supply chain grâce à cette technologie, qui ne résout pourtant pas tout...

Etiquette de traçabilité sur du café éthiopien (Source: USAID Ethiopia)
Etiquette de traçabilité sur du café éthiopien (Source: USAID Ethiopia)

Entraînées par la dégringolade du Bitcoin, les cryptomonnaies n’ont plus le vent en poupe. Les collectibles ou cryptogoods non-fongibles ne se portent pas bien mieux, menacés par tout autant de volatilité. Mais la blockchain s’est trouvé un débouché plus honorable: la traçabilité. Ici, pas de spéculation ni de risque de blanchiment, les mécanismes du grand registre distribué servent à inscrire de façon indélébile et inviolable les épisodes de la vie d’un produit tout au long de la supply chain. Cela permet l’automatisation de la gestion de micro-échanges tels la production et la consommation de l’énergie à l’échelle locale de communautés d’autoconsommation (comme dans le Valais, dans le canton de Berne ou pour les clients de la Romande Energie) ou l’assainissement de chaines d'approvisionnement souvent très longues et très complexes, notamment sur les produits sensibles pour le consommateur (filière bio, produits pour enfants) ou pour lesquels la contrefaçon est un problème majeur (luxe, pharma).

Une tendance que viennent confirmer trois annonces apparues lors des 10 derniers jours:

  • Le lancement par SAP d’une solution basée sur la blockchain pour que les grossistes en médicaments puissent vérifier l’origine des produits qui leurs sont retournés par les hôpitaux et les pharmacies avant de les revendre.

  • L’adoption par Ford de l’IBM Blockchain Platform pour s’assurer un approvisionnement éthique en Cobalt (utilisée pour les batteries des véhicules électriques), depuis la mine industrielle de Huayou, en République démocratique du Congo (pays en proie à l’instabilité politique et au travail des enfants) jusqu’à une usine Ford aux États-Unis.

  • Le programme de WWF-Australia qui compte sur la blockchain pour lutter contre la pêche au thon illégal (ce qui a déjà été mis en place par le négociant suisse Gustav Gerig)

Mais, comme le dit bien l’auteur de l’article de Forbes sur le cas Ford, «de nombreux problèmes subsistent, car un certain nombre de sites miniers informels devront être surveillés et des données précises devront être transmises à partir de régions éloignées, le tout à l'intérieur des frontières d'un pays sans loi.» Et la pierre d’achoppement est la même pour la blockchain face aux pêcheurs sur leurs bateaux, face aux pharmaciens dans leurs hôpitaux ou face à l’agriculteur qui dit élever des poulets bio: comment vérifier que l’information sur l’origine du produit initialement entrée par un humain dans la blockchain est juste? Comme nous l'écrivions déjà dans notre numéro de juin, ce passage du monde physique au digital constitue l'un des maillons faibles de la blockchain.

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