Femmes dans l'IT

Empêcher les stéréotypes de s’installer dès le plus jeune âge

| mise à jour

Les formations en informatique intéressent moins les jeunes filles que les jeunes garçons, en raison notamment d’une image stéréotypée du métier de développeur. Des ateliers pour jeunes filles cherchent à y remédier.

Durant l’été, l’EPFL organise les ateliers Déclic permettant aux écolières de 13 à 15 ans de développer une app mobile en quelques jours.
Durant l’été, l’EPFL organise les ateliers Déclic permettant aux écolières de 13 à 15 ans de développer une app mobile en quelques jours.

Comment expliquer et comment remédier à la faible proportion de femmes optant pour une carrière dans l’informatique? Les professionnelles suisses sondées par ICTjournal pointent notamment du doigt l’image de l’informaticien-geek travaillant seul devant son ordinateur, un stéréotype peu attractif pour les filles et éloigné de la réalité. «Je pense qu’il y a un manque d’identification des femmes à ce métier», explique Assia Garbinato, Head of Data group à la Vaudoise Assurance. «L’image des ingénieurs et de l’informatique dans la société est un problème: beaucoup imaginent un développeur comme quelqu’un vêtu de noir, assis seul dans sa cave, et travaillant la nuit», renchérit Marta Martinez-Camara, Data Scientist chez Sqooba.

Un stéréotype datant des années 80

Selon une étude française, ce stéréotype de l’informaticien n’a cependant pas toujours existé. La proportion de femmes étudiant l’informatique y était ainsi de plus de 40% à la fin des années 70 avant de décliner pour se situer autour de 15% au tournant des années 2000. Les chercheurs suggèrent que le phénomène est lié à l’essor des ordinateurs personnels dans les années 80. Avant, l’informaticien était considéré comme un scientifique travaillant dans un bureau, ce qui était culturellement acceptable pour les femmes. Avec le PC, l’ordinateur s’est banalisé dans les foyers, des clubs de garçons adeptes se sont formés et l’image de l’informaticien est devenue associée à celle du hacker, selon les chercheurs. Un idéal-type du métier nourri par des fantasmes de pouvoir et culturellement éloigné de l’univers des filles, ajoutent-ils.

Ateliers de programmation

Pour empêcher cette image de s’installer, les professionnelles estiment qu’il importe d’initier très tôt les filles à l’informatique. «Je pense que notre société doit casser les stéréotypes de genres sur les parcours professionnels dès l’école maternelle», commente Silvia Quarteroni, Senior Expert en IA chez ELCA. «J’aurais aimé découvrir ce domaine plus tôt, mais en tant que fille ce n’est malheureusement pas quelque chose qui vient naturellement à l’esprit, même si j’ai toujours aimé les sciences et la technologie», renchérit Anaig Maréchal, Artificial Intelligence Technical Specialist chez Microsoft.

En Suisse, outre les communautés de professionnelles du domaine (Girls in Tech, Women in Digital, We Shape Tech), de nombreuses initiatives proposent justement d’éveiller les jeunes filles aux joies de la programmation. Durant l’été, l’EPFL organise ainsi les ateliers Déclic permettant aux écolières de 13 à 15 ans de développer une app mobile en quelques jours. En partenariats avec d’autres institutions, la haute école propose aussi des ateliers semestriels de codage et de robotique ainsi que les «Coding Club des filles» dans plusieurs cantons romands. Mentionnons également GirlsCoding, fondé par un groupe d’étudiants de l’EPFL, avec l’objectif «de motiver les enfants – en particulier les filles – à en apprendre plus sur l’informatique en piquant leur curiosité et en mettant leur créativité à contribution à travers différents ateliers pratiques».

Informatique au gymnase

Pour compléter le panorama, il faut enfin ajouter l’arrivée de l’informatique en tant que branche obligatoire au gymnase d’ici l’année scolaire 2022-2023. Sachant que beaucoup de filles douées optent pour cette voie, voilà qui pourrait contrecarrer le biais entre garçons et filles. En effet, selon l’étude PISA, les jeunes filles tendent à privilégier les formations scolaires ne débouchant par sur un métier défini, comme le gymnase, alors que les garçons avec de bonnes compétences en mathématiques ou en sciences optent davantage pour une formation professionnelle de base.

Tags
Webcode
DPF8_117863