Femmes dans l'IT

«Je ne me suis jamais sentie étrangère à cet univers»

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Assia Garbinato est Head of Data group chez Vaudoise Assurances. Elle estime que les femmes ont beaucoup à apporter aux métiers de l’informatique, qui souffrent de l’image du geek et qui peuvent à tort sembler inaccessibles.

Assia Garbinato est Head of Data group chez Vaudoise Assurances.
Assia Garbinato est Head of Data group chez Vaudoise Assurances.

Quelle est votre expérience de carrière dans l’informatique en tant que femme?

Pour commencer j’aimerais dire que je ne me suis jamais sentie étrangère à cet univers. Aussi loin que remontent mes souvenirs, je savais que je voulais être ingénieure. Mais il est clair qu’à partir d’un certain niveau dans un milieu masculin, l’exigence de compétence attendue d’une femme est généralement plus élevée que pour un homme. Par ailleurs, dire que les conditions sont identiques pour les deux sexes, c’est tout simplement nier la réalité de la maternité et ses conséquences sur la carrière d’une femme. Tout en ayant trois enfants, j’ai tenu à maintenir mon taux d’activité à 80%. Autant dire que le défi est de taille lorsque les deux parents travaillent. Au moment où la carrière demande un engagement total, les couples dont les femmes souhaitent rester actives font face à un double défi au quotidien.

Que faites-vous pour encourager la diversité et les femmes au sein de votre organisation?

Récemment, la Vaudoise a lancé une réflexion sur la diversité. Je trouve que c’est un très bon début. L’entreprise souhaite également avoir le label Equal Salary, ce qui est également très positif. Je me réjouis de la suite de ces initiatives. A mon niveau, je fais face au manque de candidatures féminines. Par contre la bonne nouvelle est qu’étant à la tête d’une équipe de data scientists, je vois un fort potentiel féminin émerger dans ce contexte, car les filières mathématiques attirent plus facilement les femmes. A titre plus personnel, j’ai accepté de participer en tant que role model à une campagne qui a pour objectif de rendre les parcours de femmes plus visibles dans certains métiers à faible représentation féminine.

A votre avis, pourquoi les initiatives pour promouvoir les femmes dans le domaine IT ne rencontrent-elles que peu de succès?

Je pense qu’il y a un manque d’identification des femmes à ce métier. La profession souffre du syndrome du geek qui passe 18 heures par jour sur un ordinateur. La plupart des informaticiens que je connais ne correspondent pas à ce stéréotype. Lors d’une table ronde que j’ai animée pour vulgariser ce métier auprès de filles entre 10 ans et 13 ans, j’ai posé la question suivante: que représente une femme ingénieure pour vous? La réponse était: «Un génie!!». Preuve que la barre est posée très haut et que ce métier est perçu comme inaccessible par beaucoup de petites filles.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes désireuses de faire carrière dans l’IT?

C’est un très beau métier qui a plein de facettes. Si on aime jouer avec les abstractions, on est dans un pays de rêve. C’est ludique, c’est stimulant… En gros j’essaierais de leur donner envie de faire ce métier. Je leur expliquerais également que travailler dans un monde masculin nous permet d’enrichir notre palette de compétences. Il y a une vraie complémentarité et une vraie richesse à sortir de sa zone de confort. Enfin, je conseillerais aux étudiantes de ne pas se décourager au premier échec, de résister à la voix intérieure qui pourrait les pousser à penser qu’elles ne sont pas à leur place et surtout de se protéger de tout regard dénigrant. La vie est un long processus d’apprentissage pour tout le monde.

Le monde du travail se transforme, y compris dans le domaine IT. Ces changements vont-ils créer de nouvelles opportunités pour les femmes?

Cela ne fait aucun doute pour moi. Les nouvelles approches de travail de type Agile démontrent tous les jours l’importance de la culture du feedback car elles permettent de s’adapter plus vite en s’ajustant à la réalité de l’équipe et du marché en permanence. Je pense que les femmes ont, de par l’éducation qu’elles ont reçue, plus de facilité à se remettre en question, donc elles sont particulièrement réceptives à ce genre de démarche. Il est temps que l’économie suisse prenne conscience de tout cela, car non seulement les femmes sont peu nombreuses, mais en plus un grand nombre de femmes qui travaillent dans l’IT en Suisse viennent d’autres pays où la carrière d’ingénieure est nettement plus commune.

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