Economie

Les grandes entreprises suisses innovent et se numérisent davantage que les petites

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La force de frappe R&D des grandes entreprises suisses et leurs investissements dans les TIC cachent la forêt de la multitude de PME beaucoup plus frileuses face au numérique et moins hardies dans l’innovation.

Les grandes entreprises suisses feraient-elles de l'ombre aux petites ? (Source: CharlesAPhillips63)
Les grandes entreprises suisses feraient-elles de l'ombre aux petites ? (Source: CharlesAPhillips63)

C’est devenu une habitude, cet été et comme tous les ans depuis 2011, la Suisse a été sacrée championne du monde de l’innovation par l’Université Cornell, l’INSEAD et l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle. Mais le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) ne voudrait surtout pas que le pays se repose sur ses lauriers. Il a donc demandé au Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l’EPFZ de se pencher sur la question. Les résultats obtenus par ses chercheurs auprès de 1505 entreprises suisses de tous secteurs sur leurs activités d’innovation entre 2014 et 2016 «laissent entrevoir une détérioration de la situation» affirment-ils dans un rapport publié dernièrement. La part d’entreprises investissant dans la R&D est ainsi passée d’un quart au début des années 2000 à 13,3% aujourd’hui regrettent ses auteurs.

Une fracture se dessine

En comparant les mêmes périodes, les analystes se sont rendus compte que le montant des dépenses R&D en cours est le même qu’il y a 20 ans, «autrement dit, moins d’entreprises allouent un budget à l’innovation, mais celles qui investissent dans cette activité le font de manière plus intense. Cela signifie que les dépenses de R&D se concentrent dans un nombre toujours plus réduit d’entreprises, avec un danger de fracture entre les championnes de l’innovation et le reste de l’économie», écrivent-ils. Une fracture à propos de laquelle les cabinets EY et Gartner avaient déjà sonné l’alarme en avril et qui semble se dessiner entre les PME et les grands groupes. En effet le KOF remarque que si l’intensité de la recherche est stable dans les sociétés de plus de 250 salariés (4,5% du chiffre d’affaires), celle dans les petites et moyennes entreprises - qui constituent 99% du tissu économique - ne représente plus que 2,05% de leur CA en moyenne. Et comme aujourd’hui il n’y a pas d’innovation sans innovation digitale, cette démarcation entre les grandes entreprises et les plus petites est égalemment visible dans la part des investissements qu’elles dédient aux technologies de l’information et de la communication. En effet, quand les gros groupes consacrent plus de 20% de leurs investissements aux TIC, les entreprises employant moins de 249 personnes n’y affectent qu’un peu plus de 15% de leur enveloppe. Des chiffres qui viennent confirmer l’inquiétant «même pas peur» des PME suisses face au numérique qui transpirait de l’enquête PME 2018 publiée en septembre.

Du mieux dans la cybersécurité

Seuls points positifs soulignés par le Centre de recherches conjoncturelles: les petites et moyennes entreprises suisses misent sur la formation continue et semblent avoir pris la mesure des risques cyber et ont boosté leurs investissement en cybersécurité sur la période 2014-2016 (voir infographie ci-dessous). Ceux-ci ont ainsi représenté 0,2% des investissements totaux des entreprises de 50 à 249 employés et près de 0,15% de ceux des sociétés de moins de 50 personnes. Pour les grands groupes, cette part n’est que de 0,05%... une explication optimiste étant qu’elles avaient déjà réalisé leurs grosses dépenses en cybersécurité avant 2014.

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