Prospective

Tendances 2019: quelles technologies pour gérer un stack toujours plus complexe?

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Le cabinet new yorkais CBInsights a sélectionné quinze technologies qui viendront faire évoluer le quotidien des équipes IT dès l’an prochain. Classées en fonction de leur taux d’adoption et de leur potentiel économique, elles révèlent l’enjeu toujours plus important du tri, du stockage et de l’analyse des données et montrent l’impact de la démocratisation des microservices conteneurisés.

(Source: Nenov / iStock.com)
(Source: Nenov / iStock.com)

Spécialiste de l’analyse des marchés technologiques, CBInsights s’est lui aussi plié à l’exercice de l’anticipation des tendances IT à suivre en 2019. Mais pour sortir du lot, le cabinet new yorkais a classé les quinze technologies retenues en quatre catégories en fonction de leur adoption par les entreprises et des opportunités business qu’elles offrents: nécessaire, transitoire, menaçante et expérimentale.

Seules trois technologies sont suffisamment matures et prometteuses pour être qualifiées de nécessaires pour CBInsights. Le SD-WAN est la première d’entre elles. Cette architecture  de réseau étendu à définition logicielle repousse les limites du SDN (Software defined network) et apporte la séparation de l’applicatif et des données et sa flexibilité aux réseaux étendus. Cette infrastructure programmable supportera la multiplication des objets connectés et le déploiement de la 5G. «Ces réseaux assureront la sécurité, la fiabilité et la performance tout en maintenant les coûts à un bas niveau malgré la consommation croissante de données», écrivent les experts de CBInsights qui s’attendent à ce que le marché du SD-WAN atteigne plus de 8 milliards de dollars d’ici 2021.

Le deuxième plus gros changement de l’année prochaine selon l’américain se trouve dans les bases de données horodatées (TSBD pour time series databases). Et c’est encore dans la multiplication des objets et appareils connectés que demeure l’explication: face à l’explosion de la quantité de données produites, l’horodatage des data est un outil puissant pour les analyser et mesurer les changements au cours du temps. Les entreprises s’emparent donc massivement des TSBD au dépend des bases de données relationnelles et des solutions Search (les Graph sont traitées plus bas).

Enfin, avec un intérêt business égal mais une adoption moindre, l'orchestration des microservices occupent la troisième place des technologies «nécessaires» en 2019. La démocratisation des microservices qui se connectent entre eux pour former une application complète a simplifié la vie des développeurs dont les livrables sont réduits et qui n’ont qu’à éditer un petit bloc de code stocké dans un conteneur pour faire une mise à jour. Mais elle a dans le même temps rendu plus complexe la sécurité et la surveillance du puzzle, qui compte désormais énormément de pièces. Le maillage (mesh) permet d’automatiser la gestion et l’orchestration des conteneurs grâce à une couche d’infrastructure programmable. «Les développeurs peuvent déployer ou modifier les conteneurs individuellement, tandis que les administrateurs système peuvent surveiller et sécuriser les conteneurs, collectivement», s’enthousiasment les analystes persuadés que le marché du mesh grandira proportionnellement à celui des microservices qui devrait générer 33 milliards de dollars de revenus d’ici 2023.

Des données stockées à froid

La deuxième division des tendances 2019 de CBInsights ne compte elle aussi que trois élues. L’adoption de ces technologies qualifiées de transitoires sera massive selon le cabinet de conseil, mais leur potentiel business est plus faible. Parmi elles, l’informatique sans serveur est tout de même promise à un bel avenir. A travers le serverless computing, les entreprises s’affranchissent de la gestion des ressources d’infrastructure offertes par leurs fournisseurs de cloud. Selon un sondage réalisé par la société de gestion de cloud computing RightScale auprès de professionnels de l’IT, son adoption serait passée de 12% début 2017 à 21% début 2018. S’il continue sur sa lancée, le serverless computing devrait générer un volume d’affaire de 7,72 milliards de dollars dès 2021. Un succès qui s’explique par la praticité et la réduction de coûts induites par le FaaS (function-as-a-service) grâce auquel les entreprises ne payent plus pour une puissance de calcul ou une capacité de stockage prédéfinies mais uniquement pour ce qu’elles consomment lorsque l’un de leur programme fait appel à une fonction (identifier un utilisateur, redimensionner une image, etc.) et seulement pour la durée de la tâche qu’elle réalise.

Presque aussi prometteur que le serverless d’un point de vue business (4.2 milliards de dollars dès 2020), les bases de données orientées graphes vont continuer de convaincre de plus en plus d’entreprises, même si cette croissance sera moindre que celle de leurs homologues horodatées détaillées ci-dessus. Nées de la difficulté de connecter entre elles les grandes quantités de data non structurées issues du Web 2.0 à l’aide des bases de données relationnelles (SQL), les systèmes NoSQL, et en particulier les bases de données orientées graphes, permettent de tirer autant parti des relations entre les données que des données elles-mêmes. «Depuis la publication de la base de données Graph d'Amazon en mai 2018, des entreprises de tous secteurs testent cette nouvelle technologie», écrivent les analystes convaincus qu’elle va se démocratiser.

Mais toutes les données n’ont pas besoin d’être disponibles immédiatement et tout le temps. Par exemple, selon les estimations d'IBM, environ 90% des données collectées issues de l'internet des objets ne sont jamais utilisées. Malgré tout, les entreprises ne veulent pas s’en séparer, dans l’espoir de trouver, un jour, des opportunités dans leur exploitation (grâce aux progrès de l’intelligence artificielle notamment). Une situation qui pousse les experts de CBInsights à parier sur la technologie cold storage. A l’opposé des SSD, le cold storage ressort du grenier les CD-R et les bandes magnétiques pour permettre un stockage aussi peu onéreux que frugal en consommation énergétique de ces data auxquelles accéder rapidement n’est pas un enjeu. Les propriétaires de cryptoactifs s'accommodent également très bien de ce type de mémoire. Le marché du cold storage devrait ainsi atteindre près de 213 milliards de dollars d'ici 2025.

Des données cartographiées

La première des tendances qualifiées de menaçantes par CBInsight répond à des besoins opposés à ceux qui justifient l’émergence de ce stockage à froid: les data centers de périphérie (edge) vont répondre aux exigences de vitesse et de fiabilité dans le traitement des données des utilisateurs d’objets connectés. Leur multiplication ainsi que celle des smartphones font peser une charge de plus en plus importante sur les serveurs cloud et mettent à mal les bandes passantes des réseaux. En plaçant les ressources informatiques au plus près des sources de données, le edge computing résout ces problèmes. Des centres de données modulaires et de petites tailles vont donc faire leur apparition un peu partout pour fournir des capacités de stockage et de traitement hyperlocales et soutenir un marché du edge estimé à 34 milliards de dollars d'ici 2023.

La multiplication des données ne posent pas que des problèmes de vitesse d’accès ou de coût de stockage, elle soulève aussi des enjeux de gouvernance. C’est pourquoi CBInsights voit dans le data lineage et sa cartographie de la vie données une autre des tendances de l’année à venir. En enregistrant non seulement d’où elles viennent mais également leurs mouvements et leurs modifications au cours du temps, le data lineage sera un important levier de mise en conformité alors que les cadres contraignants vont se multiplier dans le sillage du RGPD. Les entreprises de la finance et les industriels de la santé en sont les early adopters mais les autres secteurs ne vont pas tarder à suivre assurent les analystes.

Cartographie toujours, mais à un autre niveau avec la nanosegmentation, solution de sécurité distribuée qui promet de protéger les workloads dans le cloud, sans limiter les nécessaires communications entre des microservices fonctionnants dans des conteneurs. Elle pousse ainsi un cran plus loin la microsegmentation qui permettait déjà de protéger des machines virtuelles individuelles en établissant une liste blanche des relations entre microservices à ne pas bloquer et en rejetant toute tentative de connexion qui n’y figure pas. Le marché des microservices devrait atteindre 33 milliards de dollars d'ici 2023 et «bien qu'il n'existe actuellement aucune estimation de la taille du marché de la nanosegmentation», les auteurs du rapport pensent qu’elle pourrait bientôt lui voler la vedette.

Des données triées automatiquement

Mais la technologie dont le potentiel business est le plus élevé parmi les 15 retenues par CBInsight est à chercher du côté du web. C’est aussi la plus confidentielle en terme d’adoption prévue pour 2019. Et pour cause: il s’agit d’un nouveau protocole Internet (HTTP/3) que Google ne déploiera que l’année prochaine. Cette troisième version du Hypertext Transfer Protocol réduira les temps de connexion entre un navigateur et le serveur web auquel il veut accéder ainsi que la congestion de la bande passante notamment parce que plusieurs paquets pourront également être transportés sur une seule connexion (multiplexage). Avec HTTP/3 viendront aussi le chiffrement des requêtes et la possibilité de migrer les connexions même si les adresses IP changent dynamiquement. Une sortie à point nommé pour accompagner le développement de la 5G.

Une boule de cristal tournée vers 2019 serait-elle crédible si les mots intelligences artificielles ne faisaient pas parti de son vocabulaire? Non, et CBInsights le sait bien. Pour l’américain, l’année prochaine, la plus grosse influence de la technologie de la prochaine décennie se fera sentir dans la business intelligence. Les entreprises vont s’emparer rapidement de l’apprentissage machine pour automatiser le tri de leurs données, la synthèse des plus pertinentes et la présentation des informations qu’elles recèlent au bon moment et de façon visuellement digeste pour que leurs employés prennent des décisions éclairées. Ce que CBInsights appelle l’intelligence économique augmentée devrait représenter un marché de 136 milliards de dollars d'ici 2020.

En parallèle de cette assistance pour une meilleure compréhension des affaires, les employés vont voir leurs tâches manuelles et répétitives disparaître. La dernière des tendances de la catégorie menaçante est en effet l’automatisation des workflow, soit la robotic process automation (RPA) dont nous vous avons déjà largement parlé. «Pour les entreprises, l'élimination des erreurs humaines est tout aussi attrayante que la réduction des coûts», écrivent les experts new yorkais. Selon eux, cet intérêt va encore augmenter avec l’amélioration de ces outils de plus en plus boostés à l’IA et ce marché, estimé à 18,5 milliards de dollars pour 2023, va avoir un impact conséquent sur l’emploi des cols blancs.

Qualifiées d'expérimentales, les quatre dernières tendances identifiées par CBInsights sont encore «conceptuelles ou à un stade précoce» mais suscitent déjà de l’intérêt. Il s’agit du multi-cloud (gestion de différents fournisseurs/environnements en parallèle), de l’hyperconvergence stateless (infrastructure hyperconvergée dans laquelle les data ne sont pas prisonnières d’un noeud), des puces ASICS et ASSPS (qui se concentrent sur une seule tâche, ce qui sera utile pour l’IoT) et enfin le cloud quantique (que je ne vous ferai pas l’affront de définir ici).

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