10 ans

L’intelligence artificielle, la technologie de la prochaine décennie

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Technologie transverse par excellence, l’intelligence artificielle dispose de tous les atouts pour jouer les premiers rôles dans la prochaine décennie. Avec des conséquences sur notre rapport aux technologies numériques, sur l’économie, voire même sur la géopolitique.

(Source: bubaone / iStock)
(Source: bubaone / iStock)

Tout donne à penser que l’intelligence artificielle sera la technologie clé de de la prochaine décennie. Le domaine a énormément progressé et gagné en visibilité ces dernières années au rythme des victoires des machines contre des champions d’échec, de Go et de quantité de jeux vidéo. L’intelligence artificielle fait donc le buzz et, souvent mal comprise, suscite des espoirs et des craintes démesurés, dans la société et dans les organisations.

L’intérêt des entreprises pour les technologies de machine learning a explosé ces dernières années. Dans l’enquête que réalise chaque année ICTjournal auprès des responsables IT romands, trois quarts d’entre eux déclaraient n’avoir aucun intérêt pour l’IA en 2015. Trois ans plus tard, deux tiers des sondés s’y intéressent et 29% ont même démarré des projets pilotes ou des déploiements. Cette évolution s’explique par le caractère transverse de l’intelligence artificielle. Moyen à la fois d’automatisation et de création de valeur, elle trouve des applications dans toutes les industries et dans toutes les fonctions de l’entreprise, du marketing à la chaîne de production, en passant par les RH. Selon McKinsey les technologies d’IA ont le potentiel d’apporter chaque année 1,2% de croissance supplémentaire à l’économie mondiale. Le cabinet de conseil avertit toutefois que les bénéfices iront surtout aux entreprises et pays pionniers dans le domaine.

Un nouveau paradigme informatique

Souvent employé de manière abusive, le terme de changement de paradigme est parfaitement justifié s’agissant de l’IA actuelle. Contrairement aux applications informatiques permettant d’exécuter des tâches explicites codées par les développeurs, les réseaux neuronaux développent en quelque sorte leur propre mode de résolution à partir des exemples dont on les nourrit. Ils s’avèrent ainsi particulièrement performants pour des activités cognitives dont il serait difficile d’expliquer la logique, comme la compréhension du langage ou la conduite automobile. A terme, ce mode de résolution pourrait toutefois s’appliquer à bien d’autres tâches. «AI is eating the world», suggèrent ainsi experts reprenant la formule habituellement employée pour le software.

Ce changement de paradigme a de nombreuses conséquences. Avec l’IA, les détenteurs de grands volumes de données exemples disposeront d’un grand avantage sur leurs concurrents. Et les talents maîtrisant l’art d’entraîner les algorithmes seront l’objet de toutes les attentions. C’est aussi sur eux que pèsera la responsabilité du choix et de l’étiquetage des données d’entraînement, et des biais ou erreurs susceptibles d’en découler.

De nombreux défis

L’adoption promise aux systèmes d’intelligence artificielle suscite des angoisses ou pour le moins des interrogations dans la société. Le caractère opaque de leur fonctionnement est problématique, notamment lorsque ces solutions sont amenées à prendre des décisions morales, comme dans les cas des véhicules autonomes, des robots armés ou des diagnostics médicaux. Il faudra faire preuve de pédagogie et développer la capacité d’ouvrir la boîte noire. Il faudra aussi s’habituer aux comportements étranges des machines et à leurs erreurs inédites. C’est une chose d’accepter les stupidités d’un chatbot, c’en est une autre de tolérer qu’un véhicule autonome s’arrête subitement parce qu’il a confondu le t-shirt d’un passant avec un panneau Stop.

A ces défis, s’ajoute évidemment celui de l’emploi, source de toutes les craintes. Pas un mois ne se passe sans une nouvelle étude avertissant de la disparition de millions d’emplois à cause de l’IA ou affirmant au contraire qu’après une période de transition l’IA sera surtout créatrice de jobs. Et s’il est clair que beaucoup de métiers - des avocats aux routiers - seront touchés, bien malin celui qui peut dire aujourd’hui quelle sera l’ampleur du phénomène dans telle ou telle profession.

La Chine en embuscade

L’essor de l’intelligence artificielle pourrait aussi modifier les équilibres entre les puissances technologiques. La Chine semble particulièrement bien positionnée pour en profiter. La taille de sa population et son usage intensif des technologies mobiles promettent d’abreuver les entreprises technologiques du pays en données exploitables. Sans compter que les systèmes intelligents sont promus par le gouvernement et que les citoyens semblent moins inquiétés par leurs dérives qu’en Europe ou aux Etats-Unis. De plus, le pays dispose d’un grand nombre de talents en intelligence artificielle, assez pour convaincre Google d’y implanter un centre de recherche. Et SenseTime, la start-up IA la plus valorisée au monde à 4,5 milliards de dollars, est chinoise.

A cela s’ajoute l’ambition affichée et la stratégie de l’Etat chinois pour devenir le leader dans le domaine de l’intelligence artificielle à l’horizon 2030. Un plan qui s’appuie explicitement sur les fleurons du pays - Alibaba, Baidu, Tencent - désignés «champions nationaux» pour des domaines d’application spécifiques. Une telle collaboration planifiée entre le gouvernement et les entreprises privées est difficilement pensable en Occident. Ce qui ne manque pas d’inquiéter certains observateurs américains, vu l’avance que la Chine pourrait développer grâce à l’IA au niveau non seulement commercial mais aussi militaire.

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