Cryptoéconomie

Les banquiers suisses ouvrent la porte aux sociétés blockchain

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Les acteurs de la cryptoéconomie se plaignent depuis des mois de ne pouvoir ouvrir un compte en Suisse. L’Association suisse des banquiers a fini par les entendre et fait un pas: elle publie un guide pour aider ses membres lors de l’ouverture de comptes d’entreprises pour les sociétés blockchain.

(Source: Pictures news / Fotolia.com)
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En avril dernier, le rapport du groupe de travail (Blockchain Taskforce) créé à l’initiative du Secrétariat d'État aux questions financières internationales autour des applications de la blockchain citait l’impossibilité d’ouvrir un compte d’entreprise dans une banque suisse comme principal problème pour les acteurs du secteurs. Pionnière, la banque argovienne Hypothekarbank Lenzburg a commencé à accepter des sociétés blockchain comme clientes au début de l’été. Elle devrait finalement être suivie par d’autres établissements financiers suisses puisque l’Association suisse des banquiers (ASB) publie ce 21 septembre un guide (en allemand) pour aider ses membres lors de l’ouverture de comptes d’entreprises pour des sociétés blockchain. Dans son communiqué l’ASB assure même que «les banques considèrent la technologie blockchain comme un potentiel avec diverses possibilités pour la place technologique et financière suisse.» Un peu tard diront certains alors qu’en juillet un rapport PwC montrait que le pays était de moins en moins attractif pour les start-up désireuses de mener une ICO (initial coin offering, levée de fonds en cryptomonnaie), et ce malgré les efforts de Zoug et de Genève de devenir le hub leader mondial dans le domaine de la crypto-économie.

ICO ou pas ICO?

Un retard à l’allumage justifié par le fait que «l’ouverture de tels comptes pose plusieurs défis aux banques car les nouvelles technologies blockchain peuvent induire des risques, notamment dans le domaine du blanchiment d’argent», explique l’association. Pour y faire face, le guide qu’elle publie fait le distingo entre les sociétés blockchain qui se financent par une ICO et les autres. Ces dernières «doivent en principe être traitées comme tout autre client PME qui souhaite ouvrir un compte comme tout autre client PME qui souhaite ouvrir un compte», suggère le document. Et, comme pour une PME, la pertinence de leur business plan et des moyens à leur disposition pour le mettre en oeuvre seront étudiées par l’institution bancaire sollicitée.

Pour les entreprises qui se financent en émettant des jetons contre des cryptomonnaies (ICO) «doivent être soumises à des exigences supplémentaires et plus strictes - indépendamment de leur assujettissement à la Loi sur le blanchiment d’argent», poursuit l’association faîtière de la place financière suisse. Le guide invite donc ses membres à vérifier que «l’organisateur d’un ICO applique les normes suisses pertinentes concernant l’origine des fonds (KYC) et le blanchiment d’argent lors de l’acceptation de cryptomonnaies.» Il ajoute que l’acceptation de ces cryptomonnaies devrait «en principe [être] traitée au minimum comme une opération au comptant», c’est à dire selon le taux de change en vigueur le jour même de la transaction.

Intégrité et réputation

Ce guide sera-t-il suffisant pour rassurer les banquiers suisses? Les conseillers clientèle pro sauront-ils faire face à des business models aussi novateurs que troublants? L’association précise que ce guide n’est pas contraignant, que chaque banque est responsable de ses activités et que «l’intégrité et la réputation de la place financière suisse doivent rester l’objectif premier de tous les acteurs du marché.» La Crypto Valley Association, qui a participé aux réflexions de l’ASB qui ont abouti à ce guide, s’est malgré tout réjouie de cette avancée, de bon augure alors que CV VC (ex Lakeside Partners) a ouvert hier à Zoug un premier incubateur dédié au start-up blockchain. La Blockchain Taskforce s'est de son côté félicité de «cette étape importante.»

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