Economie

La mise à nu de Spotify éclaire le difficile business du streaming musical

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En prévision de son entrée en bourse, Spotify a dû publier ses comptes. Il en ressort que, même pour le leader mondial, le streaming musical est loin d'être rentable.

(Source: Spotify)
(Source: Spotify)

Ambitionnant une entrée en bourse au New York Stock Exchange courant 2018, le leader mondial du streaming musical, Spotify, a dû remplir le formulaire F-1 imposé par le régulateur américain des marchés financiers (SEC). Rendu public ce mercredi 28 février, celui-ci rend éminemment palpable la difficulté pour une entreprise d’être rentable sur ce secteur.

Créée en 2006, l’entreprise suédoise revendique aujourd’hui 71 millions d’abonnés payants auxquels il faut ajouter 92 millions d'utilisateurs qui écoutent gratuitement de la musique interrompue par des publicités. Spotify peut s'enorgueillir d’avoir vu son chiffre d’affaires grimpé de 2,952 milliards à 4,09 milliards d’euros en un an. Mais ce que notent surtout les investisseurs c’est que dans le même temps, ses pertes sont passées de 539 millions à 1,235 milliard de d’euros.

2,42 milliards de déficit cumulé

L’auteur du dossier remis aux autorités américaines n’y va pas par quatre chemins: «Depuis notre lancement en avril 2016, nous avons subi des pertes d'exploitation significatives et, au 31 décembre 2017, nous avons accumulé un déficit de 2'427 millions d'euros.» En cause, les royalties payées aux maisons de disques, label et autres éditeurs. Et le suédois ne se montre pas plus rassurant quelques lignes plus bas lorsqu’il ajoute: «nous ne pouvons pas vous assurer que les revenus générés par la vente de notre service Premium et la publicité suffiront à compenser le coût de notre contenu et ces droits d'auteur.» En 2017, ces droits d’auteur ont coûté 3,241 milliards d’euros à la plateforme.

Lancé en juin 2015, Apple Music s’est rapidement imposé comme le concurrent numéro 1 de Spotify. Ne proposant pas d’écoute gratuite contre diffusion de publicité, le service de la marque à la pomme a attiré 36 millions d’abonnés payants en moins de 3 ans (Mise à jour le 13 mars 2018: Apple Music compte désormais 38 millions d'abonnés payants). Mais ce que montre le dernier rapport de la Fédération internationale de l'industrie phonographique, c’est que YouTube est première source de musique des internautes et mobinautes (46% du streaming musical).

Conscient de cette concurrence agressive, Spotify dit vouloir «attirer, engager et fidéliser les utilisateurs et les fournisseurs de contenu en s’appuyant sur la qualité de l'expérience de l'utilisateur, la gamme et la qualité du contenu, la facilité d'utilisation, le prix, l'accessibilité, la perception du fardeau publicitaire pour notre service supporté par la publicité, la notoriété et la réputation.» Cela sera-t-il suffisant, alors que Google (propriétaire de Youtube) et Apple tentent de conquérir les foyers avec leur enceinte connectée (Google Home et HomePod)? Pas sûr, d’autant que pour ces deux géants, le streaming musical n’est qu’une activité dans un écosystème bien plus large (et rémunérateur). Mais alors, le chemin de la rentabilité existe-t-il pour un le pure player du streaming musical? Lui-même ne semble pas en être convaincu. En attendant, Spotify recrute un responsable et des ingénieurs hardware. Sans doute pour aller chercher à son tour de nouveaux revenus à travers une enceinte connectée.

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