Stratégie

Rencontre avec Ava, la start-up suisse aux 15’000 grossesses

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Créée en 2014, AVA Women a déjà levé plus de 42 millions de dollars avec son bracelet connecté qui aide les femmes à suivre leur cycle menstruel. La pépite zurichoise vient d’être nommée start-up la plus prometteuse de Suisse pour la deuxième année consécutive. L'occasion d'un bilan avec son PDG et co-fondateur Pascal Koenig.

Pascal Koenig, Co-Founder et CEO d'Ava Women (Source: Ava Women)
Pascal Koenig, Co-Founder et CEO d'Ava Women (Source: Ava Women)

Pour la deuxième année consécutive vous voilà start-up la plus prometteuse du pays selon le Top 100 Swiss Startup Award. Au-delà de la reconnaissance, que retirez-vous de ce genre de récompense?

Pour nous l’aspect le plus important est l’attractivité des talents. Nous grossissons très vite, nous étions 40 il y a un an, nous sommes 100 aujourd’hui. Il est essentiel pour nous de recruter les bonnes personnes. Des gens brillants, expérimentés, motivés… Ce genre de prix nous apporte beaucoup de visibilité, ce qui aide énormément pour attirer les talents. Depuis que nous avons gagné ce prix l’an dernier, pour chacune des offres d’emploi que nous publions, nous recevons en moyennes 400 candidatures.

Après 4 ans d’existence, combien de bracelets avez-vous vendus ?

Nous ne communiquons pas ce chiffre, ni notre chiffre d’affaires. En revanche je peux vous dire que parmi les utilisatrices d’Ava, 15'000 sont tombées enceintes. Notre marché le plus important est aux Etats-Unis où nous avons atteint le seuil de rentabilité.

Comment fonctionne votre technologie?

Lors du cycle menstruel, la variation des taux d’hormones a des impacts sur le corps de la femme. Que la température corporelle change par exemple est une chose connue depuis des décennies. Mais d’autres paramètres physiologiques, comme l’hydratation de la peau, le pouls ou le rythme respiratoire sont aussi modifiés. Les six capteurs présents dans notre bracelets suivent neuf de ces paramètres physiologiques sur lequel l’ovulation a un impact. Chaque nuit que l’une de nos clientes le porte, Ava génère 3 millions de données. En les analysant, notre intelligence artificielle est capable de prédire l’ovulation 6 jours avant qu’elle ne débute, soit trois jours avant les tests urinaires et bien avant la méthode de suivi de la température corporelle qui est un indicateur de la fin de période de fertilité.

Grâce à l’immense quantité de données qu’il a déjà traité, notre algorithme sait même désormais trier une manifestation physiologique qui vient d’une augmentation du taux d'oestrogène d’une autre qui serait la conséquence d’un voyage éprouvant, d’une nuit difficile ou d’une soirée trop arrosée. Et là où les tests traditionnels sont identiques pour toutes les femmes, Ava apprend à connaître son utilisatrice et rapidement lui fournit des informations personnalisées.

Après avoir levé 2,6 millions de dollars en 2015 et 10 en 2016, vous venez de boucler un nouveau de table de 30 millions de dollars, qu’allez-vous en faire?

La plus grande partie est dédiée aux essais cliniques que nous menons avec différents partenaires comme le Centre suisse d'électronique et de microtechnique (CSEM) à Neuchâtel ou l’hôpital universitaire de Zurich. Nous travaillons à de nouveaux services à offrir aux femmes, soit pendant la grossesse pour la détection précoce de complications (pré-éclampsie, infection,…) soit pour leur assurer que leur contraception fonctionne.

Nous investissons aussi beaucoup dans notre développement commercial, aux USA, en Europe et en Chine. Depuis 2016 nous avons un bureau à San Francisco avec quinze personnes qui s’occupent de notre marketing digital. Nos développeurs sont à Belgrade (15 personnes), notre service client à Makati (aux Philippines, 10 personnes) et le gros des troupes (60 personnes) restent au headquarters, ici à Zurich. Nous venons aussi d’installer un commercial à Hong Kong, ce qui constitue un premier pas vers la Chine.

Cette présence en Suisse est importante pour vous?

La Suisse est un excellent pays pour recruter des talents. Les data scientists qui sortent de l’EPFL et de l’ETHZ sont de classe mondiale et ils aiment la qualité de vie du pays. C’est aussi un très bon pays pour faire du business. Géopolitiquement, alors que les Etats-Unis et la Chine se livre une guerre commerciale, la neutralité suisse demeure un atout.

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