Low code

De plus en plus d’applications sont conçues en dehors de la DSI

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Les plateformes low code sont en plein boom. En permettant aux équipes métiers de développer leurs applications sans avoir à coder, elles libèrent les services IT qui peuvent se consacrer à des tâches plus complexes.

Un salarié utilisant l’outil Web Modeler de Mendix. (Source: Mendix)
Un salarié utilisant l’outil Web Modeler de Mendix. (Source: Mendix)

Depuis le début du mois de juin, le monde compte une nouvelle licorne. Les 360 millions de dollars levés par la plateforme low code OutSystems valorise l’éditeur né au Portugal en 2001 bien au-dessus du milliard. La raison de ce succès est simple: avec la révolution numérique, les projets de développement d’applications se multiplient exponentiellement tandis que les entreprises peinent à recruter les développeurs capables de les mener. Selon le cabinet Gartner* la demande est cinq fois supérieure à la capacité de production. En offrant la possibilité de créer des applications sans savoir programmer, les plateformes low code sont une réponse à cette pénurie.

De la même manière que l’arrivée de Wordpress a permis à tout un chacun de créer un site web sans avoir à écrire une ligne de code, ces outils se présentent sous la forme d’interfaces graphiques à travers lesquelles l’utilisateur peut ajouter des fonctionnalités et des boutons par de simples drag & drop. Le programme génère alors automatiquement les liens logiques entre ces éléments et le code correspondant.

Forrester Research** estime que le chiffre d’affaires de ce nouveau marché s’est élevé à 3,8 milliards de dollars sur la période 2016-17 et qu’il atteindra 15 milliards de dollars en 2020. Selon le cabinet, ce marché est dominé par les pure players que sont OutSystems et Mendix. Désormais basée à Atlanta (USA), OutSystems permet des déploiements on premise, sur ses solutions de cloud public, sur un nuage privé virtuel ou sur AWS et Microsoft Azure. Tout comme Mendix, elle supporte la conteneurisation via Docker et Cloud Foundry. Fondé aux Pays-Bas, le concurrent direct d’OutSystems a lui aussi déménagé son siège aux Etats-Unis (Boston). Davantage tourné vers l’augmentation de productivité des développeurs professionnels, l’outil de Mendix est également une interface visuelle de programmation augmentée d’un environnement de développement intégré. SAP et IBM ont choisi de s’associer à Mendix pour proposer des solutions low code à leurs clients à travers leurs offres SaaS.

Un champ de bataille

Les autres éditeurs ne sont pas en reste. Oracle propose deux services maison: Schema Service est la version cloud d’ApEx qui permet de créer des applications exploitant des bases de données Oracle, et Visual Builder Cloud Service, plateforme low code capable de générer du code JavaScript/HTML.

Fin 2016, Microsoft a de son côté présenté PowerApps. Très conviviale, elle cible les non développeurs ou citizen developers qui veulent créer des applications métiers sur la base de données disponibles via d’autres produits Microsoft (Office 365, SharePoint, Azure…) mais aussi tiers (Slack, Salesforce, DropBox…). L’entreprise de Redmond a indiqué en mars dernier que PowerApps devenait la plateforme applicative de sa version SaaS de Dynamics 365.

Sur le même créneau, Google vient d’annoncer le déploiement à tous les clients G Suite de son outil App Maker après un an et demi de bêta. A travers JDBC ou une API REST, App Maker peut se connecter à des bases de données tierces en plus de celles Cloud SQL hébergées sur Google Cloud Platform. L’outil low code s’interface également aux services de la G Suite (Gmail, Calendar, Sheets) ainsi qu’à des programmes tiers via Apps Script. Pour éviter le shadow IT, les applications développées sur App Maker dans une entreprise seront visibles par les administrateurs de la G Suite qui pourront en empêcher l’utilisation si nécessaire.

Mais sur ce marché en plein boom Microsoft et Google doivent rattraper leur retard sur Outsystems et Mendix mais aussi sur Salesforce qui a dégainé le premier et fait partie des leaders du secteur avec son offre de High-productivity application Platform as a service (hpaPaaS) Force.com, lancée dès 2008 et rebaptisée Lightning l’année dernière. Ses forces sont tant dans la compatibilité avec son CRM et sa large base de clients que dans les 3000 services applicatifs tiers que propose son app store (AppExchange).

Dans le groupe de tête, Gartner et Forrester placent aussi ServiceNow, dont le logiciel de gestion des services IT a fait le succès. Sa plateforme Now, principalement destinée aux applications B2B et B2E (business to employee), fournit des outils de workflow et d’intégration particulièrement aboutis selon Gartner.

Enfin, Forrester considère aussi Appian comme un acteur majeur des plateformes low code. À l’origine spécialiste du Business Process Management, l’entreprise américaine s’est appuyé sur ses compétences historiques pour proposer, dès 2007, Appian Cloud, un outil de création d’applications centrées sur les processus et les données.

Un mouvement de fond

L’essor de toutes ces plateformes s’inscrit dans le mouvement actuel de rapprochement entre l’IT et le business qui voit l’interaction entre les métiers et les développeurs s’améliorer, notamment via la mise en place des méthodes agiles. Un sondage réalisé en août dernier par FileMaker et 451 Research auprès de 500 entreprises nord-américaine révélait que «60% des applications sont désormais créées à l’extérieur du département IT, parmi lesquelles 30% sont construites par des employés dont les compétences techniques sont limitées ou inexistantes.» L’objectif est évidemment d’aller le plus vite possible de l’idée au produit mais aussi de libérer du temps pour que les développeurs puissent se concentrer sur les tâches à plus haute valeur ajoutée.

Les développeurs professionnels les utilisent d’ailleurs également pour se simplifier la vie et ne pas coder ce qui a déjà été codé: modules d’authentification, d’administration des utilisateurs, le multilinguisme… Parmi les 21 200 professionnels interrogés par Vision Mobile en mars 2017, «10% ont indiqué qu’ils utilisent un outil de développement visuel ou low code.» L’éditeur français Platform.sh a même choisi de les cibler directement avec son outil de création d’environnements de pré-production qui permet de déployer, sans code, les applications.

Plutôt que de voir ces plateformes comme une ingérence sur leur pré carré, les services IT doivent accompagner leur usage et compléter les créations des utilisateurs métiers. Au-delà des gros logiciels d’entreprises (ERP), des grands projets (cloud, legacy) et des développements sur mesure sur laquelle elle gardera la main, la DSI doit prendre en charge les sujets sensibles autour de ces applications faites par des amateurs, tels que la sécurité ou la récupération des données qui en sont issues. Une réaction inverse ne ferait qu’encourager la pratique du shadow IT.

Références
* Magic Quadrant for Enterprise High-Productivity Application Platform as a Service, Gartner, avril 2018
** Low Code Development Platforms For AD&D Pros, Forrester, Octobre 2017

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