Consulting disrupted

Le numérique: un énorme marché et une concurrence nouvelle pour les sociétés de conseil

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La transformation numérique dans laquelle sont engagées nombre d’entreprises apporte beaucoup d’affaires aux géants du consulting. Revers de la médaille, le digital augmente aussi les exigences de leurs clients et favorise l’arrivée de nouveaux concurrents qui obligent les sociétés de conseil à se transformer elles-mêmes. Et de développer de nouvelles compétences, de changer leurs modèles tarifaires et d’engagement, et de délivrer des services technologiques au-delà du seul conseil.

(Source: chajamp / Fotolia.com)
(Source: chajamp / Fotolia.com)

Cet article se penche sur l'impact du numérique sur le marché du conseil, avec à la fois des opportunités de croissance, une transformation de la demande et l'arrivée de nouveaux concurrents.

Pour en avoir plus, lisez aussi les autres articles de notre dossier sur la transformation numérique des sociétés de conseil:

Par un hasard du calendrier, les cabinets de conseil PwC et Accenture inauguraient tous deux le 7 mars dernier à Zurich un espace dévolu à la transformation numérique. Accenture vantait les atouts de son centre d’innovation offrant tous les outils nécessaires pour construire et tester rapidement des prototypes, afin d’aider les entreprises à concevoir des produits et des services ayant un impact réel sur l’expérience de leurs clients. Tandis que PwC expliquait que son Experience Center à 3 millions de francs avait pour objet de rendre la numérisation plus tangible: «Ici, nous projetons et testons, avec nos clients et nos partenaires, à la manière des start-up, des idées de produits numériques techniquement exigeants et des écosystèmes», dixit Holger Greif, associé et responsable Transformation numérique chez PwC Suisse.

Ces inaugurations simultanées d’espaces d’innovation numérique ne doivent pas vraiment au hasard. Les grandes firmes de conseil multiplient en effet les initiatives permettant d’offrir de nouvelles prestations et de se positionner dans le domaine de la transformation numérique. L’enjeu est de taille. Selon Source Global Research, le marché mondial du conseil en transformation numérique atteint plus de 20 milliards de dollars, soit un franc sur six dépensé dans le consulting. Pour l’institut de marché, cette part va encore grandir, alors que les entreprises ont des ambitions de plus en plus élevées en matière de numérique «pour changer non seulement comment elles font les choses, mais ce qu’elles font, et même qui elles sont».

Un moteur pour les sociétés de conseil

En Suisse, l’essor de ce marché et l’opportunité qu’il représente pour les grandes firmes de conseil est particulièrement manifeste dans les commentaires accompagnant leurs résultats positifs. «Notre croissance s’explique par le besoin qu’ont les grandes entreprises tout comme les PME de bénéficier d’un soutien dans le traitement des risques ainsi que dans la mise à profit des chances liées à la transformation dans les domaines du numérique et des finances», commente ainsi KPMG. Même engouement du côté d’EY qui «entend être le partenaire privilégié du passage à une économie numérique et ce, dans toutes les disciplines de son offre de services». Ou encore chez Deloitte dont le CEO pour la Suisse déclare: «Le mode opératoire de nos clients est plus numérique et globalement plus connecté que jamais. Ils font de plus en plus appel à nous, non seulement pour obtenir des conseils stratégiques, mais aussi des solutions pragmatiques pour faire face à leurs défis».

Les grandes firmes de consulting sont en effet bien placées sur ce marché en plein essor. Selon Source Global Research, dix entreprises détiennent 59% du marché du conseil en transformation numérique, dont 12% pour Deloitte, 9% pour les autres Big Four (EY-KPMG-PwC), et 16% pour des firmes technologiques.

Nouvelles attentes des clients

Si la transformation numérique est une opportunité pour les sociétés de conseil, elle est aussi un facteur de disruption qui les touche de plein fouet. «L'industrie qui a longtemps aidé d'autres entreprises à déjouer les menaces stratégiques est elle-même sous pression», avertit Clayton M. Christensen dans un article paru dans la Harvard Business Review. Pour cet expert mondial en innovation disruptive, bien que le secteur du conseil ait su par le passé embrasser chaque nouvelle tendance, il ne s’est guère transformé dans ses fondements. Fonctionnement opaque, résultats difficiles à mesurer, business reposant avant tout sur la marque et la réputation, ces caractéristiques des sociétés de conseil sont mises à mal à l’heure du numérique.

Comptant souvent des consultants dans leurs propres rangs et profitant d’un marché plus transparent, les entreprises clientes augmentent leurs exigences. Elles ne se contentent plus de conseils, mais veulent des résultats concrets et des tarifs basés sur la performance avec un risque partagé. Plutôt que de gros mandats aux contours flous, les entreprises privilégient aussi le recours à des consultants très spécialisés proposés par des sociétés de niche. Sur le principe du «eat your own food», elles s’attendent à ce que les firmes de conseil démontrent comment elles se transforment elles-mêmes à l’aide des technologies digitales. La convergence entre stratégies business et technologique, favorise par ailleurs les prestataires IT qui concurrencent directement les sociétés de consulting en matière de transformation numérique.

Nouveaux concurrents

De nouveaux acteurs émergent également avec des structures de coût bien moins élevées. A l’instar de Catalant, une jeune pousse américaine qui a levé 41 millions de dollars l’été dernier, et qui propose une plateforme donnant accès à un pool de 50'000 consultants disponibles à la demande. Basée à Boston, la société compte parmi sa clientèle des multinationales telles que P&G, GE, Pfizer ou Shell.

D’autres start-up s’appuient aussi sur le big data ou l’intelligence artificielle pour automatiser certains processus. Ainsi, dans le domaine RegTech, la jeune pousse zurichoise Apiax propose une plateforme cloud offrant un moteur de règles constamment mises à jour et un cockpit de gestion pour les équipes du légal et de la compliance. Et Integration Alpha, une autre start-up alémanique, s’est associée à Axiom SL pour proposer un service managé dans le cloud couvrant le reporting règlementaire des banques à un coût bien inférieur des tarifs usuels.

Selon Clayton M. Christensen, on assiste à une modularisation du marché du conseil, avec une dynamique donnant la primauté à des fournisseurs spécialisés sur un élément de la chaîne de valeur plutôt que des prestataires intégrés offrant tout ce dont un client a besoin. «Ce changement se produit lorsque les clients réalisent qu’ils paient trop pour des choses qu’ils ne valorisent pas, et qu’ils veulent davantage de vitesse, de réactivité et de contrôle», explique l’expert.

Sources:

Mega Trend #1: Digital Transformation, Source Global Research, 2017

Consulting on the Cusp of Disruption, Harvard Business Review, octobre 2013

Future Of Consulting: Consultancies Adapt To Digital Change, Forrester, 2016

Digital Transformation in the Consulting Industry, Ebook, 9Lenses, 2017

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