Baromètre cybersanté suisse 2021

La pandémie a parfois accéléré et parfois ralenti la numérisation du secteur de la santé suisse

par René Jaun (traduction/adaptation ICTjournal)

La pandémie a peut-être donné un coup de pouce temporaire à la télémédecine. Mais dans le même temps, les professionnels de la santé ont à nouveau transmis davantage de données sous forme analogique. De son côté, la population semble apprécier les applis de santé, si elles lui semblent utiles.

(Photo: Unsplash/National Cancer Institute)
(Photo: Unsplash/National Cancer Institute)

La pandémie a sans doute accéléré la numérisation dans de nombreux secteurs et stimulé l’innovation dans la médecine. La situation est toutefois bien différente dans le secteur suisse de la santé, selon le dernier «Baromètre cybersanté suisse» de GFS Berne. Ainsi, les «canaux d’échange standardisés» ont été de plus en plus utilisés pendant la crise. Concrètement, 78% des pharmaciens utilisent le fax pour échanger des informations sur le traitement d'un patient, 77% des maisons de retraite et 76% des médecins hospitaliers utilisent le téléphone. Ces chiffres sont probablement liés au rythme effréné de la pandémie, a expliqué Tatjana Grez de GFS lors de la présentation des résultats. Les professionnels de la santé étant soumis à une forte pression, ils ont privilégié des moyens de communication éprouvés.

Il n’empêche, les professionnels de la santé échangent de plus en plus de données sous forme numérique, notamment au sein de leur propre organisation. Lorsqu'il s'agit d'échanges avec des parties extérieures, le tableau est plus sombre, a commenté Lukas Golder, co-directeur de GFS. Certes, la numérisation avance, «mais à la suisse, lentement, voire très lentement».

La majorité des acteurs du secteur de la santé sont favorables à l'utilisation systématique de formulaires en ligne pour échanger des informations avec les autorités. mais il reste des choses à améliorer en matière de standards officiels pour la cybersanté.

Boom de la télémédecine, acceptation des applis de santé

Dans d’autres domaines, le coronavirus a sans conteste dopé la numérisation. Le phénomène est particulièrement visible dans la télémédecine: 26% des médecins sondés déclarent avoir fourni des soins à distance au cours des trois mois précédant l'enquête. Chez les organisations Spitex (soin à domicile), le chiffre a augmenté de 9% sur un an. Difficile toutefois d’en conclure qu’il s’agit d’une poussée durable de la numérisation.

Selon l’étude, les applis de santé développées en raison de la pandémie pourraient s’avérer un catalyseur à moyen terme pour la numérisation du système de santé suisse. 39% des personnes sondées indiquent qu’elles ont téléchargé l'appli SwissCovid, et 85 % l’auraient utilisé régulièrement - «un chiffre remarquable», commente Lukas Golder. Ceux qui emploient l’app, le font avant tout par solidarité. A l'inverse, ceux qui n'ont pas installé SwissCovid déclarent n'y voir aucun avantage pour eux-mêmes. Les préoccupations relatives à la protection des données sont également fréquemment mentionnées.

Reste à savoir quel sera le sort du certificat numérique d’immunité que la Confédération développe actuellement. Selon Lukas Golder, l’application pourrait profiter du fait que de nombreux utilisateurs y verront un avantage personnel, et cela pourrait contribuer à dynamiser les applications de santé en général.

Dossier patient: les patients le veulent, les hôpitaux plus circonspects

L’an dernier, le baromètre de la cybersanté montrait une soudaine incertitude dans la population à l’égard du dossier électronique du patient (DEP), alors même que le système était dans les starting blocks. Aujourd'hui, on peut dire que ce doute n’était que passager, explique Lukas Golder. Une majorité de la population est à nouveau disposée à ouvrir un DEP. Selon l’enquête, 70% de la population considère désormais que le stockage des données de santé est une bonne chose.

Les professionnels de la santé perçoivent aussi majoritairement le DEP comme une bonne chose, mais sa réputation est moins bonne chez les responsables IT des hôpitaux. Ils ne sont plus que 52% à y voir une bonne chose, soit 17% de moins qu’il y a un an. Pour Lukas Golder, ce changement d'opinion est lié à l’introduction récente du DEP, et la satisfaction devrait augmenter sitôt les problèmes initiaux résolus. Récemment, la FMH avait aussi exprimé quelques critiques à l'égard du système.

Rappelons que depuis fin mai, il est possible d’ouvrir son DEP dans les cantons de la communauté de référence CARA (Fribourg, Genève, Jura, Vaud, Valais).

Pour son étude, GfS Bern a interrogé 1’573 professionnels et acteurs du secteur de la santé et 1’211 résidents suisses. Les enquêtes ont eu lieu de novembre 2020 à janvier 2021. Tous les résultats de l'étude sont disponibles en ligne sur

www.e-healthforum.ch

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