Swiss Software Industry Survey 2026

L’IA s’impose chez les développeurs en Suisse, mais l’orchestration multi-agents reste rare

par René Jaun et traduction/adaptation ICTjournal

La plupart des entreprises suisses du logiciel utilisent l’intelligence artificielle pour développer leurs solutions. Alors que beaucoup prévoient d’augmenter leurs investissements dans l’IA, le Swiss Software Industry Survey révèle d’importantes lacunes en matière de gouvernance.

(Source : Enquête sur l'industrie suisse du logiciel 2026)
(Source : Enquête sur l'industrie suisse du logiciel 2026)

Développement, conception, analyse ou maintenance: l’intelligence artificielle est de plus en plus présente dans les différentes activités de l’industrie suisse du logiciel. C’est ce qui ressort du nouveau Swiss Software Industry Survey (SSIS), réalisé par l’Université de Berne sur mandat de Swico. L’étude repose sur une enquête menée auprès d’entreprises suisses du secteur, avec jusqu’à 115 réponses recueillies selon les questions.

L’humain reste aux commandes

Plus de 88% des entreprises interrogées déclarent utiliser l’IA pour le développement logiciel. Elles y recourent avant tout pour la programmation proprement dite, ainsi que pour la conception et les tests. L’intégration et la planification sont les domaines où son utilisation est la moins répandue.

Domaines d’utilisation de l’IA dans les entreprises. (Source: Swiss Software Industry Survey 2026)
Domaines d’utilisation de l’IA dans les entreprises. (Source: Swiss Software Industry Survey 2026)
 

Dans la plupart des cas, les développeurs conservent toutefois la maîtrise du processus. Ainsi, 38% des entreprises interrogées indiquent que leurs collaborateurs développent des solutions conjointement avec l’IA, selon une approche de «pair programming».

Le «spec-driven development» vient ensuite, cité par 27% des répondants. Dans ce modèle, les collaborateurs définissent les exigences, puis vérifient le code généré par l’IA. Enfin, 23% des entreprises pratiquent l’«assisted coding», dans lequel les développeurs écrivent le code et l’IA leur suggère des améliorations.

En revanche, seules 11,8% des entreprises interrogées déclarent recourir à l’orchestration multi-agents, qui consiste à coordonner plusieurs agents IA pour développer des logiciels. Quant à l’approche «dark factory», fondée sur un développement logiciel entièrement piloté par l’IA, aucune entreprise ne l’utilise selon l’étude.

L’IA au-delà de la programmation

Les entreprises suisses du logiciel ne se contentent pas d’utiliser l’IA pour développer leurs solutions. Elles y recourent aussi dans le marketing et la vente (68,5%), les tâches de management (60,4%) et la gestion des contrats (48,7%), qui figurent parmi les principaux domaines d’application en dehors du développement logiciel.
 

Evolution des investissements dans l’IA. (Source: Swiss Software Industry Survey 2026)
Evolution des investissements dans l’IA. (Source: Swiss Software Industry Survey 2026)
 

Cette diversification des usages s’accompagne d’une hausse prévue des investissements dans l’IA. En 2025, les entreprises interrogées y ont consacré en moyenne 119'000 francs, selon les auteurs de l’étude. D’après leurs prévisions, ce montant atteindrait 199'000 francs en moyenne en 2026, puis plus de 234'000 francs en 2027.

Les services de plateformes d’IA, licences comprises, ont représenté 47,6% des dépenses en 2025. Cette prédominance des plateformes se retrouve dans les outils utilisés par les entreprises interrogées, principalement Claude, ChatGPT et Microsoft Copilot, trois solutions propriétaires. Le développement interne de solutions d’IA a concentré 23,7% des investissements, soit environ la moitié de la part consacrée aux plateformes. Les plus faibles proportions ont concerné le développement confié à des tiers (5,1%) ainsi que le matériel et les infrastructures spécifiques (4,4%).

Impact de l’IA sur la création de valeur des entreprises du logiciel. (Source: Swiss Software Industry Survey 2026)
Impact de l’IA sur la création de valeur des entreprises du logiciel. (Source: Swiss Software Industry Survey 2026)
 

Malgré l’importance croissante accordée à l’IA, son intégration reste encore limitée dans une partie des entreprises du secteur. Plus de 69% des répondants déclarent utiliser l’IA ponctuellement à certaines étapes de leurs activités ou de manière structurée dans plusieurs domaines. Dans 17,8% des entreprises, l’IA a entraîné une refonte profonde de certains processus existants. Un peu moins de 9% indiquent que l’IA se trouve au cœur de leur modèle d’affaires. Enfin, seuls 4% estiment qu’elle transforme leurs relations avec leurs partenaires, fournisseurs et clients.

L'IA entre productivité et baisse des coûts

Selon l’enquête, les entreprises suisses du logiciel attendent avant tout de leurs investissements dans l’IA une amélioration de l’efficacité, des gains de productivité et une accélération du développement. La réduction des coûts joue en revanche un rôle moins important.

Attentes des clients concernant les changements liés à l’IA. (Source: Swiss Software Industry Survey 2026)
Attentes des clients concernant les changements liés à l’IA. (Source: Swiss Software Industry Survey 2026)
 

Du côté des clients, les attentes sont différentes. Les entreprises interrogées constatent que leurs clients espèrent bénéficier, grâce à l’IA, d’un développement plus rapide et de solutions logicielles moins coûteuses. Ils s’attendent également à une évolution des produits et services proposés. Les résultats sont en revanche moins tranchés concernant l’expertise métier, la sécurité des données et les modèles de facturation.

Une gouvernance de l’IA encore perfectible

De nombreuses directions d’entreprise encouragent l’utilisation de l’IA en définissant des objectifs, des normes et des orientations stratégiques, résume Swico dans un communiqué. En revanche, les procédures formelles de pilotage des projets d’IA, la formation continue, le suivi des budgets et l’évaluation des résultats sont moins répandus. Des directives, des listes de contrôle et des dispositifs de signalement des risques existent dans de nombreuses entreprises. Toutefois, ces différents éléments ne constituent pas encore partout un système de gouvernance cohérent.

«Une gouvernance systématique de l’IA prend de l’importance pour l’industrie suisse du logiciel, afin qu’elle puisse organiser son utilisation de l’IA de manière responsable et ciblée sur le long terme», déclare Jens Dibbern, responsable du SSIS à l’Université de Berne.

La pression sur les marges reste élevée

Comme chaque année, le SSIS fournit également des indicateurs économiques sur l’industrie du logiciel. Les chiffres de 2026 témoignent d’une situation économique stable, mais de perspectives de croissance limitées.
La marge EBIT moyenne est passée de 6,4% en 2024 à 7,2% en 2025. Pour 2026, l’étude prévoit un léger recul du chiffre d’affaires de 0,26%, suivi d’une faible croissance de 0,21% en 2027.

Les effectifs devraient également diminuer légèrement. Le taux de rotation du personnel dans l’ensemble de la branche est passé de 15,1% à 13,4%.

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