IA, logiciels, infrastructures: Gartner anticipe un tournant technologique en 2027
Gartner dévoile ses traditionnelles tendances technologiques stratégiques. Pour 2027, alors que les systèmes d’IA gagnent en autonomie, le cabinet met surtout en avant les nouveaux défis liés à leur encadrement, à leur sécurité et aux infrastructures qui les soutiennent.
L’intelligence artificielle gagne en autonomie, tandis que les architectures chargées de l’encadrer peinent encore à suivre. Cette évolution se retrouve dans plusieurs des dix tendances technologiques stratégiques qui devraient marquer 2027, selon Gartner. Le cabinet met notamment en avant les modèles capables d’appréhender le monde physique, les nouveaux mécanismes d’identité pour les agents IA, mais aussi des approches liées à la souveraineté, au développement logiciel et au calcul biologique.
Des modèles du monde aux identités des agents
Les «world models» illustrent d’abord l’élargissement des capacités de l’IA. Ces modèles permettent aux machines d’appréhender l’espace, le temps et les relations de causalité afin de simuler des états futurs, de prédire des résultats et d’évaluer les conséquences de leurs actions avant leur exécution. Gartner associe notamment leur essor à la robotique, aux véhicules autonomes et au spatial computing.
Cette approche est déjà visible dans plusieurs projets. Runway exploite des techniques issues de ses «world models» dans Praxis-1, destiné au contrôle de robots. World Labs, acquis récemment par AMD, développe de son côté des modèles d’intelligence spatiale capables de générer et simuler des environnements 3D.
Mais à mesure que ces systèmes gagnent en capacités et en autonomie, leur encadrement devient lui aussi un enjeu. «Le principal point de friction aujourd’hui est que les systèmes d’IA fonctionnent dans un vide architectural», résume Gene Alvarez, Distinguished VP Analyst chez Gartner. Le cabinet pointe notamment les accès non maîtrisés des agents, la dépendance à certains fournisseurs et l’accélération du développement logiciel, qui dépasse les capacités de vérification humaine.
C’est précisément sur le premier de ces enjeux que porte l’«AI agent identity». Gartner préconise des identités dynamiques tenant compte de l’intention, de la fonction, du comportement et du contexte d’exécution des agents. Il prévoit que 25% des violations de sécurité en entreprise seront liées à des abus d’agents IA d’ici 2028. 1Password for Agents, entre autres, illustre déjà cette évolution en permettant à un agent de s’identifier sans accéder lui-même aux mots de passe.
Souveraineté, logiciels jetables et calcul biologique
La question de la dépendance technologique évoquée par Gartner se retrouve, elle, dans une autre tendance: la «SovereignTech». Selon la définition du cabinet, celle-ci regroupe des technologies conçues juridiquement et techniquement pour offrir aux organisations une possibilité réaliste de quitter un fournisseur critique. Gartner prévoit que plus de 75% des organisations situées hors des Etats-Unis adopteront une stratégie de souveraineté numérique d’ici 2030.
Cette prévision fait écho aux débats actuels autour de la souveraineté de l’IA. Une étude du BCG Henderson Institute estimait récemment qu’une autonomie complète sur l’ensemble de la pile IA restait hors de portée de la plupart des Etats et plaidait plutôt pour une combinaison de capacités locales et de partenariats internationaux.
Au-delà du choix des infrastructures et des fournisseurs, Gartner anticipe aussi une évolution de la manière dont les logiciels sont conçus et gérés. Les «disposable applications» sont développées pour un objectif précis puis volontairement retirées une fois celui-ci atteint. Gartner relie cette approche à l’accélération du développement assisté par IA, qui favorise une création beaucoup plus rapide des applications.
La transformation envisagée ne s’arrête pas au logiciel. Gartner pousse également la prospective jusqu’aux ressources de calcul elles-mêmes avec le «Wetware as a Service». Gartner désigne ainsi l’accès à distance, via le cloud, à des systèmes biologiques vivants ou synthétiques utilisés pour effectuer des calculs, dans un contexte où les architectures traditionnelles en silicium ne peuvent soutenir indéfiniment la croissance des charges de travail d’IA en raison de leurs besoins énergétiques et environnementaux.
Les cinq autres tendances identifiées par Gartner prolongent cette évolution vers des systèmes d’IA plus spécialisés et mieux encadrés, du raisonnement quantitatif à l’IA vocale, en passant par le contrôle des agents de développement et l’automatisation de la cybersécurité. Le cabinet prévoit surtout qu’en 2027, les organisations qui privilégient la sémantique dans leurs données préparées pour l’IA pourront améliorer jusqu’à 80% la précision de l’IA agentique et réduire leurs coûts jusqu’à 60%, grâce notamment aux AI Context Platforms.
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