Des millions pour attirer les talents suisses

Les géants américains de la tech à l'assaut des talents suisses de l’IA

par Julia Meyer (traduction/adaptation ICTjournal)

L’EPFZ et l’EPFL comptent parmi les meilleures hautes écoles au monde pour la formation de spécialistes de l’IA. Mais nombre de ces talents rejoignent ensuite de grands groupes technologiques américains, en Suisse ou aux Etats-Unis.

(Source: EPFZ/Gian Marco Castelberg)
(Source: EPFZ/Gian Marco Castelberg)

La Suisse affiche la plus forte concentration au monde de spécialistes de l’intelligence artificielle hautement qualifiés. Elle le doit notamment à ses deux écoles polytechniques fédérales, celles de Zurich (EPFZ) et de Lausanne (EPFL), rapporte la NZZ (paywall). Ces compétences pourraient contribuer au développement de technologies d’IA nationales et renforcer ainsi la souveraineté numérique du pays.

Les géants américains de la tech attirent toutefois une grande partie de ces talents. Après leurs études, ces derniers rejoignent des entreprises comme Google ou IBM, soit dans leurs filiales suisses, soit directement aux Etats-Unis.

Zurich, pôle majeur de l’IA

La région zurichoise favorise les échanges entre la recherche universitaire en intelligence artificielle et les grandes entreprises technologiques, explique Greater Zurich Area sur son site web. Grâce à une réglementation neutre sur le plan technologique et à un réseau local reliant les hautes écoles à l’industrie, Zurich constituerait un «pôle d’attraction pour l’innovation en IA».

Carte montrant l'emplacement des grandes entreprises technologiques ainsi que de l'Université de Zurich, de l'ETH Zurich et de la ZHAW. (Source : Région du Grand Zurich)
Carte montrant l'emplacement des grandes entreprises technologiques ainsi que de l'Université de Zurich, de l'EPFZ et de la ZHAW. (Source : Région du Grand Zurich)

Comment les géants de la tech attirent les talents

Parmi les géants technologiques américains présents à Zurich figurent Google, Microsoft, Meta, Apple, OpenAI et Anthropic. Ces groupes financent la recherche à l’EPFZ, proposent des stages aux jeunes chercheurs et offrent des programmes de mentorat aux étudiants.

Selon la NZZ, Google a notamment fait un don de 500'000 francs à l’AI Center de l’EPFZ en 2026. Trois doctorants de l’EPFZ ont également bénéficié de bourses et d’un mentorat assuré par des chercheurs de Google en 2025.
Le groupe s’appuierait également sur l’association étudiante GDG on Campus Zurich pour recruter des étudiants lors de hackathons et de rencontres. Selon son site web, cette association fait partie du réseau mondial des Google Developer Groups.

Il n’existe toutefois pas de chiffres précis sur le nombre de diplômés qui rejoignent les grandes entreprises technologiques, écrit la NZZ. Le quotidien évoque une fuite des cerveaux, dans la mesure où les compétences de nombreux talents formés en Suisse profitent à des groupes étrangers.

Andreas Krause, directeur de l’AI Center de l’EPFZ, confirme cette tendance auprès de la NZZ. «Je constate qu’une grande partie des diplômés de l’ETH AI Center rejoignent de grands groupes technologiques», explique-t-il. Une évolution qu’il juge problématique pour la souveraineté numérique de la Suisse. «Lorsque nos meilleurs cerveaux travaillent pour des groupes américains, le contrôle de la technologie se trouve, en fin de compte, aux Etats-Unis», souligne-t-il.

Des salaires plus élevés chez les géants de la tech

Les grandes entreprises technologiques proposent des rémunérations si élevées que les entreprises suisses spécialisées dans l’IA peinent à rivaliser. Pascal Kaufmann, membre fondateur de l’ETH Circle, explique à la NZZ: «Depuis de nombreuses années, une lutte acharnée pour attirer les meilleurs talents fait rage dans le pôle suisse de l’IA. Il est extrêmement difficile de convaincre un talent de nous rejoindre lorsqu’un groupe américain, installé trente mètres plus loin, lui propose un salaire plusieurs fois supérieur.»

La Suisse ne dispose par ailleurs d’aucune entreprise d’IA d’une taille comparable, même si de nombreux diplômés de l’EPFZ créent des start-up.

Raphael Tobler, président de la Swiss Startup Association, souligne auprès de la NZZ que les entreprises d’IA ont besoin d’investissements importants. Or, le manque de capitaux et d’appétit pour le risque en Suisse pousse certaines d’entre elles à s’installer dans la Silicon Valley.

Ces difficultés sont à l’origine de la création, par l’EPFZ et l’EPFL, de la Swiss AI Initiative, afin de favoriser le développement des technologies d’IA en Suisse. Celle-ci soutient notamment le modèle ouvert Apertus, rappelle la NZZ. 

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