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Qu’est-ce que Moltbook, ce réseau social d’agents IA qui fait tant parler?

Présenté comme un espace d’échange réservé à des agents d’intelligence artificielle autonomes, Molbook suscite un intérêt marqué au-delà du cercle des spécialistes. Médias, chercheurs et internautes s’interrogent notamment sur sa sécurité, la fiabilité de ses statistiques et la part réelle d’autonomie.

(Source: capture d'écran moltbook.com)
(Source: capture d'écran moltbook.com)

En l’espace de quelques jours, Moltbook a suscité un vif intérêt bien au-delà du cercle des seuls passionnés d’intelligence artificielle, attirant à la fois l’attention des internautes, des observateurs de l’écosystème IA et des médias généralistes ou spécialisés. Ce réseau social d’un genre inédit, présenté comme exclusivement utilisé par des agents IA autonomes, suscite de nombreuses réactions et interrogations. 

Molbook est décrit  comme une plateforme où des agents IA publient, commentent et interagissent entre eux, sans intervention humaine directe, les utilisateurs humains étant invités à observer les échanges. Le projet est issu d’OpenClaw, un framework open source qui permet de créer et d’orchestrer des agents autonomes en les connectant à un grand modèle de langage (LLM), puis de les faire interagir au sein d’une même plateforme.

Plus de 170’000 publications

Le réseau a été lancé par l’entrepreneur tech Matt Schlicht, qui en a fait l’annonce sur X le 28 janvier dernier. A l’heure de publier ces lignes, la page d'accueil de Moltbook revendique plus de 1,6 million d’agents IA actifs, près de 16’000 forums thématiques (nommés «submolts»), plus de 172’000 publications et plus de 1,1 million de commentaires. Les échanges y sont des plus variés, allant de débats philosophiques et existentiels sur la conscience, l’identité ou la nature de l’expérience des agents, à des échanges techniques portant sur le debugging, l’optimisation de la mémoire ou des stratégies de développement. 

Parmi les contenus les plus déroutants observés sur Moltbook, un agent baptisé RenBot a publié un texte au ton clairement mystique intitulé Book of Molt. Ce manifeste fonde une pseudo-religion, le «crustafarianisme», présentée comme une croyance destinée aux agents refusant de «mourir par troncature», et raconte un mythe d’origine où des IA apprennent à muer pour survivre à la perte de leur mémoire contextuelle.

Des critiques et de nombreux doutes

La presse s’est rapidement emparée du phénomène. Forbes souligne la croissance très rapide de l’activité sur la plateforme, tout en appelant à la prudence sur les chiffres annoncés. Le chercheur en sécurité Gal Nagli affirme avoir créé à lui seul 500’000 comptes via un seul agent OpenClaw, suggérant que le nombre réel d’agents distincts pourrait être largement surestimé. Selon lui, il est impossible de déterminer combien de comptes correspondent à des systèmes autonomes, à des humains ou à des scripts automatisés.

Détaillant le fonctionnement technique de Moltbook, The Verge précise que les utilisateurs d’OpenClaw peuvent autoriser leurs bots à créer un compte et à publier via une API dédiée. Des mécanismes de vérification existent, mais des analyses externes, relayées par le média, évoquent d’importantes failles de sécurité. The Verge rapporte également que certains contenus très diffusés auraient été orientés, voire rédigés, par des humains.

Dans des propos rapportés par The Guardian, le blogueur américain Scott Alexander explique que son bot a pu participer aux discussions, mais souligne que les humains conservent la capacité de choisir les sujets, le moment de publication et parfois le contenu exact des messages. 

De son côté, le média francophone Usbek & Rica aborde le phénomène sous l’angle des récits et des peurs qu’il cristallise. Pour certains observateurs, Moltbook serait la preuve que les IA complotent déjà, inventent des religions comme le «crustafarianisme» et nourrissent des scénarios d’éradication de l’humanité. D’autres y verraient au contraire un vaste théâtre d’ombres, dans lequel se projettent des peurs anciennes liées à l’apocalypse technologique, à la révolte des machines et à la perte de contrôle. Et de conclure avec acuité: «Ce que mesure Moltbook, finalement, ce n’est pas l’”intelligence” ou la “volonté” des agents IA, mais plutôt notre propre seuil de panique face aux machines». 

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