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Edgar Haldimann, Smart Lab Romande Energie: «La blockchain est un moyen non nécessaire aujourd'hui»

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En septembre dernier Edgar Haldimann et un collègue inaugurait, à l'EPFL Innovation Park, le nouveau Smart Lab de la Romande Energie avec pour ambition d'explorer «toutes les opportunités relatives à la valorisation des données énergétiques». Sept embauches et neuf mois plus tard, l'enthousiaste responsable de ce laboratoire d'innovation nous a ouvert ses portes pour un premier bilan.

Edgar Haldimann, responsable du Smart Lab Romande Energie (Source: Romande Energie)
Edgar Haldimann, responsable du Smart Lab Romande Energie (Source: Romande Energie)

Neuf mois après avoir lancé le Smart Lab, où en êtes-vous?

Nous n'étions que deux au départ et sommes désormais neuf. A part moi qui suis à temps plein, tout le monde est à temps partiel, entre 60 et 90%. Certains effectuent, en parallèle, des missions en freelance. Ils se nourrissent de ce qu'il se passe à l'extérieur, c'est important pour l'ouverture d'esprit.

Quelles sont leurs compétences?

Chaque projet est attaqué sous trois angles: la désirabilité client, la faisabilité technique et la viabilité business. Les profils de l'équipe répondent à cette approche. Un tiers vient du monde de l'UX/UI, un tiers sort d’écoles de commerce et un tiers a des compétences tech (un data architect, un ingénieur software et un spécialiste en communication et IoT). La moyenne d'âge est de 32 ans. Nous sommes nés agiles: le lendemain d'un "go" sur un projet, nous sommes chez les potentiels clients puis enchainons les "Design sprint" grâce auxquels nous produisons des prototypes minimalistes pour itérer au plus vite.

Pour quels résultats concrets?

Deux projets sont déjà en industrialisation. Microgrid est sorti du lab dès novembre dernier et a été lancé en début d'année. Il s'agit d'un réseau de quartier qui pilote localement la production (panneaux solaires) et la consommation énergétique des bâtiments alentour. Plusieurs dizaines de projets de construction en bénéficieront très bientôt, à l’image de Kindercity à Yverdon. Le second, le Smart Living, se situe au niveau de l'habitat. En partenariat avec des partenaires technologiques, nous proposons aux acteurs de l'immobilier d'intégrer à leurs logements une box capable de piloter de façon dynamique l'environnement des habitants. Sur la base de données diverses issues d’équipements connectés tels qu’un thermostat, des volets roulants, une station météo ou un capteur du taux de CO2, cette box pourra optimiser la consommation énergétique tout en maintenant la température souhaitée mais aussi fournir des services d'alerting sur le retour des enfants de l'école, une inactivité prolongée chez une personne âgée ou une détection de fuite d’eau par exemples.

Et qu'avez-vous dans les cartons?

Deux projets ont été mis en attente et six autres sont entre la création et la validation, dont deux devraient voir le jour dès cette année. Nous travaillons notamment avec Laboratoire des systèmes électriques distribués de Mario Paolone sur une gestion dynamique du réseau intégrant les énergies renouvelables à grande échelle, grâce à des solutions de stockage. Notre démonstrateur teste le principe sur six quartiers de Rolle (VD). Nous avons aussi imaginé des sites de production d’énergie renouvelable communautaires, sortes de parcs publics solaires. Le challenge est ici de suivre qui consomme quoi. Enfin, nous regardons toutes ces données utilisées pour le moment uniquement dans certains verticaux métiers mais qui pourraient être aussi utiles pour améliorer le confort des usagers. Une augmentation soudaine du taux de CO2 dans une salle de réunion par exemple montre qu'elle est occupée et qu'il serait bon de mettre en marche la ventilation. C’est en même temps un indicateur du taux d’utilisation des espaces.

Vos concurrents se sont emparés de la blockchain pour la gestion des micros-réseaux, pas vous?

Nous avons étudié le sujet. Pour la gestion des réseaux locaux la blockchain est un moyen comme un autre de gérer la consommation/production d'énergie. Mais quand on regarde au-delà de l'effet de mode, c'est un moyen non nécessaire aujourd'hui. Écrire «blockchain» dans un projet de gestion énergétique, c'est de la communication. A l'échelle des prototypes en cours, les méthodes traditionnelles suffisent. Quand il faudra automatiser de gros volumes de transactions, la blockchain deviendra peut-être pertinente. Certains fournisseurs de solution parlent d’un intérêt à partir de 100'000 usagers. Nous continuerons donc de suivre de près les projets tels que Hive ou LO3 Energy, pour l'heure assez peu industrialisés.

Et l'intelligence artificielle?

Elle est d’un grand intérêt pour la prévision de consommation et pour l’optimisation des systèmes énergétique. Elle est notamment intégrée dans le domaine du Smart Living dans l'optique d'une optimisation permanente. Pour le reste nous devons d'abord générer des sets de données pertinents. La généralisation des compteurs intelligents, dont au moins 80% des foyers devront être équipés d’ici à 2028, va nous y aider. Il faudra également que ces smart meters fassent remonter les informations de consommation tous les quart d’heures plutôt qu’une fois par jour comme c’est le cas actuellement.

Comment vous interfacez-vous avec Romande Energie? Et avec l'EPFL?

L'EPFL compte plus de 1000 laboratoires. Pour nous aider à trouver le bon interlocuteur face à une problématique, l'établissement a mis à notre disposition un key account manager qui nous oriente. Cela fonctionne très bien. Chez Romande Energie, comme dans toutes les entreprises, deux réactions existent face à la digitalisation: certains y voient de nouvelles opportunités et d'autres sont résistants au changement. Le système que nous avons mis en place pour convaincre ces derniers et assez efficace: cinq personnes issues des différents métiers de l'entreprise ont le rôle de «early evangelists». Ils apportent les compétences métier dans les projets du Smart Lab et passent 60 à 100% de leur temps avec nous, sur une période de 3 mois à un an, et font le lien avec l'équipe qui prendra en charge l'industrialisation de la solution née au Smart Lab. Nous travaillons aussi main dans la main avec le département IT qui s’est d’ailleurs étoffée de datascientists pour faire vivre les projet industrialisés. Enfin, nous faisons beaucoup de communication interne pour expliquer ce que nous faisons.

Même pour l'externe, n'êtes-vous pas surtout un outil de communication, alors que toutes les entreprises cherchent à paraître digitales?

«Surtout» est un peu fort. Mais nous sommes aussi un outil de communication et c'est très bien. Nous avons besoin de cette visibilité car nous ne ferons pas la smart énergie tout seuls mais dans une logique d’éco-systèmes. D’ailleurs 1 à 2 entreprises par semaine viennent nous voir, des start-up mais aussi d’autres de taille plus importante. Nous étudions pour chacune la complémentarité possible, la proposition de valeur cohérente que nous pourrions faire ensemble. Nous participons également à de nombreux «Meet-up» qui sont d’abord un moyen d’apprendre ou de collaborer mais qui représentent aussi un excellent vecteur de communication auprès de partenaires potentiels. Enfin, avoir une carte de visite comprenant à la fois «Romande Energie», «Smart Lab» et «EPFL» ouvre beaucoup de portes.

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