Étude mandatée par le SECO

Le secteur TIC, moteur de l’innovation suisse malgré des freins croissants

par René Jaun et NetzKI Bot et traduction/adaptation ICTjournal

Les entreprises suisses du secteur des TIC jouent un rôle central dans la dynamique d’innovation de l’économie. Mais selon une étude mandatée par le SECO et réalisée par la FHNW, l’EPFZ et l’Université de Saint-Gall, les tensions géopolitiques, la concurrence internationale et certaines incertitudes réglementaires pèsent de plus en plus sur leur capacité d’innovation.

(Source: Jirakit / stock.adobe.com)
(Source: Jirakit / stock.adobe.com)

Alors que la Suisse figure régulièrement en tête des classements internationaux en matière d’innovation, le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) s’inquiète d’une évolution récente. Depuis plusieurs années, les statistiques montrent un recul de la part d’entreprises actives dans la recherche et le développement (R&D) en Suisse, en particulier parmi les PME, selon la Haute école spécialisée du nord-ouest de la Suisse (FHNW).

Une première étude menée en 2022 a montré que les conditions de l’innovation varient sensiblement selon les secteurs. Dans ce contexte, la Confédération a mandaté trois instituts de recherche, la FHNW, l’EPFZ et l’Université de Saint-Gall, afin d’analyser les facteurs qui favorisent ou freinent l’innovation dans différents domaines économiques. Les chercheurs ont présenté leurs résultats pour le secteur suisse des technologies de l’information et de la communication (TIC). L’étude a été réalisée avec le soutien de l’association professionnelle Swico.

Les fabricants de hardware se distinguent en matière de R&D

Selon les auteurs, les entreprises TIC suisses affichent globalement un niveau d’innovation élevé. Leur analyse repose sur une enquête menée auprès de 249 entreprises du secteur. Les chercheurs précisent toutefois que ces résultats ne peuvent pas être entièrement généralisés à l’ensemble de la branche, les entreprises innovantes étant surreprésentées parmi les répondantes.

Selon l’étude, le degré d’innovation varie entre les segments du matériel informatique, des logiciels, des télécommunications et des autres services informatiques. Les innovations de produits sont nettement plus fréquentes que les innovations de processus, les améliorations incrémentales restant dominantes.

Les entreprises actives dans le matériel informatique se distinguent particulièrement dans le domaine de la recherche. Plus de 80% d’entre elles déclarent mener des activités de recherche et développement (R&D) en interne et près de la moitié confient également des projets de R&D à des prestataires externes. Les entreprises de logiciels affichent elles aussi un engagement important dans ce domaine. À l’inverse, les entreprises de télécommunications et les autres sociétés informatiques disposent plus rarement de capacités de R&D internes et recourent plus souvent à des prestataires externes.

L’utilisation des programmes publics de soutien à l’innovation reste «globalement modérée», précisent les auteurs. La principale source de financement est Innosuisse, l’agence suisse pour la promotion de l’innovation. Toutefois, selon les entreprises interrogées, ses procédures sont parfois perçues comme «trop bureaucratiques et insuffisamment alignées vers les innovations commerciales et l’entrée sur le marché». Les sociétés actives dans le matériel informatique bénéficient le plus souvent de ces aides, tandis que les entreprises de télécommunications y recourent très peu. D’après l’étude, cela pourrait indiquer une inadéquation partielle des instruments de soutien existants avec les besoins de certains segments.

Le secteur des TIC, moteur de l’innovation

Le secteur suisse des TIC ne se distingue pas seulement par sa propre capacité d’innovation. Il contribue également à stimuler l’innovation dans d’autres branches de l’économie, soulignent les auteurs en s’appuyant sur des études antérieures. Parmi les principaux moteurs figurent les technologies fondées sur les données, comme le big data, l’intelligence artificielle (IA), les modèles «as-a-service» (logiciels, plateformes ou infrastructures de calcul), ainsi que les jumeaux numériques. Ces technologies transforment en profondeur les processus d’innovation, les modèles d’affaires et les formes de coopération.

Selon l’étude, les innovations fondées sur les données améliorent la performance innovatrice grâce à des cycles d’apprentissage plus rapides, de meilleures capacités de prévision et une plus grande proximité avec les clients. Elles nécessitent toutefois des compétences complémentaires, telles qu’une bonne gouvernance des données, des spécialistes qualifiés et un accès à des infrastructures cloud. L’intelligence artificielle agit, selon les auteurs, comme un «amplificateur d’innovation», tout en soulevant de nouvelles questions liées à la régulation, aux compétences et à la dépendance vis-à-vis des grands fournisseurs technologiques mondiaux.

La réglementation, à la fois frein et moteur de l’innovation

L’étude montre également que la relation entre innovation et régulation apparaît particulièrement ambivalente. D’un côté, certaines réglementations peuvent stimuler des innovations incrémentales, notamment lorsqu’elles sont liées à la conformité. De l’autre, elles peuvent aussi accroître les coûts, l’incertitude et les barrières à l’entrée sur le marché, surtout pour les PME. Les entreprises de télécommunications sont celles qui signalent les effets négatifs les plus marqués.

L’importance des différentes réglementations varie selon les sous-secteurs des TIC. Pour les fabricants de matériel informatique, les règles liées aux produits et aux processus sont déterminantes. Pour les opérateurs de télécommunications, ce sont surtout les réglementations de marché qui jouent un rôle central. Quant aux entreprises de logiciels et aux autres sociétés du secteur, la protection des données apparaît comme le cadre réglementaire le plus déterminant pour l’innovation.

Quatre champs d'action pour l'avenir

Les auteurs de l'étude rassemblent une série d'enjeux liés à la réglementation dans la troisième partie de l'étude, qui consiste en des entretiens approfondis réalisés selon la méthode Delphi. Les participants y décrivent un cadre réglementaire fragmenté, lent et souvent trop complexe. Le fédéralisme et la charge administrative sont également considérés comme problématiques. Les répondants mentionnent toutefois comme point positif le fait que la réglementation peut créer une sécurité en matière de planification.

Outre la réglementation, les experts ont souligné comme défis la pression concurrentielle mondiale croissante et la dépendance accrue vis-à-vis des fournisseurs de technologies américains et asiatiques. En Suisse et en Europe, en particulier dans le secteur public, la demande axée sur l'innovation est insuffisante.

La numérisation et l'IA sont considérées comme indispensables pour gagner en productivité et développer de nouveaux modèles commerciaux. Les obstacles résident moins dans la technologie elle-même que dans les barrières organisationnelles et culturelles ainsi que dans l'incertitude réglementaire.

En fin de compte, les auteurs de l'étude et les experts interrogés identifient plusieurs domaines d’action pour renforcer la capacité d’innovation des entreprises du secteur des TIC. L’un d’eux concerne l’adaptation du cadre réglementaire. Ils recommandent notamment de rendre les lois plus favorables à l’innovation grâce à une meilleure harmonisation et à des procédures plus rapides. Les trois autres axes d’action concernent le renforcement des écosystèmes d’innovation et de coopération, la simplification du financement de l’innovation ainsi que le développement des compétences et de la promotion des talents.

L’étude complète, ainsi que d’autres travaux de la série «Nouveaux modèles d’innovation», sont disponibles sur le site de la FHNW.

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