Sphère privée

Des chercheurs lausannois inventent un système empêchant la publication non consentie de photos

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Comment empêcher que des personnes figurant sur une photo voient celle-ci publiée sans leur consentement? Des chercheurs de HEC Lausanne et de l’EPFL pensent avoir trouvé la solution avec ConsenShare, un système qui concilie publication en ligne et protection de la sphère privée.

Libre à chacun de poster sur les réseaux sociaux des photos de sa dernière soirée. Mais qu’en est-il des autres personnes qui y figurent? Leur a-t-on demander l’autorisation au préalable? Sait-on si cette publication peut leur porter préjudice? Sans parler du phénomène du revenge porn où des personnes publient intentionnellement des images pour nuire à leur ancien partenaire…

C’est à ce problème du consentement que se sont attaqués des chercheurs de HEC Lausanne avec leurs collègues de l’EPFL et ils pensent avoir trouvé une solution. Baptisée ConsenShare, cette dernière permet de donner un droit de regard et d’obtenir le consentement de personnes affectées par la publication d’un document, qu’il s’agisse d’une photographie ou, à terme, de données génomiques.

«Défloutage» à la demande

Comment fonctionne ConsenShare? Sans entrer dans les détails, la solution repose sur deux systèmes: un repository de photos à la Flickr et un système de gestion des identités, sur lequel chacun peut enregistrer les caractéristiques biométriques de son visage via quelques prises de vue.

Première étape, lorsqu’un utilisateur veut publier une photo, son app envoie vers le repository la photographie sur laquelle les visages ont été automatiquement camouflés, ainsi qu’un identifiant biométrique de chacun des visages.

Deuxième étape, le repository interroge le système de gestion des identités pour savoir si des identifiants biométriques correspondants sont déjà enregistrés dans sa base. Si tel n’est pas le cas, les visages restent floutés. En revanche, si l’identifiant d’un visage est reconnu, le système envoie une requête à l’utilisateur en question (par exemple via une app ou par e-mail). Ce dernier peut dès lors décider s’il accepte que son visage soit dévoilé ou s’il préfère rester incognito.

Dernière étape, le système de gestion des identités signale au repository les éventuels consentements obtenus, pour que les visages correspondants soient démasqués.

La solution protège la sphère privée des personnes concernées vis à vis d’autrui mais aussi vis à vis des deux systèmes, ces derniers n’ayant accès qu’à une information minimale tant que le consentement n’a pas été obtenu.

Un concept utile pour de nombreux domaines

Pour Kévin Huguenin, l’un des auteurs du papier de recherche, l’idée de ConsenShare arrive au bon moment, sachant que cet aspect particulier de la protection de la sphère privée intéresse de plus en plus de plateformes. Il en veut pour preuve le fait que certains réseaux populaires introduisent depuis peu dans leurs conditions d’utilisation le fait de ne pas publier de photos sans le consentement des personnes y figurant.

Selon le chercheur, la prochaine étape pour ces plateformes sera de développer des solutions techniques et ConsenShare peut leur donner des idées. Sans compter que les utilisateurs trouvent la solution ConsenShare utile et conviviale, selon les résultats d’une enquête effectuée dans le cadre de la recherche.

Outre les photos, le système ConsenShare pourrait ainsi être appliqué par un portail X légitime, soucieux d’éviter que des vidéos trafiquées avec des célébrités (deepfake porn) ne soient téléchargées sur son site. Ou dans le domaine de la génomique, pour empêcher le partage et l’exploitation de données concernant des personnes ayant des liens de parenté avec celui qui partage son ADN.

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