10 ans

Le rétroviseur et la boule de cristal des CIO romands

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ICTjournal a invité les DSI du Digital Circle à souffler sa dixième bougie. L’occasion de leur demander ce qui les a marqués dans la décennie écoulée et ce qu’ils imaginent pour celle à venir. Morceaux choisis.

(Source: Pexels.com)
(Source: Pexels.com)

Créé fin 2014 par ICTjournal, le Digital Circle regroupe une vingtaine de responsables informatiques romands de différents secteurs. Ils échangent sur leur problématiques communes lors de nos événements et rencontrent des start-up à travers nos Digital Meet-Up. Nous les avons sondés sur les bouleversements les plus marquants de la décennie passée et sur les changements auxquels ils s’attendent.

Mobilité et nuage

Selon eux «la démocratisation des smartphones» est l’événement majeur des 10 ans écoulés. En particulier la sortie de l’iPhone et de l’iPad dont André Simha, CIO de MSC, dit «ne plus se passer depuis leur naissance respective.» «Désormais, les sites sont plus souvent visités depuis un mobile, les gens achètent depuis leur mobile, etc...», souligne le CIO de Hublot Frédéric Pannatier.

La frontière entre la sphère privée et le monde du travail devient floue

Olivier Laforge, CIO de Boas Swiss Hotels

Pour Olivier Laforge, CIO de Boas Swiss Hotels, cette vague a aussi «bouleversé les habitudes de travail en rendant flou la frontière entre la sphère privée et le monde du travail.» CIO de Protectas, Yannick Hauser l’illustre par «l’évolution numérique» des agents de son entreprise, «qui sont passés d’un mode non connecté à un mode hyperconnecté où ils utilisent quotidiennement des applications embarquées sur smartphones.»

Le cloud est la deuxième réponse la plus fréquente. Selon Patrick Amaru, DSI de l’Etat de Vaud, «l’approche SaaS et le cloud révolutionnent la manière de délivrer les projets pour les organisations.» Même si, selon Frédéric Wohlwend, CIO de Waypoint Capital, «cette transition vers le cloud est plus modérée qu’initialement prévue.» Olivier Laforge préfère lui parler de «la virtualisation, qui a permis un bon en avant dans la gestion opérationnelle des systèmes d’information. Qu’elle soit au niveau serveur, poste de travail ou applicative, elle a permis de simplifier, sécuriser, et flexibiliser les environnements.»

Le CIO doit s’instruire, s’adapter et rentrer dans l’écosystème des start-up

Frederic Wohlwend, CIO de Waypoint Capital

De son côté, Juan Martins, CIO de Vaudoise Assurances, souligne «l’augmentation de la capacité de calcul qui permet l’éclosion de l’intelligence artificielle et des capacités d’analyse de gros volumes de données (big data).» L’importance prise par les réseaux sociaux et les promesses de la blockchain sont enfin citées par plusieurs des membres du Digital Circle, comme Eric Saracchi, CIO de Firmenich, qui retient aussi de cette décennie l’émergence des réalités virtuelles et augmentées et celle des voitures autonomes.

L’IT sens dessus dessous

«Métier», «business» et «changement» sont les trois mots qui reviennent le plus quand on interroge les membres du Digital Circle sur l’évolution de leur activité au cours de la décennie écoulée. Le responsable informatique de la Mediterranean Shipping Company a surtout été marqué par «la croissance des besoins en informatique, plus particulièrement au niveau du développement d’applications métier, et le rapprochement fort avec le business.» Olivier Laforge le rejoint: «Si le métier était clairement orienté technique par le passé, la transformation numérique a permis au CIO de devenir un partenaire crucial puisque l’informatique a transformé toutes (ou presque) les activités et processus de chaque division/département.» Patrick Amaru voit dans cette mutation un «changement de paradigme et la nécessité de pouvoir amener de la valeur de manière beaucoup plus rapide aux bénéficiaires des services informatiques.»

DSI de la Caisse de prévoyance de l’État de Genève, Jacques Laventure relève pour sa part «les pressions budgétaires» qui imposent de «faire plus avec moins.» Selon lui «l’agilité au quotidien» est une des clés pour répondre à ces nouvelles contraintes alors que son homologue à la Clinique de La Source, Etienne Marchand, invoque «la simplification de l’infrastructure avec la technologie de l’hyperconvergence.»

Le CIO de Chopard, Olivier Emery, insiste sur «l’importance de la cybersécurité de partout et l’impact sur les risques, la formation, les cycles de vie des systèmes.» Olivier Laforge, ajoute que ce «thème majeur rappelle la criticité et la valeur des données traitées au sein de l’entreprise, et définit le niveau de confiance que nous accorde nos clients et le grand public.»

Mais les évolutions technologiques ne sont pas les seules à avoir marqué les 10 dernières années de nos CIO. Georges Renaudet, responsable informatique de Retraites Populaires mentionne aussi «l’évolution des générations (Y et Z)» et celle de la société dans son ensemble qui fait qu’aujourd’hui «les entreprises ne sont plus forcément moteurs, elles doivent suivre.» Ce qui suscite cette réflexion de Frederic Wohlwend: «De plus en plus tiraillé entre la capacité de se positionner d’un côté comme leader de la tech et de l’autre côté comme garant du business continuity, le CIO doit s’instruire, s’adapter et rentrer dans l’écosystème des start-up pour puiser ses sources d’inspiration.» Le DSI de Waypoint Capital signale aussi l’impact sur son métier du durcissement «des réglementations en ce qui concerne les data et notamment les freins imposés par les régulateurs européens (RGPD).»

Le DSI sera un business man générant des revenus

Eric Saracchi, CIO de Firmenich

Le CIO du futur

Et tout cela nous mène où? Si le mot «business» reste omniprésent dans les réponses des DSI romands sur leur vision de la décennie à venir, celui de «métier» se fait doubler par les termes «innovation» et «intelligence artificielle». Qualifiant le CIO 2028 de «leader» et de «facilitateur», Georges Renaudet imagine que sa «bonne maîtrise des possibilités technologiques» lui permettra de «mettre en place celles qui ont du sens et apportent une valeur à l’entreprise.» Pour Frédéric Pannatier «cela peut aller de l’utilisation de la réalité virtuelle en chaîne de production jusqu’à l’impression 3D» et ira de pair avec la disparition de «l’ère de l’informatique rapportant à la finance» et l’apparition de «l’ère de l’informatique et la technologie représentées au Comex.»

Selon Etienne Marchand, face à la frénésie digitale, «l’une des principales compétences du CIO et d’avoir une très bonne vision d’ensemble et de compréhension des enjeux de l’IT afin d’anticiper les changements, les nouvelles technologies pour les intégrer aux métiers.» Un «rôle transverse» qui fait de lui un «vulgarisateur pour les parties prenantes», complète Jacques Laventure.

L’intelligence artificielle va transformer notre expérience de la technologie

Juan Martins, CIO de la Vaudoise

Durant la décennie à venir, le DSI devra aussi «réconcilier le legacy avec l’Agile» pour Olivier Emery qui assure que «si les payback sont bons, le budget de base ne sera plus un problème.» Dans ce mouvement vers la génération de valeur, Yannick Hauser considère que «le responsable IT passera la majorité de son temps à collaborer avec le business sur le change, [tandis] que le run sera pris en charge par des partenaires externes.»

Un autre pan de cette transformation vient de la progression de l’intelligence artificielle selon Juan Martins: «Celle-ci va probablement être omniprésente tout en étant de moins en moins perceptible car intuitive et simple à utiliser. En tant que CIO, nous devrons donc de plus en plus réfléchir aux impacts de la technologie sur l’expérience utilisateur et sur l’évolution des business models (écosystèmes, proposition de valeur) et de moins en moins uniquement en termes techniques.» Tirant le trait à l’extrême, Eric Saracchi qualifie le DSI de demain de «business man» et insiste sur les soft skills dont il devra être doté: «résolution de problème complexe, flexibilité cognitive, intelligence émotionnelle, conduite du changement.» Il devra aussi «négocier les aspects légaux», renchérit Olivier Emery soulignant la complexité des carcans limitant l’usage de l’intelligence artificielle et du big data. Avec toutes ces qualités requises, peut-être bien qu’en 2028, un CIO sur deux sera une femme. Cela constituerait sûrement la plus belle évolution pour un métier qui, en 2018, n’est représenté que dans 13% des cas par un membre de la gent féminine selon Gartner.

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