Audit

Le CDF alerte sur des retards dans le projet télécommunication de l’armée suisse

Le Contrôle fédéral des finances alerte sur des retards persistants dans le projet «Télécommunication de l’armée» (TC A), un programme clé destiné à moderniser l’infrastructure numérique des forces armées d’ici 2035.

(Source: DDPS)
(Source: DDPS)

Le Contrôle fédéral des finances (CDF) a publié un audit consacré au projet «Télécommunication de l’armée» (TC A), destiné à moderniser l’infrastructure de communication des forces suisses d’ici 2035. Le rapport fait état de retards persistants, d’incertitudes contractuelles et de risques financiers concernant deux sous-projets centraux. Doté d’un volume total estimé à 1,92 milliard de francs, le programme figure parmi les principaux chantiers de la transformation numérique de l’armée.

Au 30 juin 2025, 543,8 millions de francs avaient déjà été engagés. Mais derrière cet avancement budgétaire, plusieurs points critiques demeurent.

Communication mobile: un projet en statut rouge

La situation la plus préoccupante concerne le remplacement de la communication mobile. Ce sous-projet vise à équiper environ 1’800 véhicules militaires de nouveaux systèmes radio tactiques. Le contrat, attribué en 2019 à Elbit Systems pour 377 millions de francs (TVA incluse), accumule les difficultés.

Selon le CDF, des problèmes persistants de qualité produit et de logistique empêchent toujours la validation du système en série. Le Département fédéral de la défense classe le projet en statut rouge depuis juin 2024. Concrètement, la base technique nécessaire au déploiement opérationnel n’est pas garantie.

Des tests de réception programmés entre octobre 2025 et février 2026 doivent déterminer si les exigences sont enfin remplies. Tant que cette étape n’est pas franchie, le calendrier reste incertain et les conséquences financières difficiles à estimer. Le fournisseur a en outre fait valoir des prétentions supplémentaires liées au renchérissement, dont le montant pourrait atteindre plusieurs dizaines de millions de francs.

Le CDF souligne que les instruments de pilotage contractuel ont été renforcés, mais estime que des incertitudes fondamentales subsistent quant à la performance, aux délais et aux coûts. Si les tests de réception n’apportent pas la clarification attendue, des mesures plus lourdes pourraient devenir nécessaires.

RITM: des négociations longues et un virage agile

Le second point d’attention concerne le remplacement du réseau intégré de télécommunications militaires (RITM), via le projet Ersa IMFS. Le marché avait été attribué en 2021 à RUAG MRO Holding AG pour 81,1 millions de francs. Pourtant, aucun contrat prêt à être signé n’était disponible fin 2024.

Des divergences sur le périmètre fonctionnel, les coûts de licence et la structure du partenariat ont retardé la finalisation de l’accord. Ces retards ont déjà généré environ 2,6 millions de francs de coûts supplémentaires par rapport à la somme d’adjudication initiale.

Un compromis a finalement été trouvé au printemps 2025. RUAG renonce aux frais de licence et à sa marge sur le paquet de base, tandis que l’armée simplifie la solution et réduit certains composants afin de respecter le cadre financier. Le contrat-cadre a été signé en décembre 2025.

Le projet TC A adopte désormais une approche agile, avec des livraisons progressives intégrées dans la Nouvelle plateforme de digitalisation. Ce changement méthodologique vise à réduire le risque d’inadéquation fonctionnelle et à accélérer la mise à disposition de capacités partielles. Le CDF avertit toutefois que cette transition doit encore être pleinement intégrée dans les structures contractuelles, au risque de provoquer de nouveaux retards.

Un enjeu stratégique pour la numérisation militaire

Au-delà des difficultés contractuelles, l’audit souligne un enjeu plus large. TC A constitue la colonne vertébrale du futur réseau intégré reliant les capteurs, les systèmes de renseignement, la conduite des opérations et les moyens d’action de l’armée suisse. La réussite du programme conditionne la capacité des forces armées à opérer dans un environnement interconnecté et numérisé.

Le CDF estime que la dimension stratégique du partenariat industriel, en particulier avec RUAG MRO, doit encore être consolidée. Les exigences relatives à l’accès au savoir-faire, à la résilience opérationnelle et à la continuité des prestations ne sont pas suffisamment formalisées.

Si la situation semble désormais stabilisée sur le plan contractuel avec RUAG MRO, l’issue des tests chez Elbit reste déterminante. À ce stade, le programme ne déraille pas. Mais il demeure exposé à des risques techniques et financiers qui pourraient peser sur le calendrier global jusqu’en 2035.

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