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Sécuriser les usages de l’IA en ­entreprise, un vrai défi

par Michaël Molho, e-Xpert Solutions SA

Entre le Shadow AI qui prolifère en l’absence de cadre et des risques qui changent de nature au fil de l’adoption, sécuriser les usages de l’IA relève de l’exercice d’équilibriste. Pas de réponse universelle, mais des principes qui permettent déjà de concilier innovation, gouvernance et sécurité.

Michaël Molho, Security architect, e-Xpert Solutions SA. (Source: DR)
Michaël Molho, Security architect, e-Xpert Solutions SA. (Source: DR)

Outre-Atlantique, les récits d’entreprises déployant des milliers d’agents IA autonomes font les gros titres. En Suisse romande, l’adoption que nous observons est plus prudente: toutes les organisations savent qu’une stratégie IA est incontournable, beaucoup y travaillent, mais plus rares sont celles qui l’ont finalisée. Or cette période de flottement est précisément la plus dangereuse.

Le vrai risque, ce n’est pas l’IA: c’est le vide

Sans outil officiel ni charte d’usage, les collaborateurs ne renoncent pas à l’IA: ils utilisent leurs outils personnels. C’est le Shadow AI, et il ne s’agit presque jamais de malveillance, mais de bonne volonté sans cadre. Entre rédiger un compte rendu en deux minutes avec un chatbot grand public, au prix d’un contournement des règles, ou y passer une heure et demie, beaucoup feront le «mauvais choix», avec les meilleures intentions du monde. Fuites d’informations, infractions réglementaires, perte de visibilité sur les données qui sortent: ne rien proposer est aujourd’hui l’option la plus risquée.

Des risques qui évoluent avec la maturité

L’adoption de l’IA suit souvent la même trajectoire, et chaque étape déplace le risque. Au stade initial: Shadow AI, expérimentations isolées: l’urgence est de reprendre la visibilité et de poser une gouvernance. Vient ensuite l’assistant généraliste officiel de l’entreprise, où le risque devient celui de l’usage: hallucinations, erreurs, excès de confiance. Puis la connexion aux données internes, où le risque bascule sur la donnée elle-même: permissions mal maîtrisées, documents surexposés, fuite. Enfin, avec les agents, supervisés, puis autonomes, le risque devient opérationnel: la question n’est plus «ce que l’IA pourrait dire», mais «ce que l’agent pourrait faire» dans le système d’information. Injection de prompt, détournement d’outils, actions autonomes malveillantes: des menaces qui appellent des réponses dédiées. Passerelles LLM comme point d’observabilité et de contrôle des flux, guardrails en temps réel, gestion des identités propres aux agents, red teaming continu.

L’équilibre, concrètement

Comment ouvrir l’IA aux collaborateurs sans perdre le contrôle? Les approches les plus efficaces reposent ­généralement sur trois briques.

  • Première brique: un assistant officiel, encadré par une charte simple. Les usages génériques sont ouverts: reformuler, traduire, synthétiser, structurer. Les restrictions portent sur les données. Cela suppose une politique de classification claire et précise. Si elle manque, le projet IA est souvent l’occasion, et le prérequis, pour la mettre en place. Reste le choix du fournisseur. Performances et prix convergent: on choisit moins une technologie qu’un partenaire de confiance pour la durée. Coûts, qualité de service, traitement des données. 
  • Deuxième brique: un contrôle technique adapté à l’IA. Les proxys et DLP traditionnels ne voient que des noms de domaine et des URLs: tel collaborateur a visité tel site. De nouveaux outils vont plus loin. Déployés sur les postes et les navigateurs, ils analysent les échanges eux-mêmes: quel fournisseur d’IA, quel modèle, quelle politique de rétention et d’entraînement. Ils masquent les informations sensibles en temps réel, avertissent l’utilisateur et journalisent pour l’audit. Cette visibilité fine permet d’ouvrir largement les usages sans naviguer à l’aveugle et de mieux maîtriser les coûts.
  • Troisième brique: la formation, car savoir parler ne suffit pas pour bien utiliser l’IA. Les sessions de sensibilisation sur ce qu’est l’IA, comment s’en servir et quels pièges éviter comptent parmi les mesures les plus appréciées des collaborateurs. Elles sont aussi parmi les plus efficaces pour l’entreprise: les outils mis à disposition sont mieux exploités, et les erreurs d’usage diminuent.

Faut-il ouvrir l’IA aux collaborateurs? La question ne se pose plus: elle est déjà entrée dans l’entreprise, avec ou sans autorisation. La vraie décision, c’est le cadre qu’on lui donne. Dans un écosystème qui bouge chaque semaine, trancher a de quoi intimider. Mais entre une gouvernance perfectible et un Shadow AI qui s’installe durablement, lequel est le plus risqué?


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