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Sécuriser les usages de l’IA en entreprise, un vrai défi

par Michaël Molho, Security architect, e-Xpert Solutions

Entre le Shadow AI qui prolifère en l’absence de cadre et des risques qui changent de nature au fil de l’adoption, sécuriser les usages de l’IA relève de l’exercice d’équilibriste. Pas de réponse universelle, mais des principes qui permettent déjà de concilier innovation, gouvernance et sécurité.

Source: Paisan - stock.adobe.com
Source: Paisan - stock.adobe.com

Outre-Atlantique, les récits d’entreprises déployant des  milliers d’agents IA autonomes font les gros titres. En Suisse romande, l’adoption que nous observons est plus prudente: toutes les organisations savent qu’une stratégie IA est incontournable, beaucoup y travaillent, mais  plus rares sont celles qui l’ont finalisée. Or cette période  de flottement est précisément la plus dangereuse. 

Le vrai risque, ce n’est pas l’IA: c’est le vide
 

Sans outil officiel ni charte d’usage, les collaborateurs ne  renoncent pas à l’IA: ils utilisent leurs outils personnels.  C’est le Shadow AI, et il ne s’agit presque jamais de malveillance, mais de bonne volonté sans cadre. Entre rédiger un compte rendu en deux minutes avec un chatbot  grand public, au prix d’un contournement des règles, ou  y passer une heure et demie, beaucoup feront le «mauvais choix», avec les meilleures intentions du monde.  Fuites d’informations, infractions réglementaires, perte  de visibilité sur les données qui sortent: ne rien proposer est aujourd’hui l’option la plus risquée. 

Des risques qui évoluent avec la maturité 
 

L’adoption de l’IA suit souvent la même trajectoire, et  chaque étape déplace le risque. Au stade initial: Shadow  AI, expérimentations isolées: l’urgence est de reprendre  la visibilité et de poser une gouvernance. Vient ensuite  l’assistant généraliste officiel de l’entreprise, où le risque  devient celui de l’usage: hallucinations, erreurs, excès de  confiance. Puis la connexion aux données internes, où le  risque bascule sur la donnée elle-même: permissions  mal maîtrisées, documents surexposés, fuite. Enfin, avec  les agents, supervisés, puis autonomes, le risque devient  opérationnel: la question n’est plus «ce que l’IA pourrait  dire», mais «ce que l’agent pourrait faire» dans le système d’information. Injection de prompt, détournement d’outils, actions autonomes malveillantes: des menaces  qui appellent des réponses dédiées. Passerelles LLM  comme point d’observabilité et de contrôle des flux, guardrails en temps réel, gestion des identités propres  aux agents, red teaming continu.

L’équilibre, concrètement
 

Comment ouvrir l’IA aux collaborateurs sans perdre le  contrôle? Les approches les plus efficaces reposent  généralement sur trois briques.
 
Première brique: un assistant officiel, encadré par  une charte simple. Les usages génériques sont ouverts:  reformuler, traduire, synthétiser, structurer. Les restric tions portent sur les données. Cela suppose une politique  de classification claire et précise. Si elle manque, le pro jet IA est souvent l’occasion, et le prérequis, pour la  mettre en place. Reste le choix du fournisseur. Perfor mances et prix convergent: on choisit moins une techno logie qu’un partenaire de confiance pour la durée. Coûts,  qualité de service, traitement des données.
  
Deuxième brique: un contrôle technique adapté à  l’IA. Les proxys et DLP traditionnels ne voient que des  noms de domaine et des URLs: tel collaborateur a visité  tel site. De nouveaux outils vont plus loin. Déployés sur  les postes et les navigateurs, ils analysent les échanges  eux-mêmes: quel fournisseur d’IA, quel modèle, quelle  politique de rétention et d’entraînement. Ils masquent les  informations sensibles en temps réel, avertissent l’utilisateur et journalisent pour l’audit. Cette visibilité fine  permet d’ouvrir largement les usages sans naviguer à  l’aveugle et de mieux maîtriser les coûts.
 
Troisième brique: la formation, car savoir parler ne  suffit pas pour bien utiliser l’IA. Les sessions de sensibilisation sur ce qu’est l’IA, comment s’en servir et quels  pièges éviter comptent parmi les mesures les plus appréciées des collaborateurs. Elles sont aussi parmi les plus  efficaces pour l’entreprise: les outils mis à disposition  sont mieux exploités, et les erreurs d’usage diminuent. 

Faut-il ouvrir l’IA aux collaborateurs? La question ne  se pose plus: elle est déjà entrée dans l’entreprise, avec  ou sans autorisation. La vraie décision, c’est le cadre  qu’on lui donne. Dans un écosystème qui bouge chaque  semaine, trancher a de quoi intimider. Mais entre une  gouvernance perfectible et un Shadow AI qui s’installe  durablement, lequel est le plus risqué? 


Auteur:

Autor
 Michaël Molho, Security architecht, e-Xpert Solutions

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