Le Bechtle IT Forum célèbre ses dix ans autour de l’IA, de la cyberrésilience et de la souveraineté
Pour sa 10ème édition, le Bechtle IT Forum a réuni à Lausanne plus de 500 clients autour des principaux défis des directions informatiques. Gouvernance des données, cybersécurité, souveraineté numérique, infrastructures cloud et intelligence artificielle ont rythmé les échanges, avec un constat partagé: la réussite des projets IA dépend autant de la qualité des données et de la sécurité que des technologies elles-mêmes.
Jeudi dernier, la 10ème édition du Bechtle IT Forum a réuni à Lausanne plus de 500 inscrits autour des enjeux qui occupent aujourd'hui les directions informatiques: gouvernance des données, cybersécurité, souveraineté numérique et intelligence artificielle. Organisé avec le soutien de 48 partenaires technologiques, l'événement a proposé 20 sessions consacrées à ces thématiques co-animées par les équipes de Bechtle et leurs partenaires. «Dix ans, c'est une vraie étape dans notre ancrage local», a souligné Leo Prado, Managing Director de Bechtle Suisse.
Data & IA: la gouvernance avant tout
Au cœur de plusieurs interventions, l'intelligence artificielle a été abordée sous un angle pragmatique. Le principal obstacle à son adoption ne résiderait pas dans les modèles eux-mêmes, mais dans la qualité et la gouvernance des données. Elisabeth Vinek, Business Unit Manager Data & AI chez Bechtle Suisse, a souligné les difficultés rencontrées par de nombreuses entreprises pour passer du pilote à la mise en production.
Selon elle, trois conditions sont essentielles au succès d'un projet: une problématique clairement identifiée, des données fiables et une intégration dans les processus existants. Elle a illustré son propos avec un projet d'automatisation de commandes ERP reposant sur une architecture agentique à trois agents. Les exigences liées au RGPD et à l'AI Act imposent aussi d'intégrer la gouvernance dès les premières phases.
Fortinet: sécuriser l'IA dans le data center
La cybersécurité a constitué l'un des principaux fils rouges de cette édition. Karim Trivier, Team Leader Security chez Bechtle Suisse, a cité les enseignements du projet Glasswing d'Anthropic. Aux côtés de Sébastien Beal, Manager System Engineering chez Fortinet, il est revenu sur l'évolution des menaces liées à l'IA et à l'accélération de l'exploitation des vulnérabilités.Le responsable a évoqué le modèle Mythos, utilisé pour identifier des vulnérabilités dans du code existant. Selon les chiffres présentés, le délai d'exploitation des failles critiques est passé de 18 heures à 8 heures en quelques jours, et pourrait tomber à une heure d'ici 2027. «Ce n'est pas la nature des menaces qui change, c'est leur niveau de risque», a-t-il relevé.
Les intervenants ont ensuite distingué trois risques liés à l'IA: son utilisation par les collaborateurs, son exploitation par les attaquants et la sécurisation des applications IA déployées en interne. Prompt injections, jailbreaks et fuites de données figurent désormais parmi les préoccupations des équipes de sécurité. Fortinet a dévoilé FortiAIGate, une gateway destinée à analyser les échanges en langage naturel et à contrôler les flux entre agents et modèles.
Dell Technologies: la résilience au-delà de la sauvegarde
Dell Technologies a abordé les enjeux du «cyber disaster recovery», soit la reprise des activités après une cyberattaque. Selon les chiffres présentés lors de la session, 94% des cyberattaques visent les sauvegardes et 57% parviennent à les compromettre. Une attaque entraîne en moyenne 24 jours d'interruption d'activité.
Face à ce risque, l'entreprise a insisté sur la nécessité de disposer de sauvegardes immuables, isolées et vérifiées. L'architecture présentée repose sur trois composants: un vault isolé destiné à protéger les copies de sauvegarde, une clean room permettant de tester les restaurations dans un environnement sain et une restart room conçue pour remettre en service les applications critiques nécessaires à la continuité des activités.
VMware by Broadcom et HPE: la virtualisation en pleine transition
Au-delà de la sécurité, plusieurs sessions ont été consacrées à l'évolution des infrastructures. Ralf von Gunten, Lead Systems Engineer de VMware by Broadcom et Cédric Megroz, responsable de l'équipe du centre de données chez Bechtle ont mis en avant VCF 9.1, dont le code a été analysé à l'aide du modèle Mythos. L'éditeur a indiqué que la version intégrait près d'un millier de correctifs et d'améliorations avant sa mise en production.
La plateforme combine virtualisation du calcul, du stockage et du réseau dans une approche de cloud privé unifié intégrant automatisation, gestion du cycle de vie, Kubernetes et charges de travail liées à l'IA. Le live patching permet par ailleurs de mettre à jour jusqu'à 100 hôtes en moins d'une heure, contre 3h30 auparavant. La fin du support de vSphere 8 reste fixée à octobre 2027.
HPE a de son côté présenté Morpheus et VM Essentials comme une réponse aux entreprises qui réévaluent leur dépendance à VMware. Basé sur KVM et licencié au socket, VM Essentials se positionne comme une alternative pour les besoins de virtualisation, sans imposer de migration immédiate. Thomas Houver, Business Development Manager Datacenter chez Bechtle Suisse et Cyril Vernet, Senior Solutions Architect Data chez Hewlett Packard Enterprise, ont précisé à la rédaction que les environnements VMware pouvaient cohabiter avec la plateforme durant une phase de transition, voire être conservés pour certains workloads.
Morpheus Enterprise ajoute une couche de gestion de cloud privé et hybride, avec des fonctions d'automatisation, d'orchestration, de containerisation et de gestion de charges IA via un catalogue de services. Selon les deux spécialistes, l'approche répond également aux enjeux de souveraineté, les données restant hébergées dans les infrastructures des clients.
Souveraineté et infrastructures intelligentes
Microsoft a mis en avant Azure Local, anciennement Azure Stack HCI, pour répondre aux besoins de puissance de calcul sur site. La plateforme permet d'exécuter machines virtuelles, conteneurs et LLM open source tels que Mistral ou DeepSeek localement, tout en conservant une gestion centralisée via Azure et Azure Arc.
L'éditeur a également rappelé plusieurs initiatives destinées à répondre aux exigences de localisation et de protection des données, parmi lesquelles Cloud for Sovereignty, le confidential computing et l'EU Data Boundary. Azure Migrate a par ailleurs été présenté comme un outil facilitant la transition depuis les environnements VMware.
Du côté du réseau, HPE Networking est revenu sur l'intégration de Juniper, dont les routeurs acheminent selon les chiffres présentés près de 80% du trafic Internet mondial. Le groupe a détaillé sa stratégie autour du «Networking for AI» et de l'«AI for Networking». La plateforme Mist et son assistant IA Marvis permettent notamment d'analyser des incidents en langage naturel, tandis que les outils d'orchestration issus de Juniper misent sur une approche intent-based networking pour automatiser la configuration et l'exploitation des infrastructures.
Le LHC, quand le sport devient data-driven
Après une journée largement consacrée aux infrastructures, à la cybersécurité et à l'intelligence artificielle, la keynote de clôture a illustré l'application concrète de ces technologies dans un tout autre domaine: le sport professionnel. Le Lausanne Hockey Club (LHC), sponsorisé par Bechtle, était l'invité de cette session de clôture. John Fust, directeur sportif du Lausanne Hockey Club et Quirin Söhnlein, Head of Performance, ont détaillé l'utilisation de la donnée dans le recrutement, le suivi des performances et la prévention des blessures. Le club s'appuie notamment sur dix années de données de National League ainsi que sur 36 capteurs UWB installés dans son arène.
Le LHC utilise aussi ces données pour identifier des indicateurs de performance corrélés aux équipes championnes, suivre l'état physique des joueurs et alimenter des modèles développés avec l'EPFL afin d'analyser certaines situations de jeu. Un système développé avec l'école polytechnique permet notamment d'identifier des schémas et d'anticiper des occasions de but. «Garbage in, garbage out», a résumé Quirin Söhnlein. «La qualité des données conditionne tout.»
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