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Souveraineté numérique: oser regarder vers le Japon

par Dirk Arendt, Director Public Sector & Government DACH, TrendAI

La souveraineté numérique exige des partenariats fiables. Il vaut aussi la peine de se tourner vers des partenaires plus éloignés, dès lors qu’ils partagent les mêmes valeurs. Le Japon offre des standards élevés en matière de protection des données, une indépendance technologique et des liens étroits avec la Suisse depuis de nombreuses années.

Source: tawatchai1990 - stock.adobe.com
Source: tawatchai1990 - stock.adobe.com

Depuis que les relations transatlantiques sont assombries par l'incertitude, le débat sur la souveraineté numérique a gagné en intensité. De nombreuses entreprises cherchent des moyens de devenir technologiquement moins dépendantes des grands fournisseurs américains. Assimiler souveraineté et autarcie serait toutefois une erreur: dans un monde interconnecté, le repli sur soi n’est ni réalisable ni souhaitable. Il s’agit plutôt de pouvoir décider de manière autonome, avec des partenaires solides qui partagent nos valeurs et soutiennent cette souveraineté.

Mais où trouver ces partenaires capables de garantir la protection des données, la conformité et l'indépendance? Jusqu'à présent, les recherches se sont principalement concentrées sur les fournisseurs européens. Les acteurs japonais restent en revanche souvent sous-estimés, alors que le Japon est un pays démocratique, politiquement stable et lié à la Suisse depuis des décennies.

Japon et Suisse, un partenariat sous-estimé

Dès 1864, la Suisse et le Japon ont conclu un traité d’amitié et de commerce. Aujourd’hui, le Japon compte parmi les principaux partenaires commerciaux de la Suisse en Asie et figure parmi les pays prioritaires de sa politique extérieure. En 2009, le Japon a conclu son premier accord de libre-échange avec un pays européen: la Suisse. Un signe des liens étroits et de la confiance mutuelle entre les deux pays. Depuis 2007, un accord de coopération encadre en outre une collaboration systémique dans des domaines stratégiques tels que les technologies quantiques, les semi-conducteurs et l’IA. Sur le plan politique, les deux parties partagent des valeurs fondamentales: démocratie, Etat de droit, droits humains et coopération multilatérale. Contrairement aux Etats-Unis, qui misent parfois sur le protectionnisme et les droits de douane, le Japon défend une politique commerciale ouverte.

Une protection des données de niveau comparable

Pour les entreprises suisses, la protection des données est une priorité absolue. La loi fédérale sur la protection des données révisée, en vigueur depuis septembre 2023, fixe des exigences comparables à celles du RGPD européen. Son équivalent japonais, l’APPI, existe depuis 2003 et a été adapté à plusieurs reprises aux standards internationaux. Les trois cadres réglementaires garantissent un niveau de protection des données équivalent, comme l’a constaté la Commission européenne dans sa décision d’adéquation. Point important dans la pratique: le Japon ne connaît pas d’équivalent au Cloud Act américain, qui autorise les autorités américaines à accéder aux données stockées par des entreprises américaines, indépendamment de leur lieu d’hébergement. Ce risque est donc inexistant avec les fournisseurs japonais.

La cybersécurité comme priorité commune

La souveraineté numérique est indissociable d’une cybersécurité robuste. Le Japon a fortement investi dans ce domaine; de nombreuses entreprises y appliquent une approche résolue de «Security & Compliance by Design»: la sécurité est intégrée dès le départ à l’architecture des produits, et non ajoutée a posteriori. Le NISC japonais a en outre cosigné les lignes directrices Secure by Design publiées en 2023 par l’agence américaine CISA avec des partenaires internationaux, dont l’Allemagne, l’Australie, le Canada et le Royaume-Uni.

Une base solide pour des coopérations à long terme

Pour les entreprises suisses qui souhaitent diversifier leurs partenariats technologiques sans renoncer à une qualité éprouvée, le Japon constitue un complément stratégique pertinent. Les traditions commerciales et les valeurs communes, des standards de protection des données comparables et une coopération étroite créent une base solide. Précisément parce que la Suisse n’est pas membre de l’UE et pose ses propres questions de souveraineté, il vaut la peine de regarder vers des partenaires qui ne s’inscrivent pas dans des blocs géopolitiques et misent, comme elle, sur la stabilité, l’ouverture et la qualité.
 


Auteur
Dirk Arendt,
Director Public Sector & Government DACH,
TrendAI (une division de Trend Micro)


 

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jZyEtg8F