Sustainable IT Day à Lausanne: l’IA bouscule les certitudes du numérique responsable
À Lausanne, la 3ème édition du Sustainable IT Day a mis en lumière un tournant du numérique responsable. L’intelligence artificielle s’impose comme un enjeu central, obligeant les organisations à repenser leurs pratiques, leur gouvernance et leur approche de la durabilité. Les échanges ont souligné la nécessité d’un pilotage plus structuré face aux enjeux d’automatisation, aux risques organisationnels et à la transformation des métiers
Organisée le 4 mai 2026 au Casino de Montbenon à Lausanne, la 3ème édition du Sustainable IT Day, portée par l’ISIT-CH et IT4Future, a réuni 325 professionnels, spécialistes IT, responsables RSE, fournisseurs cloud, institutions publiques, consultants et dirigeants d’entreprises. La matinée a largement été consacrée à la place de l’intelligence artificielle, désormais centrale dans les débats sur le numérique responsable. Avec, en filigrane, un enjeu: intégrer ces technologies sans fragiliser les organisations ni diluer les responsabilités.
Bien faire avant d’amplifier
La keynote d’ouverture a défini le cadre des discussions de la matinée. L’intelligence artificielle ne transforme pas seulement les organisations, elle amplifie les dynamiques existantes. «Les nouvelles technologies amplifient le positif et le négatif», a rappelé Vincent Bieri, cofondateur de Nexthink.
Dans les faits, des processus perçus comme stables reposent souvent sur des ajustements invisibles ou des équilibres fragiles. Une fois automatisés, ces mécanismes deviennent des points de rupture. Avant d’ajouter une couche d’IA, les organisations sont ainsi invitées à interroger la solidité de leurs pratiques existantes, sous peine d’accélérer leurs propres dysfonctionnements.
Cette logique d’amplification s’est retrouvée dans plusieurs échanges, notamment autour des usages concrets de l’IA. Accélérer la production de contenus ou d’analyses ne supprime pas le besoin de validation, il le renforce, au risque de créer des formes de travail redondantes et une dilution des responsabilités.
Gouvernance et usages: un équilibre à construire
La première table ronde a prolongé cette réflexion sous l’angle organisationnel. Dans des environnements où les responsabilités sont déjà fragmentées, l’intégration de l’IA tend à accentuer les zones grises. La question devient alors moins technique que liée à la gouvernance et au jugement humain.
Cette réalité se traduit aussi dans les usages quotidiens. «Demander un résumé avec l’IA et demander ensuite de le vérifier revient à relire le document initial», a ainsi relevé Rodolphe Koller, fondateur de Question Zero, créateur et ancien rédacteur en chef d’ICTjournal, pointant les limites actuelles de ces outils et les arbitrages qu’ils imposent.
Face à ces enjeux, les approches varient. Certaines organisations privilégient des solutions internes, plus ciblées et maîtrisées, notamment pour des fonctions sensibles comme les ressources humaines, tandis que d’autres optent pour des outils externes plus performants, malgré des compromis en matière de souveraineté. Dans tous les cas, une exigence commune émerge: clarifier ce qui est délégué à la machine et ce qui relève de la responsabilité humaine.
Élargir la notion de numérique responsable
Autre ligne de fracture apparue lors de la première table ronde: le numérique responsable ne peut plus être réduit à l’empreinte carbone. Dès l’introduction des échanges, les intervenants ont insisté sur la nécessité d’élargir la notion de durabilité aux dimensions sociales, économiques et organisationnelles.
Dans de nombreuses entreprises, l’empreinte IT reste marginale à l’échelle globale, alors même que le numérique structure l’ensemble des activités. Une focalisation exclusive sur les émissions CO2 peut ainsi s’avérer contre-productive. L’impact du numérique se joue aussi dans les choix d’investissement, les modèles d’affaires, les conditions de travail ou la résilience opérationnelle.
Ce déplacement ouvre la voie à une approche plus transversale, où réduction des coûts, attractivité des talents et maîtrise des risques deviennent des leviers plus efficaces pour mobiliser l’ensemble de l’entreprise.
Repenser les métiers face à l’automatisation
La seconde table ronde s’est concentrée sur les transformations du travail induites par l’IA. Chez Loyco, Christophe Barman, cofondateur de l’entreprise et président de la Fédération suisse des entreprises, a évoqué une projection selon laquelle 40 à 50% des processus actuels pourraient être automatisés d’ici deux à trois ans.
Face à cette perspective, l’entreprise a choisi d’impliquer ses 140 collaborateurs dans une redéfinition collective de sa raison d’être et de ses métiers futurs. «Le rythme humain n’est pas le rythme de la machine», a-t-il rappelé, soulignant que ces transformations nécessitent du temps et ne peuvent être absorbées au même rythme que les évolutions technologiques.
Les échanges ont également mis en évidence un besoin de formation continue. Patrick Fugier, IT Service Delivery Manager chez Groupe E, a nuancé l’idée d’une génération naturellement plus à l’aise avec le numérique: maîtriser des interfaces ne signifie pas nécessairement comprendre les outils métiers ni les besoins opérationnels.
Au terme de la matinée, l’intelligence artificielle apparaît moins comme un simple outil que comme un facteur de transformation structurelle. Son intégration ne peut plus être pensée isolément, mais s’inscrit dans une réflexion plus large sur la gouvernance, les usages et l’évolution des organisations.
La prochaine édition du Sustainable IT Day est annoncée pour le 25 mai 2027 à Lausanne.
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