Démocratie participative

La France face aux défis de la numérisation de son Grand débat national

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Comment faire pour traiter et synthétiser des millions de doléances manuscrites, des milliers de comptes-rendus de réunions locales et de contributions en ligne, le tout en toute transparence et équité ? C'est le problème qui se pose désormais au gouvernement français, dont le grand débat national court du 15 janvier dernier au 15 mars prochain.

Manifestation de gilets jaunes à Colmar (Source: Gzen92)
Manifestation de gilets jaunes à Colmar (Source: Gzen92)

Qui sème le vent (d’appel à contributions) récolte la tempête (de données à trier). Pour répondre à la crise des gilets jaunes qui dure depuis novembre dernier, Emmanuel Macron a lancé, mi-janvier, un «Grand débat national», pour «transformer [...] les colères en solution» écrit-il dans une lettre aux Français. Le site développé pour l’occasion permet à tout à chacun de répondre à des questionnaires (décriés) ou de partager librement des propositions, et ce jusqu’au 15 mars. Il propose aussi un «kit d’accompagnement des réunions et toutes les informations nécessaires pour la bonne tenue des débats» pour quiconque voudrait organiser un rassemblement local. Par ailleurs, des cahiers de doléances sont apparus dans des milliers de communes françaises, pour quiconque veut s’exprimer à l’aide d’un stylo plutôt qu’à travers un clavier.

Autant de contributions que le gouvernement français devra prendre en compte pour faire taire ceux qui assurent que toute cette opération n’est que poudre aux yeux pour apaiser les manifestants qui descendent dans les rues tous les samedis. Or, lire et prendre en compte toutes les revendications et propositions nécessiteraient un temps incompatible avec la promesse de Macron d’en tirer des mesures concrètes dès la mi-avril. Le Ministère français de l'écologie, du Développement durable des transports et du logement (?) a donc lancé un appel d’offre indiquant que «certaines contributions (notamment manuscrites) doivent [...] être retranscrites in extenso dans un format électronique directement exploitable. Pour assurer un traitement équitable de toutes les contributions et rester dans le calendrier fixé par les autorités politiques nationales, le marché qui en découle doit être notifié dans un délai très court.» Les prétendants ont jusqu’au 15 février pour envoyer leur candidature pour ce contrat qui portera sur «un minimum en quantité de 300 000 pages A4 et sans maximum», à numériser pour le 15 mars prochain.

Une fois digitalisés, ces cahiers de doléances ainsi que les comptes rendus des réunions publiques viendront s’ajouter aux propositions recueillies en ligne… le tout devra être analysé, synthétisé. Encore une mission pour un prestataire IT selon France Info qui affirme que la Mission du grand débat (hébergée à Matignon, à côté du Premier ministre) cherche «un spécialiste de l'analyse de données» pour rendre le tout digeste pour l’exécutif. Enfin, Sébastien Lecornu, ministre chargé du pilotage du « grand débat national » a affirmé sur France Inter que toutes les contributions déposées sur la plateforme seront accessibles en Open Data:

Le gouvernement français le sait: il n’a pas le droit à l’erreur dans ces multiples efforts d’exhaustivité et de transparence. Le moindre faux pas ajouterait immédiatement de la grogne à la grogne.

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