Swiss eHealth Summit 2017

Quand le numérique se met au service du système de santé

| mise à jour

L’édition 2017 du Swiss eHealth Summit a notamment mis en lumière les challenges de la médecine personnalisée basée sur l’exploitation de masses de données génomiques. Ou encore les promesses de l'épidémiologie digitale et de la blockchain pour optimiser les systèmes de santé.

Les 21 et 22 septembre, plus de 300 prestataires de soin, industriels, scientifiques et représentants politiques étaient réunis à Lausanne dans le cadre du Swiss eHealth Summit 2017. Au menu, une vingtaine de conférences, tables rondes et workshops qui ont mis l’accent sur le thème de l’innovation numérique dans le système de santé.

Regard critique sur la médecine personnalisée

La seconde journée a débuté avec la conférence délibérément controversée de Bob Siegerink, épidémiologiste clinique à l’Hôpital universitaire de la Charité de Berlin. L’expert s’est appliqué à mettre en exergue les difficultés qui s’annoncent, selon lui, en vue d’honorer les promesses de l'utilisation des données issues d’outils de génomique dans l’objectif de prédire, traiter et prévenir une maladie. De l’avis de Bob Siegerink, ces données sont désordonnées et ne permettent pas de différencier des groupes à risque, notamment en raison de la nature multicausale des maladies. «Disposer de ces données nous aidera souvent à prévoir la maladie et, parfois, à la guérir. Mais jamais à la prévenir», a conclu l'épidémiologiste.

Les promesses du big data génomique

Ce regard introductif quelque peu pessimiste porté sur la médecine personnalisée a directement été contrebalancé par les propos de Gunnar Rätsch, professeur d'informatique biomédicale à l’EPFZ. Le chercheur a apporté son point de vue sur les espoirs et challenges de l'utilisation du big data en médecine de précision. Selon lui, la récolte de données génomiques a le potentiel de faire progresser la médecine, grâce à l'explosion du nombre de génomes individuels obtenus par séquençage de l’ADN. Dans cette optique, il est crucial de mettre au point des approches de Data Science appropriées pour étudier ces données médicales à grande échelle, estime le chercheur. Dont la mise au point de modèles informatiques avancés pour rechercher, obtenir et visualiser l’information. Et de préciser: «Notre rôle consiste aussi à développer des outils pour la communauté de scientifiques et les médecins, outils qui devront pouvoir être utilisés dans les hôpitaux.»

La question cybersécuritaire

La médecine de précision nécessite stockage et traitement de masse de données sensibles à caractère personnel. Les enjeux que cet aspect pose en termes de protection et de sécurité des données n’ont en rien été ignorés lors de ce forum. Notamment avec la présentation de Daniel Rudin, Conseiller de secteur pour MELANI/GovCERT.ch. Pour alerter l’auditoire sur les menaces actuelles, l’expert en cybersécurité est notamment revenu sur les récentes vagues d’attaques (Wannacry, NotPetya…) ayant mis à mal nombre d'entreprises et qui n'ont pas épargné les secteurs de la pharma (Merck) et de santé public (hôpitaux anglais).

L'épidémiologie se digitalise

L’impact de la numérisation sur le système de santé se traduit parfois par l'apparition de nouvelles disciplines, dont l'épidémiologie digitale. Spécialiste en la matière et chercheur à l’EPFL, Marcel Salathé a fait observer qu’à l’heure du tout connecté et de la démocratisation globale des outils et accessoires numériques, tous les patients (en bonne santé ou non) partagent beaucoup de données sur eux-mêmes via des flux multiples (réseaux sociaux, applications de quantified-self, sites web permettant de mettre en ligne des séquences d’ADN, etc.) Le scientifique a souligné que ces masses de données digitales peuvent constituer la source de nouveaux algorithmes de deep learning, qui permettent de diagnostiquer et prévenir des maladies avec efficacité et fiabilité. Cette approche prometteuse bute toutefois sur un obstacle: «Les logiciels sont accessibles en open source, mais les données médicales des systèmes de santé traditionnels ne le sont pas encore suffisamment», regrette Marcel Salathé.

Incontournable blockchain

Pour clore le programme de conférences, la présentation de Robert Learney, co-directeur du Centre for Cryptocurrency Research and Engineering à l'Imperial College de Londres, a expliqué en quoi le concept de registre numérique distribué pourrait bénéficier aux systèmes de santé publics, notamment en vue d'optimiser la gestion administrative et réduire les coûts. Bryan Ford, professeur associé à l'EPFL et responsable du Laboratoire de systèmes décentralisés et distribués (DEDIS), a ensuite présenté les avantages et inconvénients des blockchains disponibles aujourd’hui. Avant de mentionner le projet Chaniac, basé sur la technologie du DEDIS et permettant d'automatiser les mises à jour de sécurité d’une infrastructure IoT.

Le potentiel de disruption multisectoriel de la blockchain concerne donc aussi le secteur des soins, aussi bien l'organisation des systèmes de santé que la sécurisation des hôpitaux amenés à devenir toujours plus connectés.

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