Core.Link: comment un projet fédéral à 16 millions a fini dans l’impasse
Le Ministère public de la Confédération renonce à développer en interne le successeur de JURIS. Selon l’Autorité de surveillance du Ministère public de la Confédération, 16,4 millions de francs ont été dépensés autour de Core.Link, dont l’objectif principal ne sera finalement pas atteint.
Le Ministère public de la Confédération (MPC) ne poursuit plus l’objectif principal de Core.Link: remplacer son système de gestion des affaires JURIS par une solution développée en interne. Dans son rapport d’activité 2025, l’Autorité de surveillance du Ministère public de la Confédération (AS-MPC) estime que le MPC a «bien fait de suspendre le développement de Core.Link» et exige désormais des rapports trimestriels sur l’acquisition d’une solution disponible sur le marché.
Lancé dans le cadre du programme Joining Forces en 2016, Core.Link devait moderniser la gestion des dossiers et des affaires du MPC. Après une première phase jugée peu concluante, le projet a été réorienté en 2019. À cette date, 1,5 million de francs avaient déjà été dépensés et 1’800 journées de travail consacrées au développement. L’AS-MPC relève que le mandat avait alors été confié à une société de conseil externe sans mandat de projet ni budget défini en temps ou en coûts.
Le remplacement de JURIS abandonné
Le MPC a ensuite relancé Core.Link selon une approche agile fondée sur le développement d’un produit minimum viable (MVP). Un premier produit opérationnel a été déployé fin 2022 et le projet devait devenir l’élément central de la future administration des opérations et de la gestion des dossiers.
Fin 2024, les dossiers d’environ 65% des procédures en cours figuraient dans Core.Link. Le système a toutefois atteint ses limites dans les procédures comportant de grands volumes de données, notamment en matière de criminalité économique. Surtout, il est resté limité à la gestion électronique des dossiers sans parvenir à remplacer JURIS par un système complet de gestion des affaires.
Selon l’AS-MPC, le MPC n’était dès lors plus en mesure de fournir un système fonctionnel dans les délais et le cadre budgétaire fixés lors de la réorientation du projet.
16,4 millions investis
L’évolution des coûts illustre l’ampleur de l’impasse. En 2021, le MPC estimait encore le coût total de Core.Link à 7,8 millions de francs d’ici fin 2025. Après la relance du projet, les coûts de développement ont atteint 11,9 millions de francs entre 2019 et 2024. À cela s’ajoutent 3 millions de francs pour l’exploitation du système par une entreprise externe. En incluant les 1,5 million de francs engagés avant la réorientation, les dépenses directement liées à Core.Link atteignent 16,4 millions de francs.
L’AS-MPC critique également une conduite de projet focalisée sur les développements incrémentiels au détriment des objectifs globaux. L’état critique du projet n’a été signalé ni au sein du MPC ni à l’AS-MPC.
Cap sur une solution du marché
À la suite d’un examen externe, le MPC a suspendu les développements liés au remplacement de JURIS. Le fournisseur de la solution actuelle ayant annoncé l’arrêt de son support à partir de 2027, l’institution a également constaté que des produits répondant à ses besoins étaient désormais disponibles sur le marché. L’étude externe soutient cette approche, selon le rapport.
La suite passera par un appel d’offres conforme aux prescriptions de l’OMC. Le MPC doit sélectionner d’ici fin 2026 le système appelé à remplacer JURIS, avec une introduction prévue dès 2029. L’AS-MPC insiste sur la nécessité de définir les exigences et d’établir un cahier des charges avant le lancement de la procédure.
La partie déjà développée de Core.Link ne disparaîtra toutefois pas immédiatement. La gestion électronique des dossiers doit être maintenue et adaptée pour le partage de données avec les cantons. Une interface avec le futur système est prévue, même si cette composante devra elle aussi être remplacée à terme.
L’actualité IT en Suisse et à l’international, avec un focus sur la Suisse romande, directement dans votre boîte mail > Inscrivez-vous à la newsletter d’ICTjournal, envoyée du lundi au vendredi!