Zoom sur le club de programmation de l’UNIGE, un tremplin vers les métiers IT désormais menacé
L’Université de Genève développe, à travers son pôle d’innovation numérique, plusieurs initiatives pour rapprocher formation, innovation et usages concrets. Parmi elles, un club de programmation (coding dojo) permet à des collégiennes et collégiens de s’initier au code et aux technologies actuelles. Un dispositif dont l’avenir reste incertain dans le contexte de réorganisation des formations en informatique.
À l’UNIGE, le pôle d’innovation numérique, lancé en 2019, s’appuie sur une collaboration entre enseignants, services informatiques et étudiants afin d’expérimenter et développer de nouvelles solutions au sein de l’institution. Parmi les initiatives qui en découlent figure un club de programmation décliné pour plusieurs publics, notamment les étudiants, les chercheurs et les collégiens. Ce dernier volet, désormais à sa cinquième édition, vise à initier des élèves encore en phase d’orientation aux métiers du numérique. «Il y a un grand besoin de démystifier la programmation et d’aider les jeunes à accéder à ces connaissances», explique à la rédaction Lamia Friha, responsable de la cellule R&D à l’Université de Genève.
Le dispositif s’adresse principalement à des élèves de troisième et quatrième année du collège. Pendant un semestre, ils participent à des sessions hebdomadaires d’environ deux heures et demie au FacLab, encadrées par des étudiants de l’université. Près de la moitié des participants sont des filles, une proportion notable dans un domaine encore largement masculin. Les encadrants constatent également une évolution du niveau des élèves: de plus en plus d’entre eux arrivent avec des bases en programmation acquises au collège, ce qui permet d’adapter le contenu et d’aller plus loin dans les notions abordées.
Python, IA et cryptographie
Sur le plan technique, le programme repose principalement sur Python, choisi pour sa simplicité et sa polyvalence. Les participants y découvrent les bases de la programmation et de l’algorithmique, avant de réaliser des projets concrets intégrant la création d’interfaces graphiques, la manipulation de données ou encore des cas d’usage liés à l’intelligence artificielle. «On leur fournit les connaissances qu’on aurait aimé avoir en arrivant à l’université», explique Quentin Morsch, étudiant en troisième année de bachelor en systèmes d’information et science des services à l’Université de Genève.
Des modules d’introduction à la cryptographie sont également proposés, avec une approche adaptée à leur niveau. L’intelligence artificielle est, elle aussi, abordée à la fois comme sujet d’apprentissage et comme outil. Les élèves sont sensibilisés à ses usages, mais aussi à ses limites. «C’est un outil qu’il faut utiliser, mais sans se substituer à sa réflexion», souligne Eduardo Gonçalves Silva, également étudiant en troisième année.
Le club constitue aussi une première immersion dans le monde universitaire, à travers des visites, des échanges avec des étudiants et des chercheurs, ainsi qu’une découverte concrète des études et des métiers du numérique. Développée en partenariat avec le Département de l’instruction publique (DIP) et la HEG, cette initiative permettait jusqu’ici aux participants d’obtenir trois crédits universitaires anticipés, valorisables dans le cadre d’un bachelor.
Une initiative fragilisée par la réorganisation
La situation a toutefois évolué avec la réorganisation en cours des formations en informatique à l’UNIGE et la dissolution annoncée du Centre universitaire d’informatique (CUI). «Il y a une incertitude totale», résume Giovanna Di Marzo Serugendo, professeure en informatique et systèmes d’information à l’UNIGE et directrice du pôle d’innovation numérique
À ce stade, aucune visibilité claire n’est donnée pour les prochaines éditions, notamment en ce qui concerne le financement, l’encadrement ou encore la possibilité de maintenir le dispositif dans sa forme actuelle.
Au-delà du club, la responsable pointe un impact plus large sur la formation en informatique: la disparition de ce cursus pourrait entraîner une réduction d’environ 60% du nombre de personnes formées dans le domaine de l’ingénierie des services numériques au niveau universitaire.
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