Traçabilité des contenus numériques

Face aux deepfakes, l’EPFZ développe une signature cryptographique à la source

Pour lutter contre la prolifération des images générées par l'IA, des scientifiques de l'EPFZ ont développé un nouveau système de capteur. Cette technologie intègre une signature cryptographique directement à la création de l'image, rendant les manipulations impossibles sans détruire le composant.

La puce de détection (Source: Caroline Arndt Foppa/EPF Zurich)
La puce de détection (Source: Caroline Arndt Foppa/EPF Zurich)

Les deepfakes inondent de plus en plus les plateformes numériques et menacent la confiance du public envers les processus démocratiques. Pour contrer ce phénomène, une équipe de l'École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) a développé une nouvelle technologie de puce. L'idée, initiée dès 2017 bien avant l'essor des systèmes d'IA générative actuels, consiste à signer cryptographiquement les données, images ou signaux audio directement dans la puce du capteur au moment de leur capture.

Selon le collaborateur scientifique Fernando Cardes García de l’EPFZ, toute modification ultérieure laisse nécessairement des traces. Pour contourner le système, un attaquant devrait mener une attaque physique contre la puce elle-même, un effort technologique si élevé qu'il rendrait pratiquement impossible la production en masse de contenus falsifiés.

Un registre public pour vérifier l’authenticité

Concrètement, le système fonctionne en quatre étapes: lors de la prise de vue, la puce génère simultanément les données d’image et leur signature cryptographique. Cette empreinte peut ensuite être enregistrée dans un registre public immuable, par exemple une blockchain. Lors d’une vérification ultérieure, il suffit de comparer la signature inscrite avec celle associée au fichier pour confirmer que le contenu est authentique et n’a pas été modifié. «La confiance dans les contenus numériques diminue. Nous voulions développer une technologie qui permette aux gens de vérifier si quelque chose est authentique», explique Felix Franke, professeur à l’Université de Bâle.

Selon les chercheurs, cette technologie pourrait en principe être intégrée à tout type de capteur ou de dispositif de capture d’images. Les plateformes sociales pourraient automatiser cette vérification dès la mise en ligne d'un contenu. Journalistes, chercheurs ou autorités pourraient également contrôler eux-mêmes l'authenticité à l'aide d'outils simples.

La puce actuelle reste un prototype démontrant la faisabilité technique du concept. Soutenu par le Fonds national suisse et le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation dans le cadre de l’initiative SwissChips, le projet a fait l’objet d’une publication scientifique. Les chercheurs ont déjà déposé une demande de brevet et travaillent désormais à réduire les efforts d’intégration chez les fabricants d’appareil de prise de vue et de capteurs.

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