Les centres de données dédiés à l’IA réchauffent leur environnement local
Les centres de données dédiés à l’IA réchauffent sensiblement leur environnement local, au point de former de véritables «îlots de chaleur des données». Une analyse récente estime que ce phénomène entraîne une hausse moyenne locale de 2°C et pourrait déjà concerner plus de 340 millions de personnes dans le monde.
La chaleur résiduelle des centres de données dédiés à l’IA augmente significativement la température locale. Une étude publiée en prépublication sur Arxiv par une équipe internationale, à laquelle participe l’Université de Cambridge, détaille ce phénomène.
Selon les chercheurs, la température au sol augmente en moyenne de 2 degrés à proximité d’un centre de données spécialisé dans l’IA. Dans les cas les plus extrêmes, le réchauffement observé atteint même 9,1 degrés. L’étude décrit un nouvel «effet d’îlot de chaleur des données», présenté comme l’équivalent numérique des îlots de chaleur urbains, où les zones fortement construites affichent des températures nettement supérieures à celles de leur environnement sous l’effet des surfaces minérales et de la chaleur résiduelle.
Un effet comparable aux îlots de chaleur urbains
Selon les auteurs, l’ampleur du phénomène surprend par son intensité. À titre de comparaison, les zones urbaines denses enregistrent généralement une hausse de température de 4 à 6 degrés en raison de l’effet d’îlot de chaleur urbain. À lui seul, un centre de données dédié à l’IA représente donc déjà une part importante de cet écart.
Pour parvenir à ces résultats, l’équipe a analysé des données satellitaires de température au sol couvrant la période 2004-2024, croisées avec les emplacements de plus de 8’000 centres de données dans le monde, dont une part importante est consacrée aux usages liés à l’IA.
L’étendue du phénomène est elle aussi notable: une hausse moyenne de 1 degré reste mesurable jusqu’à 4,5 kilomètres autour des sites. Des études de cas menées au Mexique, en Espagne et au Brésil confirment cette tendance.
Selon leur modélisation, plus de 340 millions de personnes pourraient vivre dans des zones concernées. Cette estimation repose toutefois sur un croisement entre données thermiques et densité de population, et non sur des mesures directes effectuées auprès des habitants.
Des solutions pour une IA plus durable
Les auteurs de l’étude identifient déjà plusieurs leviers pour limiter ce réchauffement local. Ils citent notamment des algorithmes plus efficaces, capables de réduire la consommation énergétique, ainsi que des technologies de refroidissement et des systèmes d’évacuation thermique plus performants.
Au-delà des seules réponses techniques, les chercheurs relèvent que l’intensité du phénomène augmente avec la densité et la puissance des centres de données, mais aussi avec les conditions climatiques, l’usage des sols et le niveau d’urbanisation.
Le rapport souligne enfin que cet effet peut se cumuler à l’échelle régionale, en particulier dans les zones où se concentrent plusieurs grands centres de données. Les chercheurs y voient un facteur environnemental encore sous-estimé, qui devrait davantage peser dans les choix d’implantation, la planification et la régulation des infrastructures numériques.
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