LLM, chatbot, AI Act

Mistral dévoile un modèle rivalisant avec GPT-4 et un partenariat avec Microsoft, qui fait grincer des dents

Mistral, la pépite française de l’IA générative, dévoile un LLM hyper-performant, un agent conversationnel à la ChatGPT et un partenariat avec Microsoft. Ce dernier point fait grincer des dents, la jeune pousse ayant servi d’argument pour réduire la portée de l’AI Act de manière à préserver l’émergence de «champions européens de l’IA».

Mistral a aussi dévoilé un agent conversationnel batisé "Le chat".
Mistral a aussi dévoilé un agent conversationnel batisé "Le chat".

La jeune pousse française Mistral dévoile Mistral Large, un modèle de génération de texte très puissant affichant des performances proches de GPT-4 sur différents benchmarks. La start-up n’indique pas le nombre de paramètres de son modèle, ni s’il s’agit d’un modèle Mixture of Expert (> voir: Mistral AI dégaine un nouveau LLM formé avec l'approche «Mixture of Experts»).

benchmark

Comparaison de GPT-4, Mistral Large (pré-entrainé), Claude 2, Gemini Pro 1.0, GPT 3.5 et LLaMA 2 70B sur le benchmark MMLU (Measuring massive multitask language understanding).

Mistral Large se caractérise par sa maîtrise de plusieurs autres langues que l’anglais - français, allemand, italien, espagnol - avec une « compréhension du contexte culturel », dixit Mistral. Le modèle se distingue également par la possibilité pour les développeurs de définir leurs politiques de modération. Côté intégration, la plateforme permet aussi à Mistral d’appeler des fonctions de systèmes externes, et d’exiger des outputs respectant la syntaxe JSON.

Il est par ailleurs possible d’interagir directement avec Mistral Large (ou avec sa version Small) via un agent conversationnel baptisé «Le chat», de manière analogue à ChatGPT. «Nous l’avons conçu comme une application pédagogique et ludique permettant d’évaluer notre technologie», explique la société. Le chatbot est aussi disponible en version Entreprise avec la possibilité de le déployer sur une infrastructure dédiée et de configurer son système de modération.

Partenariat avec Microsoft

Mistral annonce en parallèle un partenariat pluriannuel avec Microsoft, qui lui permettra d’exploiter l’infrastructure IA d’Azure pour l’entraînement et les charges d’inférence de ses modèles. Microsoft mettra par ailleurs les modèles premium de Mistral à disposition de ses clients en mode Model-as-a-Service au sein d’Azure Studio et de son catalogue.

«Nous avons testé Mistral Large via Azure AI Studio dans un cas d'utilisation visant l'efficacité interne. Les performances étaient comparables à celles des modèles de pointe avec une latence encore meilleure. Nous sommes impatients d'explorer plus avant cette technologie dans notre entreprise», témoigne Philippe Rambach, Directeur de l'IA chez Schneider Electric.

Les deux partenaires comptent également collaborer en R&D autour du développement de modèles spécifiques pour certains clients, notamment dans le secteur public européen. Enfin, Microsoft prend une petite participation dans Mistral, ainsi que l’a confié la start-up à Reuters.

«Nous sommes enchantés de nous engager dans ce partenariat avec Microsoft. Grâce à l'infrastructure IA de pointe d'Azure, nous franchissons une nouvelle étape dans notre expansion en proposant nos recherches innovantes et nos applications pratiques à de nouveaux clients partout dans le monde », commente Arthur Mensch, directeur général de Mistral AI.

Réactions contrastées

L’accord de Mistral avec Microsoft suscite des commentaires contrastés. Dans sa newsletter, Sifted juge que le partenariat témoigne du fait «qu’il existe une véritable valeur commerciale dans la création de systèmes d'IA alternatifs à ceux développés dans la bulle culturelle qu'est la Silicon Valley ». Et le site d’ajouter: «Alors que l'Europe cherche à choisir ses batailles dans une économie de l'IA actuellement contrôlée par les Big Tech, ce partenariat illustre le dicton "si vous ne pouvez pas les battre, rejoignez-les"; il montre également qu'il n'est pas nécessaire d'avoir un code postal dans la Bay Area pour développer une technologie de pointe».

Mais le partenariat avec Microsoft fait aussi grincer des dents, car la pépite Mistral a servi d’étendard à ceux qui voulaient réduire la portée de l’AI Act, au nom de la protection des futurs champions de l’IA européens. Prise entre ses velléités de protection des utilisateurs et son complexe d’être la région où l’on règlemente davantage qu’on innove, l’Europe a ainsi décidé d’exempter en grande partie les concepteurs de modèles de langage open source, tels que Mistral.

La pilule est donc amère. «Je suis assez perplexe. Le gouvernement français et la Commission européenne ne nous ont-ils pas dit pendant des semaines que le chapitre de l’AI Act sur les modèles fondationnels devait être fortement réduit dans son champ d'application afin de sauvegarder les quelques "véritables champions européens indépendants" que nous avons dans ce domaine? Sans ces changements, nous manquerions notre seule chance de rattraper notre retard, déclaraient-ils. Mistral AI serait contrainte de fermer l'accès libre à ses modèles et de coopérer avec des entreprises technologiques américaines, car elle ne serait pas capable de se conformer seule à l’AI Act. Résultat? La société française bénéficie d'une large exemption de la plupart de ses obligations, ainsi qu’il a été décidé le 6 décembre 2023», commente Kai Zenner, conseiller du député européen Axel Voss, dans un post sur Linkedin.

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