Etude de l’OFSP

Le dossier électronique du patient coûte cher aux hôpitaux et aux EMS pour une utilité limitée

par René Jaun et traduction/adaptation ICTjournal

Le raccordement au dossier électronique du patient est obligatoire pour les hôpitaux et les EMS. Une enquête de l’OFSP montre toutefois que sa mise en œuvre exige des efforts importants. En phase d’exploitation, le bilan financier reste négatif et l’utilisation limitée.

(Source: Polina Tankilevitch/Pexels)
(Source: Polina Tankilevitch/Pexels)

Sur le principe, les établissements de santé sont plutôt favorables au dossier électronique du patient (DEP). Dans la pratique, la situation est plus contrastée, comme l’a récemment montré le baromètre suisse de la cybersanté 2026. Les fournisseurs de prestations y critiquaient notamment la charge de travail supplémentaire liée au DEP.

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a examiné de plus près l’un des aspects de cette charge. Sur recommandation du Contrôle fédéral des finances (CDF), il a fait interroger des établissements de santé stationnaires afin d’en savoir plus sur leurs coûts de raccordement et d’exploitation du DEP. L’OFSP a depuis publié les deux études, un rapport de synthèse ainsi qu’un document présentant les principales conclusions du groupe de pilotage. 

Un déploiement lent

Les fournisseurs de prestations disposant d’un mandat dans le domaine stationnaire et soumis à cette obligation légale – notamment les hôpitaux, les cliniques spécialisées, les maisons de naissance et les EMS – devaient s’affilier à une communauté de référence au plus tard en 2022 afin de pouvoir proposer et utiliser le DEP. Du moins en théorie.

Dans la pratique, cette obligation est toutefois mise en œuvre lentement, relève le groupe de pilotage. En octobre 2025, 95% des hôpitaux et 76% des EMS étaient raccordés, selon une étude de l’Observatoire suisse de la santé (Obsan) citée par les chercheurs. D’après le baromètre suisse de la cybersanté, les établissements non raccordés invoquent notamment l’absence de financement des coûts, très variables, liés à la mise en place et à l’exploitation d’infrastructures DEP locales, ainsi que la faible demande.

Même les établissements qui souhaitent introduire le DEP doivent parfois s’engager dans un long processus. Selon la première étude, les projets de raccordement ont duré en moyenne deux ans. Un peu plus de la moitié des coûts initiaux concernait des achats informatiques, les logiciels pesant davantage que le matériel. À cela s’ajoutaient des dépenses ponctuelles de conseil externe, principalement dans les domaines de l’informatique et des processus. Les identités électroniques et les certificats représentaient au maximum environ un dixième des coûts.

Les chercheurs ont également demandé aux 130 établissements ayant participé à la première étude quels enseignements ils avaient tirés du processus de raccordement. Les constats les plus souvent cités sont les suivants:

  • Le raccordement au DEP ne doit pas être considéré comme un simple projet informatique; «la direction doit elle aussi être impliquée».
  • Le processus de raccordement mobilise beaucoup de ressources et nécessite d’importants efforts de formation.
  • Un accompagnement externe et une coordination avec d’autres établissements facilitent le projet et améliorent la qualité des processus.
  • Le choix de la communauté de référence revêt une importance stratégique et doit intervenir suffisamment tôt, car un changement ultérieur est complexe.


Des solutions économiques, mais avec des limites

Les établissements de santé disposent d’une certaine marge de manœuvre pour mettre en œuvre l’obligation légale de raccordement. Selon le rapport, la majorité des répondants – 88% des hôpitaux et 97% des EMS – ont opté pour une solution de portail. Ils ont justifié ce choix par sa simplicité et son coût réduit, jugés suffisants compte tenu du faible nombre de DEP ouverts dans la population.

Cette solution économique présente toutefois des inconvénients au quotidien. Le taux d’utilisation active du DEP est quatre fois inférieur parmi les organisations recourant à un portail, à 4%, que parmi celles ayant mis en place une intégration en profondeur avec un accès automatisé au DEP depuis leur système primaire, à 18%. Le groupe de pilotage souligne néanmoins que seuls 5% environ des fournisseurs de prestations stationnaires interrogés utilisent activement le DEP.

Des coûts nettement plus élevés pour les hôpitaux

Parmi les coûts récurrents, les cotisations annuelles versées aux communautés de référence constituent le poste le plus important, devant les charges de personnel et les coûts informatiques liés à la maintenance et au développement des interfaces.

Les dépenses varient fortement selon le type d’établissement et le mode de raccordement. Les hôpitaux ont déclaré des coûts ponctuels trois fois plus élevés et des coûts récurrents quatre à sept fois supérieurs à ceux des EMS. Dans les hôpitaux, une intégration en profondeur a entraîné des coûts initiaux près de deux fois plus élevés qu’une solution de portail. Pour des établissements de taille comparable, l’exploitation d’un portail coûtait en revanche 24% de moins.

Le groupe de pilotage constate que les petits hôpitaux et les petits EMS supportent une charge proportionnellement plus importante au regard de leurs ressources. Les grands établissements bénéficient quant à eux d’économies d’échelle.

Les chercheurs expriment également ces dépenses en pourcentage des coûts annuels totaux des hôpitaux et des EMS publiés par la Confédération. Le raccordement au moyen d’une intégration en profondeur représente ainsi près de 0,6% des coûts totaux par lit lors de la mise en place, puis près de 0,2% par an. Une solution de portail coûte initialement près de 0,3% des coûts totaux par lit. En phase d’exploitation, cette part se situe entre un peu moins de 0,1% et 0,4%, selon la taille de l’établissement.

Un bilan insatisfaisant

Parmi les principaux obstacles à l’introduction du DEP, les établissements interrogés citent les efforts de formation importants, le manque d’interopérabilité avec les systèmes primaires, les coûts de licence supplémentaires liés à l’authentification ainsi que les incertitudes concernant la protection des données et la cybersécurité.

La faible diffusion du DEP dans le secteur ambulatoire freine également son utilisation. À l’inverse, un accompagnement externe, la coordination avec d’autres établissements, de petites équipes DEP disposant de compétences sur le système, ainsi que les offres d’e-learning et l’assistance technique des communautés de référence sont considérés comme des facteurs favorables.

Le constat final du groupe de pilotage est peu encourageant: dans la situation actuelle, les fournisseurs de prestations stationnaires jugent le DEP insatisfaisant. Les coûts d’exploitation sont certes nettement inférieurs aux dépenses ponctuelles de raccordement. De leur point de vue, le DEP présente néanmoins un rapport coût-efficacité négatif.

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