Étude de l’OFEN

Le cloud fait grimper la consommation des centres de données suisses

par René Jaun et traduction/adaptation ICTjournal

Les datacenters suisses représentent environ 3,6% de la consommation totale d’électricité du pays. Si leur efficacité énergétique s’est améliorée ces dernières années, une étude estime qu’un important potentiel d’économies subsiste encore du côté des infrastructures IT et des clients.

(Source: Michail / stock.adobe.com)
(Source: Michail / stock.adobe.com)

En 2024, les centres de données suisses ont consommé environ 2,1 térawattheures d’électricité. Cela correspond à près de 3,6% de la consommation totale d’électricité en Suisse. C’est la conclusion d’une étude mandatée par SuisseEnergie, un programme de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN).

Environ 0,91 térawattheure de cette consommation – soit 44% des besoins de l’ensemble des datacenters – provient des prestataires commerciaux, comme les centres de colocation et les grands sites exploités pour des fournisseurs cloud et des hyperscalers. Les 1,2 térawattheures restants concernent les prestataires de centres de données dédiés ainsi que les centres de données internes aux entreprises. 

Les centres de données commerciaux consomment davantage

À titre de comparaison, en 2019, la précédente étude de l’OFEN estimait que les centres de données suisses représentaient environ 3,1% de la consommation totale d’électricité, avec une consommation d’environ 1,77 térawattheure à périmètre constant. 

Entre 2019 et 2024, la consommation électrique des datacenters suisses a progressé de 18%, selon l’étude. Cette hausse provient principalement des centres de données commerciaux, tandis que la consommation des centres internes aux entreprises a stagné. Les auteurs expliquent cette évolution à la fois par des gains d’efficacité énergétique et par l’externalisation informatique vers le cloud et des prestataires spécialisés.

L’IA joue un rôle mineur

Le fait que les centres de données commerciaux consomment davantage d’électricité a par ailleurs peu à voir avec l’intelligence artificielle. Comme l’indique le résumé de l’étude, «l’intelligence artificielle joue actuellement un rôle mineur».

L’entraînement des grands modèles, particulièrement énergivore, est encore peu présent en Suisse. Et cette situation devrait perdurer. Les hyperscalers et leurs prestataires considèrent en effet que les conditions offertes par la Suisse sont moins attractives que dans d’autres pays européens pour entraîner de grands modèles de langage (LLM). Les auteurs soulignent également que les entreprises interrogées jugent généralement les logiciels spécialisés pour l’IA trop coûteux au regard de leur fréquence d’utilisation. 

La hausse de la consommation des centres de données commerciaux serait plutôt liée à la migration des infrastructures internes vers des centres de colocation et vers le cloud. Cette évolution permettrait parallèlement une stabilisation, voire une légère diminution, de la consommation des centres de données internes.

Les clients des datacenters peuvent contribuer aux économies

Ces dernières années, de nombreux centres de données ont amélioré leur efficacité énergétique grâce à des mesures ciblées, relèvent les auteurs. Parmi les exemples cités figurent le confinement des allées chaudes et froides, des températures d’exploitation plus élevées ainsi que des systèmes de refroidissement naturel. Mais des gains supplémentaires restent possibles. L’étude estime le potentiel résiduel d’efficacité énergétique à environ 0,8 térawattheure, soit près de 38% de la consommation totale des centres de données en Suisse. 

Les centres de données eux-mêmes peuvent encore contribuer à ces économies, mais les auteurs estiment qu’ils ne représentent qu’environ deux cinquièmes du potentiel d’économies. Les trois cinquièmes restants concernent le domaine IT, notamment les technologies de stockage et de calcul ainsi que des mesures de gestion informatique telles que la virtualisation. La responsabilité incombe donc en grande partie aux clients des centres de données. 

Scénario pessimiste: +70% en cinq ans

Les auteurs ne doutent pas que la consommation électrique des centres de données continuera d’augmenter. D’ici 2030, ils anticipent une hausse comprise entre 2,5 et 3,2 térawattheures, soit une progression de 20 à 54% par rapport à aujourd’hui. L’étude décrit également un scénario haut, dans lequel la consommation progresserait de 70% pour atteindre 3,5 térawattheures. Cela représenterait environ 6% de l’électricité consommée en Suisse en 2024. 

Les centres de données se disent sur la bonne voie 

Dans un communiqué, l’association sectorielle Swiss Datacenter Association (SDCA) estime que l’étude fournit «une base importante pour un débat fondé sur des faits». L’association plaide pour que la consommation électrique des centres de données ne soit pas considérée de manière isolée, mais en tenant compte des services qu’ils permettent. La SDCA souligne que les volumes de données, l’utilisation du cloud et les services numériques ont fortement augmenté ces dernières années «sans que la consommation électrique n’augmente dans les mêmes proportions». 

Roger Süess, nouveau président de la SDCA, commente: «L’étude de l’OFEN présente une image nettement plus nuancée que ne le laissent penser certains titres. Les centres de données suisses ne sont pas synonymes d’explosion incontrôlée de la consommation électrique, mais d’infrastructures numériques professionnelles et de plus en plus efficaces.» Selon lui, la Suisse est en mesure de concilier numérisation et efficacité énergétique.

L’actualité IT en Suisse et à l’international, avec un focus sur la Suisse romande, directement dans votre boîte mail > Inscrivez-vous à la newsletter d’ICTjournal, envoyée du lundi au vendredi! 

Webcode
djVmTuti