Supply chain

Guy Escarfail, SGS: «La blockchain peut être très dangereuse»

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Depuis un an Guy Escarfail est en charge du projet SGS Transparency-One qui consiste à cartographier de bout en bout les chaînes d’approvisionnement et d’en sécuriser les filières sensibles grâce à la blockchain. Il nous explique que sans validation des données et de ceux qui les saisissent, la blockchain n’est pas le gage de sécurité tant vanté.

Depuis fin 2017, vous proposez de «sécuriser la Supply Chain grâce à la blockchain», expliquez-nous…

En 2016 nous avons pris une participation de 20% dans l’entreprise Transparency-One basée à Boston et dont les équipes de développement sont à Paris. Elle propose une plateforme de mapping de bout en bout de la chaîne d’approvisionnement. Dans le cadre d’un partenariat exclusif avec elle sur l’alimentaire, le textile et les cosmétiques, SGS s’appuie sur son réseau pour commercialiser cette plateforme et y «onboarder» les fournisseurs, c’est à dire les accompagner et les amener y à entrer leurs données. SGS vérifie aussi les certifications déclarées par ces fournisseurs. A la fin de l’année dernière, nous avons en effet ajouté la possibilité de stocker de façon permanente ces informations dans la blockchain.

La blockchain est censée résoudre le problème de la confiance, dès lors pourquoi est-il besoin d’un organisme certificateur comme SGS ?

Les données qui sont placées dans une blockchain sont enregistrées de façon permanente. C’est dans ce sens qu’elle apporte de la confiance  Mais attention, la blockchain peut être très dangereuse. Elle ne garantit pas la véracité des données. Blockchain peut être synonyme de «garbage in, garbage out»: si vous y entrez des données qui n’ont pas été vérifiées, vous gravez dans le marbre des informations qui peuvent être incorrectes. La blockchain est un protocole technologique pour geler la donnée. Mais avant d’en arriver là, il y a beaucoup de travail à faire pour que les données «blockchain» apportent une garantie. Il faut d’abord identifier tous les acteurs, collecter et vérifier leurs certificats par exemple.

Blockchain peut être synonyme de «garbage in, garbage out»

C’est pour cela que SGS a toute sa place. Blockchain ou pas, nous demandons à chaque fournisseur les certifications concernant tant ses sites de production que les produits eux-mêmes, sur plusieurs sujets comme la sécurité alimentaire et les aspects sociaux et environnementaux, certains labels comme le bio présentant des spécificités supplémentaires. Sur chaque chaîne d’approvisionnement les participants sont invités à uploader leurs documents sur la plateforme Transparency-One. Le réseau SGS vérifie qu’ils ont bien été émis par les organismes d’accréditation ou de certification indiqués.

Et tout ceci est désormais gravé dans la blockchain ?

Pas nécessairement. Il ne s’agit pas de faire une blockchain pour faire une blockchain mais d’être pertinent. Une grande surface par exemple peut avoir 10’000 fournisseurs. Une telle blockchain serait une usine à gaz inutile. Nous allons plutôt mettre en place une blockchain par filière sensible. Par exemple une pour les poulets bio, une autre pour les poissons, une autre encore pour les produits laitiers ou la nourriture pour bébés...

La première chose est donc de savoir qui travaille dans la supply chain. Aujourd’hui dans le textile, l’alimentaire ou le retail, les acteurs n’ont pas cette vision globale de leurs approvisionnements. Or la transparence est devenu un enjeu primordial. Et la transparence c’est connaître ses fournisseurs, les fournisseurs de ses fournisseurs... et ainsi de suite jusqu’aux fournisseurs primaires. Ce mapping représente déjà un travail conséquent. Pour ce faire SGS contacte la marque cliente pour connaître ses fournisseurs de rang 1, qu’on appelle à leur tour, etc… Depuis toujours SGS a certifié des entités uniques via des tests produits ou des inspections de sites, avec le projet Transparency-One nous relions désormais les points et construisons une sorte de LinkedIn de la supply chain (voir photos ci-dessous).

Nous construisons une sorte de LinkedIn de la supply chain

Une fois la supply chain cartographiée, nous sommes capable d’identifier les trous dans la raquette, les risques associés à l’absence de certifications à certains niveaux d’une chaîne d’approvisionnement par exemple. A partir de là nous pouvons conseiller au client la mise en place d’actions en vue d’améliorer la conformité et la création d’une blockchain. L’idée est de mettre une pression supplémentaire sur les fournisseurs à risque. Ils savent que les données qu’ils entrent sont gravées dans le marbre.

Mais puisqu’ils peuvent entrer des informations erronées, il faut tout de même un inspecteur SGS derrière chaque fournisseur, non ?

Nous n’irons pas jusque-là, mais sur ces filières sensibles, nous pourrons effectivement faire des tests supplémentaires, vérifier les déclarations voire inspecter des usines, les produits qui en sortent, les intrants… La formation des fournisseurs est également un levier pour améliorer une chaîne d’approvisionnement. Certains d’entre eux ne font pas mal sciemment, ils peuvent le faire par méconnaissance.

Enfin, une supply chain est évolutive, de nouveaux sous-traitants font leur apparition, d’autres en sortent, les certificats ont une durée de vie limitée à 3 ans voire 1 an pour certains. Un client peut décider que seuls les fournisseurs déjà validés peuvent entrer leurs données sur la blockchain.

Avez-vous déjà des cas concrets d’utilisation ?

Nous travaillons sur plusieurs projets concrets de transparence avec d’importants retailers et des grandes marques Pour l’instant nous nous concentrons sur la remontée d’infos pour pouvoir cartographier tous les intervenants avant de faire des recommandations sur les problèmes éventuels qui pourraient survenir. Les premières discussions sont engagées sur l’éventuelle mise en place d’une blockchain sur quelques filières sensibles.

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