Transformation Award

Fridolin Wicki, Swisstopo: «Notre Office est actif dans un environnement très technique et innovant»

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Les autorités publiques ont la réputation d’être lentes, inefficaces et peu numérisées. Swisstopo prouve exactement le contraire et vient de remporter le «Swiss Digital Transformation Award 2017» dans la catégorie PME. Son directeur Fridolin Wicki explique comment Swisstopo a réussi à s’imposer.

Fridolin Wicki dirige l'Office fédéral de topographie Swisstopo. (Source: Swisstopo)
Fridolin Wicki dirige l'Office fédéral de topographie Swisstopo. (Source: Swisstopo)

Félicitations pour votre victoire au Swiss Digital Transformation Award! Que signifie cette distinction pour Swisstopo?

Tout d’abord, elle confirme que nous sommes sur la bonne voie. Les mesures que mes prédécesseurs ont introduites il y a quelques années se sont avérées pertinentes et prometteuses. Avec notre nouvelle stratégie, nous préparons aujourd’hui le terrain pour l’avenir. Ensuite, cette victoire est aussi un message que nous adressons à l’intérieur. Un audit externe a révélé que Swisstopo a une longueur d’avance sur l'Administration fédérale et les instances de conduite politique. Et enfin, cette distinction est une reconnaissance pour tous les collaborateurs de l’Office, qui se dévouent au quotidien. Ils peuvent en être fiers.

 

Cette victoire vous a-t-elle surpris?

Personnellement, je pensais avoir très peu de chance face aux autres candidats. Cela a donc été une grande surprise et une immense joie lorsque nous avons été déclarés vainqueur.

 

Selon l’Université de St-Gall, les autorités fédérales, au contraire de Swisstopo, sont en retard dans le ­numérique. Pourquoi?

Notre office est actif dans un environnement très technique, qui se caractérise par un haut degré d’innovation. Le développement continu des technologies de mesure et de l’informatique nous poussent à rester à la pointe de l’innovation. En outre, nous sommes toujours comparés avec les développements menés par le secteur privé ou par des services étrangers, ce qui nous oblige également à fournir de bonnes prestations.

 

Quelles sont les initiatives de numérisation que Swisstopo a réalisées?

Ces dix dernières années, Swisstopo a numérisé tous ses processus de production. Des photographies aériennes au stockage des données, en passant par leur traitement et leur gestion, nos processus sont aujourd’hui entièrement numérisés. L’impression des cartes est la seule opération encore analogique. En outre, nous numérisons en continu nos cartes et photographies aériennes historiques pour les mettre à disposition du public sur internet. Une grande partie est d’ailleurs déjà disponible.

 

De quelles réalisations êtes-vous particulièrement fier?

Je mentionnerais trois réalisations. Premièrement, la création du modèle topographique du territoire. Ces données permettent de créer un modèle numérique complet en 3D du pays. C’est la base pour la production des cartes géographiques, mais aussi pour différentes applications, telles que le monitoring des glaciers, la simulation des catastrophes naturelles ou l’application facade-au-soleil.ch. Deuxième réalisation majeure, la génération numérique des cartes géographiques. C’est une étape importante, car la généralisation automatique a permis de réduire sensiblement le temps de production. Nous sommes aujourd’hui en mesure de fournir des cartes actualisées en un tour de main, notamment des cartes 1:10000. La production de cartes est nettement plus flexible, et nous pouvons aujourd’hui proposer des produits sur mesure en un clic. Troisièmement, notre géoportail geo.admin.ch qui constitue une étape-clé sans précédent au sein de l’administration publique. Cette plateforme de géoinformation, comptant plus de 50 000 visiteurs par jour, recèle plus de 500 jeux de données mis à disposition par 17 offices fédéraux et certains cantons. Avec notre application web «Voyage dans le temps», il est possible de suivre l’évolution de la Suisse à l’aide de cartes historiques. Depuis peu, map.geo.admin.ch a été complété par un visualiseur 3D, qui permet d’effectuer un voyage virtuel dans le temps à travers la Suisse. Les nombreux prix nationaux et internationaux que le géoportail a remportés dans les domaines Service Public, E-Government, Cloud Computing et Open-Source-Software démontrent son excellence.

 

La transformation digitale ne concerne pas ­seulement la technologie, mais aussi les gens. Quels défis avez-vous dû relever au niveau des ­collaborateurs et du travail en équipe?

Dans le passé, les cartographes étaient des artisans. Avec la numérisation, le métier a changé du tout au tout et le cartographe d’aujourd’hui est bien plus un spécialiste en informatique. Ce changement n’est pas facile pour certains de nos collaborateurs. Mais je me réjouis à chaque fois de constater l’enthousiasme avec lequel nos cartographes accueillent ces innovations et mettent continuellement leurs compétences techniques à niveau.

 

Comment la transformation digitale a-t-elle ­modifié la culture d’entreprise de Swisstopo?

De la petite entreprise artisanale qu’elle était, Swisstopo est devenue une entreprise IT moderne. La culture de l’Office est aujourd’hui caractérisée par des modèles de travail relativement flexibles avec du télétravail et un nombre supérieur à la moyenne de salariés à temps partiel. En outre, l’orientation de l’Office a complètement changé, et Swisstopo fournit aujourd’hui davantage de prestations pour l’Administration fédérale.

 

Quels services fournissez-vous à la Confédération?

Nous fournissons des prestations pour l’IT du Système d’information géographique (SIG) au sein de la Confédération, nous coordonnons les activités dans le domaine géographique, nous sommes responsables de la cartographie géologique dans des domaines tels que la géothermie, les ressources géologiques ou le stockage des déchets radioactifs, et nous supervisons les cantons dans le domaine de la mensuration officielle. Comme pour la numérisation de la production, ces activités ont également une grande influence sur la culture de l’office. Ces changements ont conduit à une certaine «académisation» de l’Office. Aujourd’hui, plus de 50% de nos collaborateurs se prévalent d’un diplôme universitaire.

 

La production des cartes nationales à l’échelle 1:10 000 est entièrement automatisée. Comment cela fonctionne-t-il?

Dans une première étape, les données issues du modèle topographique du paysage sont transférées dans un modèle cartographique numérique. Lors d’une deuxième étape, les courbes de niveau et les dépressions issues du modèle altimétrique numérique sont dérivées et certains objets symbolisés. Ces données vectorielles sont ensuite combinées aux données tramées du modèle altimétrique et à celles de la représentation du terrain (rochers, relief, coloration) de la carte nationale au 1:25 000.

 

Quelle est l’importance de l’open data chez ­Swisstopo?

En s’appuyant sur la stratégie des données ouvertes de l’administration publique suisse, Swisstopo serait tout à fait disposé à publier – en partie ou complètement – ses géodonnées de base sous forme de données ouvertes. Mais cela entraînerait une perte de recettes considérable pour la caisse fédérale. Nos données sont d’excellente qualité, actualisées et disponibles dans tout le pays. Ces standards élevés sont onéreux et doivent être financés. Même si leur diffusion était gratuite, il faudrait maintenir le niveau de qualité actuel. C'est donc sous un angle politique que se posera la question de savoir si la Confédération entend compenser cette perte de recettes avec l’argent des contribuables. Il convient d'observer que
Swisstopo met déjà à la disposition du public quelque 50 jeux de données en libre accès, et que, depuis l’an dernier, l’échange de données entre la Confédération et à ce jour 18 cantons s’effectue sans émoluments.

 

On dit que la Suisse a les meilleures cartes au monde. Est-ce aussi votre avis?

Nous faisons assurément partie de l’élite mondiale en la matière, bien que d’autres pays puissent aussi produire d’excellentes cartes de haute qualité. Nous nous efforçons également, pour nos nouvelles cartes nationales numériques, de maintenir la haute qualité cartographique qui fait la réputation de la Suisse depuis la carte Dufour. Les diverses distinctions que nous avons remportées avec les nouvelles cartes nationales témoignent de notre réussite.

 

Google propose aussi des cartes numériques. ­Est-ce un concurrent ou un partenaire pour Swisstopo?

Google complète Swisstopo dans de nombreux domaines. En outre, Google a le grand mérite de d’avoir démocratisé les géoinformations et qu’une grande partie de la population utilise aujourd’hui régulièrement des données géographiques.
Swisstopo bénéficie aussi de cette utilisation de masse.

 

Vos cartes requièrent de grands espaces de ­stockage. Combien de téraoctets ou pétaoctets ­utilise Swisstopo? Où se trouvent toutes les données?

Notre base de données atteint environ 1,8 pétaoctet et augmente chaque année de quelque 180 téraoctets. Les plus grands volumes de données viennent des images aériennes numériques et des produits qui en résultent, comme les orthophotos. Nos données sont entreposées à Wabern chez
Swisstopo et dans un second site externe.

 

Swisstopo utilise aussi le cloud. Pour quel usage?

Nous utilisons le cloud afin de proposer des services performants et extensibles – en particulier sur notre plateforme map.geo.admin.ch. Sans ces solutions, nous ne serions pas en mesure de faire face à l’afflux d’utilisateurs, notamment à la suite d’articles dans les médias.

 

Quels outils de collaboration utilise Swisstopo?

Nous utilisons Confluence, un outil collaboratif permettant à de petites équipes ou à tout un domaine de Swisstopo de déposer et d’échanger leurs connaissances et expériences. Pour le développement de logiciel, nous avons opté pour Jira. Cette année, Swisstopo remplacera aussi la téléphonie fixe par une solution VoIP, afin de privilégier à l’avenir la messagerie instantanée, les vidéo-/audioconférences et le partage du bureau et d’applications. Pour la collaboration avec des partenaires externes, nous utilisons au besoin une solution de Sharepoint, proposée par l’OFIT.

 

Quelles sont vos prochains projets de numérisation?

Nous mettons la priorité sur les besoins de l’utilisateur de demain. Nous savons que les jeunes d’aujourd’hui n’utilisent et ne consomment plus les informations comme par le passé. Il nous faut donc adapter nos données et produits existants pour qu’ils puissent répondre au mieux aux besoins futurs de la société. Je pense par exemple à la mise à disposition de certaines données sous forme de Linked Data, à leur utilisation dans les applications de réalité virtuelle ou augmentée, ou encore à l’amélioration de l’actualisation de nos données.

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DPF8_45002