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Jeff Teper, Microsoft: «Il est plus aisé de procéder à des petites releases fréquentes qu’à des gros lancements»

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par Interview: Rodolphe Koller

En charge de nombreuses solutions de Microsoft depuis une quinzaine d’années, Jeff Teper est aujourd’hui responsable de SharePoint au niveau mondial. Notre rédaction a profité de son passage à Genève pour parler des défis de gérer un produit cloud, des dernières évolutions de SharePoint, mais aussi de Teams et de Slack.

Comment SharePoint est-il aujourd’hui employé par les entreprises?

SharePoint est un produit intranet permettant de créer des sites collaboratifs par exemple des espaces liés à des projets, dans des domaines très divers allant du marketing aux RH. Je viens par exemple de rencontrer une société établie à Genève dont les quelque 2000 collaborateurs sont sur Office 365 et qui utilise la version cloud de SharePoint pour gérer tous ses événements dans le monde. De fait, nous constatons que l’emploi de nos solutions cloud progresse rapidement. Nous avons aujourd’hui environ 85 millions d’utilisateurs actifs sur Office 365 et cela contribue à l’emploi croissant de SharePoint. Les entreprises apprécient la facilité de mise en route et l’évolution permanente des solutions cloud.

 

Constatez-vous une prolifération un peu chaotique des sites SharePoint dans les entreprises?

Cela dépend. Certaines entreprises laissent la main libre à leurs collaborateurs et comptent effectivement des milliers de sites, car le produit est très viral. A l’inverse, d’autres entreprises contrôlent strictement la création de nouveaux sites.

 

Qu’est ce que cela change de gérer un produit dans le cloud? Comment conciliez-vous la stabilité de la solution avec l’ajout continu de nouvelles fonctionnalités?

J’évoquerais trois aspects. D’abord, nous gérons mieux les serveurs de nos datacenters que ce que font la plupart des entreprises. Nous assurons une haute disponibilité, du disaster recovery, du load balancing, etc. Un logiciel connaît inévitablement des problèmes et il faut donc être résilient. Ensuite, nous n’avons intentionnellement migré dans le cloud qu’une partie des fonctionnalités de SharePoint, que les entreprises peuvent paramétrer de manière sûre. Enfin, il est plus aisé de procéder à des petites releases fréquentes qu’à des gros lancements. Nous pouvons tester les améliorations avec certains groupes d’utilisateurs et réduire le risque. Au final, l’entropie est moindre.

 

C’est un gros changement organisationnel…

En effet. Entre 2001 et 2010, nous lancions une nouvelle version de SharePoint tous les deux ou trois ans. Des milliers d’ingénieurs étaient impliqués et chaque lancement était l’occasion d’une énorme fête; on sabrait le champagne, c’était un peu comme la fin des classes. Aujourd’hui, nous divisons les développements en briques qui prennent environ 12 semaines. C’est plus facile, il y a moins de risque et c’est aussi plus plaisant de mettre rapidement les améliorations entre les mains des utilisateurs.

 

Quelle est votre stratégie en matière d’intégration d’outils tiers dans SharePoint?

C’est un marché énorme. Beaucoup d’intégrateurs et de consultants construisent des solutions sur et connectées à SharePoint. Auparavant, ces customisations se basaient sur .Net, alors qu’aujourd’hui nous avons une approche plus ouverte via l’API Office Graph, qui ouvre l’environnement à des développeurs utilisant d’autres langages. Depuis qu’il est CEO, Satya Nadella s’est attelé à ce que nos API soient moins nombreuses et plus simples à utiliser. C’est un effort de centralisation: toutes nos équipes de développement doivent s’assurer que leurs solutions sont consistantes avec Office Graph. Aujourd’hui, des sociétés comme Adobe, Salesforce, SAP ou Documentum, utilisent notre API pour s’intégrer à SharePoint. Par ailleurs, nous avons avec Flow un modèle alternatif qui permet de créer des mécaniques entre SharePoint et des services tiers. Il y a aujourd’hui des connecteurs Flow pour quantité de services, comme Trello ou Slack. Je peux par exemple utiliser Flow pour que chaque nouvelle opportunité dans Salesforce génère un nouvel item dans mon site SharePoint.

 

Qu’en est-il de votre solution Teams dans laquelle beaucoup voient une réponse à l’application Slack, qui fait beaucoup de buzz?

Avec Teams, les groupes d’utilisateurs d’Office 365 peuvent collaborer en équipe sur la base du tchat. A la différence de Slack toutefois, Teams garantit la continuité de l’expérience et de la sécurité, grâce à un concept d’accès et de permissions transverse. Ainsi, on ne risque pas de partager un document avec un collègue n’ayant pas le droit d’y accéder. C’est plus facile à gérer pour l’IT qui n’a pas à reconfigurer les autorisations dans chaque application. En fin de compte, les entreprises ont le choix. Elles peuvent connecter Office 365 à des applications tierces telles que Slack et Dropbox. Ou alors profiter d’une expérience plus homogène avec des outils comme Teams, Skype et OneDrive.

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