Comment répondre à la hausse des prix des composants mémoire en Suisse
Swico a publié une prise de position sur la hausse des prix sur le marché du stockage de données. L’association professionnelle y formule quatre demandes destinées à améliorer les conditions de concurrence sur le marché.
Depuis fin 2025, les prix des composants mémoire ont fortement augmenté à l’échelle mondiale. Dans une récente prise de position, l’association économique Swico attribue cette hausse à l’expansion des infrastructures d’IA et des centres de données, à la forte concentration du marché, aux longs cycles d’investissement ainsi qu’à la fragilité des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Selon Swico, les fabricants privilégient de plus en plus les produits haut de gamme utilisés pour l’entraînement et l’inférence des modèles d’IA. Cette évolution se ferait au détriment de segments plus traditionnels, comme les appareils grand public, les SSD standard ou les composants serveurs d’entrée de gamme.
Autre facteur mis en avant par l’association: la production de mémoires DRAM et NAND est concentrée entre les mains d’un nombre limité d’acteurs mondiaux. «Les nouvelles usines coûtent des milliards et mettent des années à atteindre leur pleine capacité. Lorsque la demande augmente rapidement, les marchés réagissent donc davantage par une hausse des prix que par une augmentation de l’offre», écrit l’association dans sa prise de position. Swico qualifie ainsi ces hausses de prix de «phénomène de marché importé».
Cette évolution est particulièrement sensible pour la Suisse. Malgré un solide savoir-faire dans les TIC, le pays reste fortement dépendant des marchés internationaux pour l’approvisionnement en composants mémoire standardisés, souligne l’association dans sa prise de position. Le développement des centres de données en Suisse renforce par ailleurs la dépendance aux serveurs, à la DRAM, à la NAND, à la mémoire HBM, aux gaz spéciaux ainsi qu’aux infrastructures énergétiques.
«La hausse des prix de la mémoire affecte donc la performance numérique de la Suisse dans son ensemble», estime l’association. «Quiconque souhaite renforcer la place numérique suisse doit reconnaître cette réalité et créer des conditions favorables».
Les contre-mesures
Le document détaille également les mesures nécessaires pour créer ces conditions-cadres. L’association formule quatre recommandations principales.
Elle estime d’abord que les procédures d’achat, publiques comme privées, doivent mieux tenir compte de la volatilité des prix. Selon elle, les modèles à prix fixes sur de longues périodes deviennent difficiles à appliquer pour la DRAM, la NAND, les SSD, les serveurs et les systèmes IT fortement dépendants de la mémoire. Des modèles plus flexibles et transparents, compatibles avec le droit des marchés publics, pourraient atténuer ce problème. L’association évoque notamment des clauses d’indexation, des rabais liés aux prix catalogue, des réserves de livraison clairement définies, des volumes minimaux d’achat ou encore des mécanismes d’adaptation en cas de fortes perturbations du marché.
L’organisation appelle ensuite à concilier concurrence et sécurité d’approvisionnement. Les achats ne devraient plus reposer uniquement sur le prix initial le plus bas, car d’autres critères gagnent en importance, comme la capacité de livraison, les coûts sur l’ensemble du cycle de vie, la maintenabilité ou l’efficacité énergétique. «Forcer les fournisseurs à garantir pendant des années des prix mondiaux imprévisibles affaiblit la concurrence et entraîne des primes de risque», souligne l’association.
Le texte insiste également sur la nécessité de poursuivre résolument la numérisation. La hausse des prix des mémoires ne devrait pas servir d’argument contre les investissements numériques. Selon l’association, l’informatique constitue une base essentielle de la productivité économique et ne doit pas être considérée comme un simple centre de coûts. Elle plaide donc pour une approche plus coordonnée entre politiques énergétique, d’aménagement du territoire, de formation, d’innovation et de délivrance des autorisations.
Enfin, l’association défend le maintien de marchés ouverts et le renforcement ciblé des atouts suisses. La Suisse restera dépendante des chaînes d’approvisionnement internationales pour les composants mémoire standardisés. Des obligations de localisation ou des objectifs d’autarcie généralisés risqueraient, selon elle, de renchérir les achats, de freiner l’innovation et d’affaiblir la compétitivité. L’organisation privilégie ainsi des marchés ouverts, un commerce fondé sur des règles communes et des chaînes d’approvisionnement diversifiées.
Le document complet est disponible sur le site de Swico (PDF).
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