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L’essor du numérique suscite doutes et méfiance

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Au cours des dix prochaines années, parviendra-t-on à contrôler l’impact écologique des TIC? Gig economy et réseaux sociaux vont-ils saper les fondements des valeurs démocratiques? Des services rendant toujours plus captifs conduisent-ils à une overdose généralisée?

Après une décennie marquée par un engouement pour les technologies numériques, le revers de la médaille se laisse progressivement apercevoir. Des doutes et de la méfiance ont commencé à émerger sur plus d’un aspect, dont l’impact environnemental des infrastructures informatiques et de la fabrication des composants numériques. Sur le plan éthique, l’utilisation des réseaux sociaux à des fins politiques ou l’ubérisation des rapports de travail, notamment, suscitent d’importantes questions. En outre, certains s’inquiètent des conséquences sur la santé mentale de fonctionnalités et outils accaparant toujours davantage l’attention des utilisateurs.

Consommation énergétique et déchets toxiques

Au rythme où l’usage d’outils numériques progresse, leur impact environnemental risque de ne pas s’atténuer au cours des années à venir. Compte tenu du recours accru à des services cloud, tant par les particuliers que par les entreprises la consommation énergétique globale des datacenters est en constante augmentation. Certes, les géants de la tech promettent de s’approvisionner toujours davantage en énergie verte et placent parfois leurs centres de calcul là où des températures peu clémentes réduisent les besoins en refroidissement. Pas sûr toutefois que ces initiatives suffisent, alors qu’on estime que, d’ici 2030, des infrastructures probablement moins voraces ne permettront pas de contrebalancer la multiplication par trois du nombre de serveurs dans le monde. Par ailleurs, avec l’adoption massive des smartphones, l’impact énergétique des infrastructures de réseaux mobiles pourrait s’avérer encore plus préoccupant. Sans oublier la consommation énergétique par nature exponentielle de la technologie blockchain et du minage des cryptomonnaies.

Autre souci écologique et non des moindres: le processus d’extraction des métaux (terres rares, étain, cuivre, lithium, etc.) qui se logent dans les PC, smartphones, batteries et écrans est une source importante de déchets toxiques. Sans compter que ces matières premières, bien que menacées d’épuisement, sont pour l’heure très peu recyclées.

L’éthique de la tech en question

Les technologies numériques qui s’imposent dans notre quotidien sont-elles une menace pour la démocratie? A l’époque du Printemps arabe de 2011, les médias avaient parlé de «révolution Facebook». Alors présenté comme des outils pouvant participer à l’émancipation des peuples, les réseaux sociaux sont aujourd’hui pointés du doigt pour leur faculté à donner une large audience aux fameuses fake news, qui auraient entre autres influencé le choix des électeurs pour la dernière élection présidentielle américaine ou le vote du Brexit.

Les apps au cœur de l’ubérisation de nombreux secteurs d’activité et qui constituent le pilier de la gig economy suscitent également d’importantes questions sur le plan éthique. Si pour certains indépendants ce mode de travail est un choix, d’autres y ont recours par nécessité et se retrouvent malgré eux dans une situation précaire et sans réelle autonomie. Avec ce type de relation de travail, des exécutants répondent à des ordres issus d’algorithmes, au service de représentants d’autres classes sociales qui créent et utilisent ces applications. Ces ordres n’auraient d’ailleurs plus à être transmis à des humains, le jour où le machine learning aura permis de faire exécuter la plupart des services par des robots et agents virtuels. Une vision qui, si elle se concrétise, verra la délégation de toujours davantage de tâches à des machines, exacerbant le phénomène de dilution des responsabilités déjà à l’œuvre avec la gig economy.

En outre, les algorithmes d’intelligence artificielle (IA) ne sont pas neutres. Des études ont déjà prouvé que ces systèmes peuvent reproduire les biais cognitifs de leurs concepteurs et prendre des décisions discriminatoires. Sans oublier que les modèles de machine learning ont besoin de masse de données pour s’affiner en permanence, avec les dérives que l’on sait en matière d’exploitation sans consentement des données utilisateurs. Les débats autour du RGPD et du scandale Facebook-Cambridge Analytica ont porté cette problématique sur le devant de la scène en 2018. Reste à voir si, au cours des dix prochaines années, les géants de la tech feront preuve de davantage de transparence sur leur utilisation des données personnelles… Données dont les sources vont de surcroît se démultiplier avec l’essor de l’internet des objets.

Des technologies qui rendent de plus en plus captifs

Publicités en ligne ultra ciblées, informations et notifications en continu, fonctionnalités addictives des réseaux sociaux… Les géants de la tech ont développé des produits souvent utiles mais également conçus expressément pour capter et monétiser l’attention des utilisateurs. Affinés au machine learning, ces outils et services pourraient rendre de plus en plus captifs. Jusqu’à l’overdose? Même du côté d’entrepreneurs et d’ingénieurs de la Silicon Valley, certains tirent la sonnette d’alarme: ce piratage massif de l’attention menacerait la santé mentale de milliards d’individus, augmenterait le stress, l’anxiété, et nuirait au sommeil. Le phénomène aurait en outre un impact négatif sur les rapports sociaux, en première lignes ceux d’adolescents parfois accros aux indicateurs de popularité de Snapchat ou Instagram jusqu’à négliger les relations sociales in real life au profit des interactions virtuelles. Les établissements scolaires, en Suisse romande notamment, ont bien conscience de devoir former les plus jeunes à ces problématiques, mais se trouve face à un paradoxe: tandis que se mettent en place des programmes d’enseignement au MITIC (Médias, Images et Technologies de l’information et de la communication), certaines écoles envisagent d’interdire les smartphones en classe.

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