Interview

Pierre-André Monney: «Aujourd’hui, les entreprises recherchent des responsables proches du business»

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Pierre-André Monney, spécialiste du marché de l’emploi IT en Romandie, nous éclaire sur les difficultés des seniors en termes d’employabilité et d’accomplissement de carrière.

Pierre-André Monney est directeur d’une association romande qui aide les informaticiens en quête d’emploi à aiguiser leurs compétences.
Pierre-André Monney est directeur d’une association romande qui aide les informaticiens en quête d’emploi à aiguiser leurs compétences.

Les plus de 55 ans sont davantage touchés par le chômage dans l’IT par rapport à la moyenne nationale. Comment expliquez-vous cette tendance?

A partir de 1999, nous avons assisté à un rajeunissement dans les départements IT. Nombre de cadres moyens à supérieurs et de CIO ont été remplacés par des personnes plus jeunes. Ce phénomène a coïncidé avec une professionnalisation des métiers de l’IT de même qu’à une accélération des mutations technologiques, influençant la capacité à rester à jour. Par conséquent, les entreprises préfèrent engager quelqu’un qui dispose déjà des compétences requises plutôt que de former quelqu’un s’approchant de la retraite. Ce rajeunissement a notamment aussi comme source un changement de paradigme relatif au plan de carrière – on change désormais d’entreprise pour évoluer dans sa carrière alors qu’avant, on cherchait à rester le plus longtemps possible dans une société pour y gravir les échelons. Je pense aussi à d’autres raisons rarement évoquées en public par les entreprises, telle qu’une grande facilité à trouver de la main d’œuvre spécialisée qui accepte des salaires plus bas, en provenance de l’UE. En outre, l’augmentation des cotisations LPP, importante dès 45 ans, constitue un frein à l’embauche des plus de 55 ans.

Selon vous, pourquoi l’expérience dont bénéficient les seniors ne leur permet pas d’être plus  représentés dans les postes à responsabilités?

Les études en informatique sont assez récentes dans notre pays. Il n’est pas rare de voir encore des informaticiens de cette classe d’âge ayant suivi une formation sans rapport avec le domaine. Beaucoup sont par exemple arrivés à l’informatique d’entreprise après des études en électronique, sans lien avec la vision business de l’IT. Les entreprises recherchaient en effet à l’époque plutôt des bons techniciens ou des ingénieurs électroniciens. Alors qu’aujourd’hui, elles recherchent de plus en plus des responsables proches du business, avec d’excellentes compétences en communication. Et connaître une langue supplémentaire ou savoir communiquer est souvent plus important que de connaître un langage de programmation. Les critères de recrutement vont clairement dans ce sens. Par ailleurs, la moitié des plus de 55 ans travaillent en tant que développeurs et analystes, des profils qui ont l’habitude de travailler seul, ou en très petite équipe, et qui se montrent peu motivés à prendre des responsabilités.

Quels conseils donneriez-vous aux professionnels IT de plus de 50 ans au chômage?

Il est possible de trouver du travail à cet âge! Mais les opportunités étant plus rares, cela demande de la patience. Il est important de persévérer, d’investir du temps dans la construction d’un très bon dossier de postulation, d’aller à la rencontre de son réseau et de le développer. Dans notre métier, il faut rester curieux, effectuer une veille technologique, continuer à se former et à améliorer ses compétences. Sans oublier de faire les démarches VAE, consistant à valider formellement ses acquis et son expérience. J’ajouterais qu’il vaut mieux ne pas avoir peur du changement car sinon, on finira par avoir les deux… la peur et le changement!

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