Interview

Glenn Gore, AWS: «Les règlements ne sont plus une excuse pour ne pas passer au cloud»

| mise à jour
par Marcel Urech et Traduction: Yannick Chavanne

Chief Architect chez AWS, Glenn Gore évoque en interview les défis d’un passage au cloud et partage quelques conseils stratégiques à l’intention des CIO suisses.

Glenn Gore, Chief Architect chez AWS. (Source: Amazon Web Services)
Glenn Gore, Chief Architect chez AWS. (Source: Amazon Web Services)

En tant que chef Chief Architect chez AWS, en quoi consistent vos tâches?

Je conseille nos clients à l’échelle mondiale en matière de stratégies, de conceptions d'applications et de migrations cloud. AWS propose dans ce cadre le framework «AWS Well-Architected», qui expose les bonnes pratiques et aide les entreprises à mettre en place des infrastructures efficaces pour les applications. Certains aspect de ce framework ont une importance particulière, tels que la sécurité informatique, l'exploitation, les coûts et la disponibilité.

Quels conseils donnez-vous aux clients qui souhaitent passer au cloud?

Essayez-le et expérimentez. Il est préférable de sélectionner d’abord qu’une charge de travail, de la migrer et de réaliser une première expérience. Les clients peuvent ainsi se faire une idée des défis qui les attendent. Ils comprendront par exemple la nécessité d’ajuster leurs politiques de sécurité informatique ou la manière de chiffrer leurs données.

Quels problèmes surviennent le plus souvent lors des migrations cloud?

Quand vous virtualisez des applications et les exécutez localement, il s’agit souvent d’environnement statique. Sur AWS, cela fait davantage sens d'exploiter les charges de travail de manière élastique. Vous aurez par exemple besoin de moins de ressources un lundi qu’un dimanche. AWS facture ses services en mode «pay-as-you-go». C'est différent dans le monde de l’on-premise, qui est principalement conçu pour une utilisation maximale de l'infrastructure avec 100% de charges.

Tout le monde parle en ce moment de machine learning. Est-ce aussi le cas des clients d’AWS?

Oh oui, le machine learning est l'une des mégatendances de l'industrie. La technologie est idéale pour prendre en charge des tâches répétitives. Les clients sont enthousiasmés par les possibilités offertes par la technologie. Mais ils se demandent également comment leur entreprise peut en tirer profit.

Les bénéfices du machine learning ne sont-ils pas évidents?

Non, car le machine learning était jusqu’ici coûteux et prenait beaucoup de temps. Le cloud a changé la donne. De nombreux projets sur AWS exploitent Amazon Lex et Amazon Polly, deux services qui fournissent de la synthèse vocale et aident à créer des interfaces conversationnelles. Il est soudain facile de créer un chatbot. Vous n'avez plus besoin d'être un expert en machine learning et en reconnaissance vocale.

Je conseille aux CIO suisses d’expérimenter davantage

Que conseillez-vous aux CIO suisses pour ne pas se faire prendre de vitesse dans un domaine en évolution rapide?

Je conseille aux CIO suisses d’expérimenter davantage, en particulier avec les nouvelles technologies. Toutes les technologies ne conviennent pas à toutes les entreprises. Afin de découvrir ce qui fait sens pour une entreprise, expérimenter est essentiel.

Pouvez-vous donner un exemple?

L’approche DevOps. Si les entreprises veulent être agiles, elles doivent d'abord modifier la culture et l'organisation, avant de changer de technologies. Il est dans ce cadre judicieux de commencer par expérimenter. Il en va de même des technologies «serverless» et du remplacement des monolithes applicatifs par des microservices plus légers. Les CIO devraient considérer quelles expériences lancer en vue de transformer leur entreprise. La peur du changement peut malheureusement conduire à effectuer une étude de faisabilité après l'autre – alors que la concurrence n’attend pas. En conséquence, les entreprises perdent leur attrait aux yeux des talents sur le marché du travail.

Lors du récent Worldwebforum, vous avez dit que quand une entreprise passe au cloud, il est préférable qu’elle démarre avec le projet le plus difficile. Pourquoi?

Quand les entreprises veulent se tourner vers le cloud, il y a souvent de nombreux obstacles. Les responsables des risques et de la conformité sont alarmés, le Chief Security Officer perçoit les menaces et même le service informatique émet des avertissements. Parmi les différentes craintes émises, il est difficile de savoir lesquelles sont justifiées en commençant par un projet de migration trop simple. Je recommande donc de commencer avec un projet complexe car cela oblige les entreprises à prendre leurs peurs au sérieux et à s’attaquer au cloud en profondeur. Si la migration d'un projet complexe réussit, le reste sera du coup facile. Cette approche demande davantage de travail. Mais elle aide également les entreprises à mieux comprendre leur paysage informatique et les défis posés.

Est-il plus aisé pour une start-up de s’appuyer sur toutes les nouvelles technologies par rapport à une entreprise active depuis longtemps?

Les défis sont à peu près les mêmes. Des entreprises établies peuvent réaliser des projets semblables à ceux d’une start-up. Pour de nombreuses entreprises, la question se pose bien sûr de savoir comment elles gèrent l’informatique héritée. Former des partenariats peut aider en vue de migrer vers de nouvelles technologies. Il existe plusieurs stratégies, par exemple les modèles de cloud hybride. Chez AWS, nous avons aussi noué des partenariats pour faciliter la vie des entreprises, notamment avec VMware.

«Les entrepreneurs devraient partager davantage leur expérience en matière de sécurité IT»

Vous avez déclaré que les entreprises suisses devraient être plus fières de leurs réalisations. C’est-à-dire?

Je remarque que les entreprises suisses parlent relativement peu de leurs succès et paraissent plutôt modestes. Je pense que les entrepreneurs devraient partager davantage leur expérience, notamment en matière de sécurité informatique et de conformité. Les entreprises peuvent de la sorte améliorer leur visibilité et construire une communauté. Les firmes qui, par exemple, s'appuient sur des technologies modernes, sur de nouvelles architectures informatiques et de nouveaux langages de programmation devraient en parler. Elles sauront ainsi attirer les talents et les bons développeurs.

Qu'en est-il des entreprises qui ne peuvent pas utiliser le cloud pour des raisons légales?

De tels cas sont rares. Les régulateurs interdisent généralement le cloud uniquement pour certaines données, par exemple les données personnelles ou financières. Dans ce genre de cas, d'autres charges de travail pourraient tout à fait reposer sur le cloud. Par exemple, les environnements de développement et de test, les solutions d'analyse de données ou les applications mobiles. Le secteur de la finance et de l'assurance est l'un des plus grands utilisateurs du cloud, bien qu’il soit fortement réglementé. Les règlements ne sont plus une excuse pour ne pas passer au cloud. Il y a toujours des charges de travail que les entreprises peuvent transférer dans le cloud.

Quel est le plus grand défi pour AWS?

Le plus grand défi pour le cloud d’AWS n’est pas technologique, mais humain. Comment nous assurer de trouver les bons talents sur le marché du travail? Quels partenariats devrions-nous nouer pour une meilleure expansion? Comment informer les entreprises et les différentes industries à propos de notre offre? Voilà certaines des questions qui nous occupent.

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