A la recherche de la latence minimale
La bourse de Zurich n’échappe pas à la règle, comme l’explique Werner Vogt de SIX Swiss Exchange: «Loin d’être devenue une commodité, la connectivité est essentielle à la communauté financière. Offrir toute une gamme d’options de connectivité de haute qualité est donc d’une importance vitale pour tout opérateur de bourse». En juin, SIX Swiss Exchange annonçait ainsi l’extension de sa capacité et la réduction des délais de latence pour les traders. Parmi le train de mesures annoncées, une offre de services étendue pour l’hébergement de proximité destiné aux participants étrangers, pour qu’ils bénéficient «des mêmes délais de latence réduits que les participants situés dans la région de Zurich». En effet, pour de nombreux traders à haute fréquence, la latence est l’ennemi à combattre, puisqu’il s’agit de réduire à un minimum de millisecondes les temps d’obtention des informations, d’envoi des ordres et de confirmation de leur exécution. Si cette latence dépend des systèmes utilisés par le trader (serveurs, middleware, application, etc.), elle dépend aussi de la distance physique entre ses équipements et le système de la bourse. Pour réduire cette distance, SIX Swiss Exchange et ses partenaires hébergeurs proposent aux traders situés à l’étranger des services de co-location. Les sociétés de trading installent leurs serveurs dans les data center d’Equinix, de Colt ou d’Interxion situés dans la région zurichoise et profitent d’un accès égal et rapide à la bourse via un cabinet géré par et connecté à SIX et situé directement dans le centre. Comme l’explique Miki Mitric, Directeur marketing et ventes en Suisse d’Equinix : «Pour garantir que tous jouissent des mêmes conditions, nous allons jusqu’à assurer qu’à l’intérieur du centre, la longueur des câbles entre le cabinet de SIX et les serveurs des participants soit égale». La firme américaine spécialisée dans l’hébergement pour les sociétés financières a d’ailleurs dévolu l’un de ses quatre data center zurichois aux services de proximité, avec une surface de 2300 m2. Miki Mitric indique que le temps pour l’aller-retour d’un ordre est déjà inférieur à 2 millisecondes et que c’est dans cette vitesse que les HFT se font concurrence: «Aujourd’hui, les données sont cryptées, mais je ne serais pas étonné qu’à l’avenir certains participants abandonnent cette fonctionnalité pour gagner quelques fragments de seconde». Contrairement aux configurations proposées par Equinix et Interxion où le client choisit son transporteur, Colt offre de son côté un service tout-en-un incluant à la fois l’hébergement en co-location et la connectivité entre la société de trading et le centre de données. Hans Jörg Denzler, Managing Director de Colt en Suisse est confiant quant aux succès de la formule: «Notre centre de 3000 m2 est déjà fortement occupé et nous pensons que de nombreuses sociétés de trading vont s’installer en Suisse, y compris pour leurs opérations». Il explique par ailleurs que le défi de la vitesse de connexion ne concerne pas seulement les HFT et la latence locale: «La connectivité entre les places financières intéresse les banques et traders conventionnels actifs sur plusieurs marchés. En optimisant le trajet de nos lignes, nous sommes par exemple récemment parvenus à atteindre une latence proche de 4 millisecondes entre Francfort et Londres». Un avis partagé par TABB Group, firme de conseil stratégique et de recherche dans le domaine, qui estime que les quelque 15 milliards de dollars dépensés en 2009 par les sociétés financières dans leurs centres de données sont largement imputables au besoin de réduire la latence.