Stratagèmes

La nébuleuse des revenus cloud

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Sur un marché très concurrentiel, les fournisseurs IT usent de stratagèmes pour embellir leurs revenus cloud. Un récent rapport de Gartner montre que ces chiffres ne sont souvent pas liés à d’authentiques services de cloud public.

Pas facile d’y voir clair sur le marché ultra concurrentiel des fournisseurs de solutions cloud. Vu l’attractivité du domaine auprès des actionnaires et des analystes, les sociétés IT cherchent toutes à montrer qu’elles réalisent un gros chiffre d’affaires dans le cloud. Sans compter que leurs offres peuvent être de nature très différentes, entre clouds publics (IaaS, PaaS, SaaS), technologies d’infrastructure facilitant le déploiement de clouds privés ou encore services managés et d’intégration.

Ainsi, pour 2015, Salesforce a annoncé un chiffre d’affaires de 6,7 milliards de dollars, alors qu’Oracle a gagné 2,1 milliards avec ses offres IaaS, PaaS et SaaS durant son dernier exercice fiscal. De son côté, IBM a déclaré que ses activités «as-a-Service» lui ont rapporté 4,5 milliards de dollars en 2015. Microsoft a communiqué dernièrement des revenus  annualisés de 9,4 milliards pour ce que la firme décrit comme ses activités cloud. Tandis qu’Amazon, qui ne donne les résultats d’Amazon Web Services (AWS) que depuis une année, a avancé un chiffre de 7,9 milliards de dollars pour l’année passée.

Les revenus cloud décortiqués

Selon Gartner, ces chiffres ne sauraient être pris pour argent comptant tant ils cachent des réalités différentes. Les analystes estiment ainsi que c’est bel et bien AWS qui domine le marché. Tandis qu’IBM, Microsoft, Google et consorts usent d’astuces et de stratagèmes divers et variés pour embellir leurs activités dans le nuage. Histoire notamment de ne pas faire trop pâle figure derrière AWS et de donner une image d’entreprise axée sur l’innovation. Dans un rapport sur le sujet, Gartner décortique ainsi la nébuleuse cloud des principaux fournisseurs.

Amazon Web Services

Pour Gartner, le chiffre d’affaires cloud devrait se limiter aux pures offres de cloud public de type «as-a-Service» (IaaS, PaaS et SaaS). A ce titre, AWS se présente comme un fournisseur dont les chiffres sont représentatifs d’une performance strictement liés au cloud. Dans ses résultats annuels et trimestriels, Amazon ne fait toutefois pas de subdivisions pour chaque service d’AWS.

Salesforce

A l’instar d’AWS, Salesforce est un pur fournisseur cloud. Provenant principalement de ses offres SaaS et PaaS, ses revenus se subdivisent en quatre types: Sales Cloud (44%), Service Cloud (29%), Salesforce App Cloud et autres (16%), Marketing Cloud (11%). Gartner estime que 93% des revenus de la firme de San Francisco peuvent être considérés comme provenant de purs services cloud public, la part restante étant obtenue par des services managés.

Microsoft

Au sein de son segment «commercial cloud», Microsoft regroupe son offre commerciale Office 365, Azure et Dynamics CRM. La firme de Redmond n’entre pas dans les détails concernant les revenus générés par Office 365. Et Gartner de faire remarquer que ceux-ci peuvent aussi bien concerner l’offre SaaS que des abonnements «avec peu ou pas d'utilisation du cloud» pour Office sur PC ou mobiles. En outre, Microsoft propose des versions dédiées d’Office 365 qui peuvent faire partie des ces résultats.

IBM

Big Blue met en avant des revenus cloud au sens large qui englobent une sous-catégorie pour de services IaaS, PaaS et SaaS, mais aussi «Business process-as-a-Service», «Data-as-a-Service» et «Analytics-as-a-Service». Ce segment «as-as-Service» génère deux fois moins de revenus que la catégorie principale. Gartner suppose que la part des revenus cloud non comprise dans la sous-catégorie pourrait concerner les services d’intégration, les offres de cloud privé, l’hébergement et de l’outsourcing.

Google

Du côté de Google, les résultats communiqués ne permettent pas de connaître le CA spécifique aux services cloud. La firme de Mountain View intègre en effet les résultats de sa Google Cloud Platform (Google Compute Engine, Google App Engine, ainsi que des services et outils pour développeurs) au sein d’une vaste catégorie labélisée «other revenues», laquelle regroupe tous les revenus non-publicitaires. C'est-à-dire également ceux issus de Chromecast, de Google Apps for Work et de Google Play. Gartner estime que les revenus purement cloud de Google sont surtout générés par sa suite SaaS Google Apps for Work.

Oracle

A propos des revenus déclarés par Oracle, Gartner observe que contrairement à ses activités historiques, ses services cloud se profilent comme un moteur de croissance. Cette tendance pourrait s’expliquer par le fait que l’offre cloud d’Oracle prend effectivement le dessus sur son offre traditionnelle. Mais le cabinet pense que cette évolution pourrait aussi s’expliquer par un changement dans la manière d’organiser les revenus. Dans les derniers résultats publiés par Oracle, il apparaît que l’entreprise californienne a une façon bien à elle de considérer le terme IaaS. Gartner remarque en effet qu’en plus d’authentiques IaaS, cette catégorie inclut aussi de l’hébergement dédié ou de la location de hardware on-premise.

SAP

Comme d’autres éditeurs, SAP souhaite aujourd’hui mettre en lumière la nature hybride de son offre, en particulier via la solution cloud S/4Hana. L’éditeur allemand s’est en outre positionné sur le marché du SaaS, via les rachats de SuccessFactors, Ariba et Concur. Dans ses résultats financiers, SAP réserve une ligne distincte pour ses revenus liés aux souscriptions et supports cloud, catégorie intégrée sans plus de précisions dans celle plus large des revenus «cloud and software». Dans le glossaire de son rapport annuel 2015, SAP donne sa définition de cloud computing: «Terme générique de services flexibles liés à l’IT accessibles par – ou hébergés sur –  internet pour les particuliers et les entreprises.» Gartner souligne que cette définition très vaste s’applique aussi à des services non strictement cloud. Ainsi, les «revenus cloud» de SAP sont en réalité générés par une combinaison d’offres cloud public, de SaaS et de services d’hébergement dédiés.

HPE

En se penchant sur le cas HP Enterprise, Gartner observe que les chiffres déclarés publiquement pour 2015 ne permettent pas de différencier les revenus des services cloud de ceux des offres de composants hardware préconfigurés, de services professionnels et d’intégration, ou encore de services d’hébergement dédié. Rappelons que pour cette année, HPE n’aura plus de résultats d’offres «as-a-Service» a donné, la firme ayant mis un terme à son offre de cloud public Helion.

Un appel en faveur de métriques transparentes

Expert du secteur des TIC et fondateur du site GigaOM, Om Malik a aussi remarqué à quel point les fournisseurs cloud maquillaient leurs chiffres pour se montrer sous leurs plus beaux atours. Dans une lettre ouverte adressée aux leaders du cloud, il les appelle à adopter un éventail standardisé de métriques pour faciliter la comparaison et le choix des entreprises. Des chiffres qui devraient dès lors s’appliquer aussi bien à la croissance commerciale qu’aux taux d'utilisation. Ainsi, l’expert juge nécessaire de communiquer clairement sur:

  • la capacité de stockage totale des infrastructures cloud, la part utilisée et la croissance par  trimestre
  • la capacité totale de calcul, la part utilisée et la croissance par  trimestre
  • le nombre total de développeurs se servant de la plateforme cloud
  • le volume total de données entrante et sortantes (i/o volume)
  • le nombre total d'applications appartenant à la plateforme

Enfin, Om Malik souligne qu’il serait temps pour tous les fournisseurs de publier à un rythme trimestriel:

  • les revenus strictement liés au service de cloud public
  • les bénéfices générés par ces activités
  • les revenus cloud par client
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